Mimum... ludum Imperii. Gros., m
les yeux de sa propre armée, il lui arracha des épaules le manteau de pourpre, du front le diadème de perles, et lui signifia qu'il rentrait dans la condition privée. Par grâce singulière, il lui permit de rester avec son fils dans le camp des Goths, leur vie n'étant plus en sûreté ailleurs ^ Ainsi Honorius triomphait: son rival n'existait plus même de nom, et le gouvernement du sénat était mis en poudre par la main qui l'avait créé; il ne manquait plus pour confirmer l'accord que la double signature du traité et l'échange des serments. Un jour qu'Alaric, dans l'attente, parcourait le pays à quelque distance entre son camp et Ravenne, une troupe de brigands barbares fondit sur lui à l'improviste, tua ou dispersa son escorte, porta le désordre dans ses avant-postes, et faillit l'enlever lui-même : c'est du moins ce qu'on peut inférer des termes assez obscurs employés par les historiens '.Ces brigands étaient de la bande de Sarus, cet ancien général de Stilicon, ennemi perisonneLdu roi des Goths et son compatriote. Après le meurtre du régent, Sarus avait quitté le service
1. Extra urbem Âriminum.^. diademate spoliât et exuit purpura; atquc his ad Honorium principem missis, Attalum in ouiDium oculis ad privatam vitse conditionem redegit, apud se tamen cum Ampelio filio retentum, donec, pace cum Honorio constituta, vitse incolumitatem eis impetrasset. Zosim., vi, 12. — Imperio dejicitur, manetque privatam apud Alarichum vitam degens. Olympiod., Excerpt. — Quum universi extra urbem convenissent... Sozom., ix, 8. — Philostorg. , xii, 3.
- 2. Ad Alpes, locus hic plus minus lx stadiis Ravenna distat... Sarus cum suis repente irruit, quosdamque ex Barbaris interfecit. Sozom., IX, 9. — Inito adversus Alarichum prselio, eum superavit, et ab urbe Ravenna longius fugavit. Pbilostorg., xii, 3. — Suivant Zosime, c'est le corps d'Ataûlf que Sarus aurait assailli, vi, 13.
m RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
romain, et se jetant dans l'Apennin avec trois cents Barbares déterminés il y faisait pour son compte une guerre de pillage. A la nouvelle qu'un accommodement se concluait entre Honorius et son ennemi, il offrit de faire lui-même sa paix, si TEmpereur lui accordait ce titre de maître des milices qu'il allait livrer à son rival. La réputation militaire de Sarus était grande et méritée dans les degrés inférieurs du commandement. Homme d'exécution et de coup de main, il avait servi utilement Théodose, et tout récemment encore c'était lui qui, par une charge bien dirigée, avait assuré la défaite de Radagaise à Fésules. Honorius prêta donc l'oreille à ses propositions; il le reçut clandestinement à Ravenne, où ils eurent ensemble un long entretient Cette conférence avait précédé le guet-apens tendu par Sarus au roi des Goths.
Informé bientôt de ces circonstances, Alaric comprit que tout était convenu entre Honorius et le chef de bandes, et que sa tête devait servir de gage à leur réconciliation. Il n'éclata point en accusations ni en reproches sur la foi publique violée, mais il jura qu'il irait prendre Rome et brûler la Ville éternelle '. Des ordres, aussitôt donnés pour le départ de Tarmée, furent promptement exécutés : lui-même, dans son impatience, eût voulu devancer la marche de ses troupes. La route qu'il allait suivre était précisément . celle qu^avait parcourue, quatre cents ans auparavant, le
1 • Philostopg., XII, 3, — Olympiod.i Excerpt. — Sozom., ix, 9. — Zosim., VI, 13.
2. Hinc igitur et metu simul et ira percitiis, Alarichus eadem Yia rerertitur... Reversas, Romam capit. Sozom., ix, 9.
premier César marchant aussi à la conquête de Rome et rêvant la domination de l'univers : comme lui, le roi barbare, généralissime d'Occident au nom du sénat, partit d^Ariminum; comme lui, il passa le Rubicon, et cette fois encore le sort en fut jeté.