Pretium pone carni humanse. Zosim., vi
2. Hoc enim et tyrannie! furoris et Barbaricse feritatis occasio persuadet, et inter me dominumque et patruum meum Honorium, vicissim récurrente admonitione, conveoit... Cod, Theod,, VU, tit. xvi, de Lit^ torum et itiner. custod,, 1. 2.
Attale, à son arriyée, se vit en face de la môme question qui agitait quelques mois auparavant avec tant de vivacité le sénat et Rome tout entière : elle se reproduisait avec l'aggravation que lui donnaient les circonstances nouvelles. 11 n'y avait, en effet, qu'un seul moyen d'empêcher la famine : c'était de conquérir l'Afrique; il n'y en avait qu'un non plus de calmer cette populace en délire : c'était de préparer une expédition ou de faire voir au moins qu'on y songeait. La question fut mise d'urgence en délibération dans le sénats Alaric consulté renouvelait son ancienne proposition d'envoyer à Carthage Druma avec une petite armée prise dans l'élite des guerriers goths; le sénat, en plus grande majorité que la première fois, se rangeait à cet avis; mais Attale le combattit encore, et avec d'autant plus de violence qu'il était presque seul.
Une seconde opinion se fit jour, celle d'une expédition mixte où les troupes barbares et les troupes romaines se trouveraient en nombre égal * : Attale la rejeta comme l'autre. Tout entier à ses idées d'intervention pacifique, et toujours convaincu, malgré l'événement, qu'il fallait se borner aux moyens de douceur mêlés d'un peu de corruption, il engagea le préfet du
1. Romam profectus Attalus, senatum advocat; et consultatione proposita... Zosim., vi, 12.
2. Ut et Barbari cum Romanis militibus in Africain mittereatur, Gorumque praefectura DrumiB traderetur.. Zosim., vi, 12.
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prétoire à se charger de ce rôle, mettant à sa disposition quelques navires et beaucoup d'argent. Non-seulement celui-ci déclina Tofifre, mais en plein sénat il motiva son refus dans des termes durs jusqu'à l'insolence : « C'était là, disait-il, une offre dénuée de sens. Là où Constantin s'était fait tuer avec les siens, il n'irait pas se faire tuer aussi de gaieté de cœur et semer dans les mains d'Héraclianus l'argent de l'Italie. » Attale, à ces paroles, se leva tout bouillant de colère, et rompit la délibération avant le vote de l'assemblée. On ne sait trop ce qu'il fit lui-même; il paraît cependant, d'après quelques mots des historiens, qu'il rencontra un homme assez complaisant ou assez fou pour tenter l'aventure, laquelle ne réussit pas mieux cette seconde fois que la première K *
Évidemment Attale ne montrait pas le fond de sa pensée, mais on y pouvait lire, et tout le monde y lut. Ce qui ^'animait, c'était la défiance d'Alaric et des Goths portée jusqu'à la haine, et aussi le désir de se poser à la face du monde en homme indépendant et en maître. Le sénat inquiet, pour sa propre responsabilité, jeta feu et flamme; le parti païen se crut trahi, et, en effet, son triomphe tenait à l'existence du nouveau gouvernement, et l'existence du nouveau gouvernement à la possession de l'Afrique : qu'importait le moyen de la recouvrer? Les gens passionnés n'y tenaient guère; si les Barbares étaient plus sûrs que le soldat romain, il fallait s'en servir quand même. Cette obstination qu'Attale regardait comme héroï-
1. Commotus ad iram Attalus, quum per alios indicasset quid esset agendum, mittuntur in Africain cum pecuniis alii. Zosim., vi, 9.
m RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
que et dont il se glorifiait Traisemblablement comme d'un acte de patriotisme, on la taxait dans les conciliabules païens de stupidité et de folie, et Ton mettait en parallèle avec l'outrecuidance irréfléchie de l'Empereur la sagesse et la modération de son maître des milices : c'est ainsi que s'exprimaient encore les écrivains polythéistes plus d'un siècle après. Par la plus étrange confusion d'idées, le roi des Goths devenait aux yeux de beaucoup d'Italiens le vrai représentant des intérêts de Rome; toutefois cette popularité inattendue ne le consola point des ennuis que lui causait Attale : a II en désespéra, » nous dit l'histoire'.
Le contre-coup de ces dissentiments, ainsi qu'il était aisé de le prévoir, se fit bientôt sentir dans Ravenne, où les négociations furent interrompues; Jovius, chassé de la cour, alla se réfugier dans le camp d'Alaric. Eu même temps, on put remarquer parmi les troupes romaines qui composaient avec les Goths l'armée du sénat des ' signes d'incertitude et même de tra hison. Le propre lieutenant d'Alaric, le Romain Valens, maître de la cavalerie, lia des intelligences secrètes avec Honorius ; Alariç le sut et le fit mettre à mort*. Tout manquait à la fols au roi des Goths, jusqu'à la saison, qui ne permettait plus de tenter une attaque de vive force dans ces marais, au milieu de fleuves grossis par les pluies
1. QuoAlarichus cognito, graviter ac moleste rem ferens^ de rébus Attali despcrare cœpit, qui stoliditate quadam animi, nullaque nixus ratione^ res inutiles temere moliretur. Zosim., yi, 9. — Procop., Hist. VandaL, i.
2. Valens, equitum magister, occisas est, proditionis insimulatas. Zosim., VI, 10.
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de l'automne et près de déborder : sous le poids de ces contre-temps réunis, il leva le siège pour regagner son cantonnement de Toscane par TÉmitie et la Ligurie. Chemin faisant, il obligea ces provinces à prêter serment au nouvel Empereur, non assurément par affection pour Attale, niais par rancune contre Honorius. Bologne seule osa résister : le roi des Goths passa outre, dédaignant de perdre son temps et de risquer le sang des siens pour de si petits intérêts. Il rentra enfin dans ses quartiers d'hiver, mécontent de lui-même et surtout du gouver-' nement auquel il avait attaché le succès de ses plus chères espérances.
L'année 410 se présenta sous des auspices tout à fait extraordinaires. Elle ne fut point inaugurée à Ravenne, où l'Empereur Honorius, dans le désarroi, avait oublié de nommer un consul ; ce fut le consul d'Attale, Tertullus, qui l'ouvrit à Rome et l'intitula de son nom. Ce zélé païen en prit occasion pour montrer à ses contemporains ce qu'était un consul des vieux temps et jeter un double défi aux chrétiens et aux polythéistes sensés, que les fanatiques accusaient de tiédeur. 11 chercha ce qu'auraient pu faire à sa place les Tertullus d'autrefois, en supposant qu'il en descendit, et s'y conforma de point en point. Avec un sérieux que ne possédaient même plus les aruspices de l'ancienne Rome à l'époque de ses lumières et de sa plus grande puissance, il regarda les poulets manger, traça des cercles dans le ciel avec le bâton augurai et consulta le vol des oiseaux^ S'il ne riait pas, il prêta beaucoup
1. Quid enim? numquid non consulibus et pulil adhuc Gcntilium sacrilegorum more pascuntur, et volantis pennse auguria quseruntur,
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à rire aux dépens du culte qu'il prétendait releyer.
Le langage du nouveau consul était à la hauteur de ses actes. On rapporte qu'il commença par ces nipts sa harangue au sénat : « Pères conscrits, je vous parlerai ici comme consul et pontife : consul, je le suis; pontife, je compte bientôt Têtre^ » 11 semblait annoncer ainsi le rétablissement du pontificat suprême aboli par les Empereurs chrétiens, et laissait entrevoir toute une série de réactions d'autant plus inquiétantes qu'il les cachait. Les païens opiniâtres applaudirent; les chrétiens tremblèrent, non-seulement à cause des persécutions que cette ardeur passionnée leur présageait, mais à cause des malheurs que les actes en eux-mêmes pouvaient attirer sur la ville par l'indignation du vrai Dieu. Accomplis au nom du peuple par les magistrats, ils rendaient le peuple tout entier responsable des conséqueaces surhumaines qu'ils entraînaient.
C'était là une opinion généralement reçue parmi les chrétiens, qui crurent voir déjà la colère divine frapper Rome sacrilège, comme autrefois Sodome et Ninive. « Quels maux ne nous réserve pas une telle année ! se disaient-ils les uns aux autres. Encore si les auteurs du crime étaient seuls punis! mais leurs abominations, commises au nom de tous, nous enveloppent tous dans le châtiment*. » Au reste, les extravagances
ac psene omnia fiant quœ etiam quondam pagani veteres frivola atque irridcnda duxerant? Salvian., de Gubernat, Dei, vu
1. Umbratilis consul TertuUus ausus est in curia dicere : « Loquor vobis, Patres Conscripti, consul et pontifex, quorum alterum teneo, altorum spero. » Oros., vii, 42.