Hieronym., Ep
3. Cumque posceretur aurum, et defossas opes vili excusaret tuDÎca, non tamen fecit fidem voluatariîB paupertatia... Hieronym., Ep. 96.
m RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
à coups de bâton pendant qu'elle parlait; de guerre lasse, ils la mirent nue et la flagellèrent si cruellement cfu'elle défaillit. Au milieu de ses souffrances, elle ne faisait entendre qu'un cri : « Grâce pour PrincipiaM » Elles furent enfin transportées dans T église de Saint- Paul, qui était à la fois un hôpital et un lieu de refuge; Marcella expira quelques jours après'. Ainsi périrent beaucoup de femmes chrétiennes sous les outrages de ces Barbares qui étaient chrétiens, et dont elles avaient peut-être souhaité le triomphe. Proba Faltonia ellemême, cet auteur présumé de la perte de Rome, vit prendre d'assaut le palais des Anices. Luttant contre des soldats ivres de lubricité et de vin, elle cachait dans son sein et enveloppait de son manteau sa petite-fille Démétriade, que ces hommes voulaient lui ravir'; elle la racheta au prix de son or et de ses bijoux. On les traîna ensuite dans un des lieux où les Goths déposaient les riches captives pour que leurs familles les rachetassent une seconde fois.
Une femme chrétienne donna, dans ces affreux moments, un exemple d'héroïsme resté célèbre. Ce n'est pas assurément que les matrones qui professaient la foi nouvelle eussent sur les autres le privilège de la pudeur et de l'énergie ; mais les écrivains ecclésiasti-
i. Caesam fiistibus flagellisque aiunt non sensisse tormenta; sed hoc lacrymis, hoc pedibus eorum prostrata egisse, ne te (Principia) a . suo coiisortio separarent; ne sustineret adolescentia, quod senilis »tas timere non poterat. Hieronym., Ep. 96.
2. Post aliquot dies... obdormivit in Domino, reddens spiritum in tuis osculis. Hieronym., Ep. 96.
3. Dudum inter barbaras tremuisti manus; avise et matris sinu et palljis togebaris. Hieronym., Ep., 97, ad Demetriad. 0pp., t. IV.
ques sont les seuls qui nous donnent des détails circonstanciés sur le siège de Rome, les récits païens ayant péri presque entièrement par le fait des hommes et du temps. Cette femme, nous dit Thistoire, était d'une merveilleuse beauté; elle tomba aux mains d'un jeune soldat goth qui voulut la posséder, et une lutte odieuse commença entre le Barbare et elle^ Animée d'une force surnaturelle, elle résistait et le repoussait. Dans sa colère, il fit mine de la tuer, et comme elle le défiait encore, il lui passa son épée sur le cou de manière à lui en faire sentir le fil sans la blesser profondément. Le sang jaillit néanmoins, et le corps de la jeune femme en fut comme inondé*; mais la douleur ne lui arracha pas un cri, pas un signe de frayeur. Se jetant au contraire, la tête haute, au-devant du fer : « Frappe mieux, dit-elle à son assassin; je préfère mourir plutôt que de reporter à mon mari un corps souillé par l'infamie. » L'histoire raconte que le soldat, ému de pitié, la conduisit lui-même à la basilique de Saint-Pierre, où il la remit au gardien de Tasile, payant en outre six pièces d'or pour sa nourriture, jusqu'à ce que la courageuse Romaine eût retrouvé son époux.
1. Quum jiivenis quidam ex militibus Alarici, cximia forma prasditam mulicreja vidisset, tactus pulchritudinc, trahcbat ad stuprum. Sozom., IX, 10.
2. Levi brachio, utpote qui ob amorem parcoro ci vellet, superficie tenus collum pcrcussit. Sozom., ix, 10.
C'étaient là des faits malheureusement communs à tous les sacs de villes, mais il y en eut un que celuici put revendiquer comme sien, parce qu'il caractérisait d'une façon éclatante certaine disposition d'âme qu'apportaient au milieu du désordre les vainqueurs el les vaincus. L'ardeur du pillage avait entraîné un officier goth dans un quartier retiré, probablement pauvre, et dont risolement promettait aux habitants quelque sécurité. Il y remarqua une maison d'assez belle apparence, que l'histoire qualifie d'ecclésiastique^ soit qu'elle appartînt en propre à l'Église romaine, soit que cette Église y eût placé à demeure des veuves ou filles attachées à son service. Le Goth y entra et la trouva à peu près déserte : son gardien était une vieille femme, vêtue du costume des vierges*, qui accueillit l'étranger avec dignité et calme. A la sommation ordinaire : « Apporte* moi tout ce que tu as d'or et d'argent, » la femme s'approcha d'une cachette dont elle ouvrit la porte, et elle en tira des objets précieux qu'elle étala successivement devant le Barbare; c'étaient des ornements d'or et d'argent enrichis de pierreries, et du plus beau travail, principalement des vases ciselés dont le Goth
1. Unus Gothorum, idemque potens et christianus, sacram Deo vir^^^ ginem jam setate provectam în quadam ecclesiastica domo reperit Oros., vil, 39. — Sozom., ixt 1*. — " August., de Civ. Dei, i.
LE SAC DE ROME /i5i
contempla longtemps l'éclat et la forme inusitée. Il les soulevait avec la main, comme pour en estimer le poids, et demandait, émerveillé, à quoi servaient de si belles choses. « C'est le trésor de l'Apôtre Pierre, dont je suis dépositaire, répondit la vierge d'un ton ferme et imposant; ces vases sont ceux qu'on emploie aux mystères dans sa basilique'. Prends-les si lu veux, cela te regarde, et tu sais à qui tu en rendras compte ; pour moi, je les abandonne à ta discrétion, car je n'ai ni la force de les défendre ni le droit de te les donner*. »
Ému de ce qu'il entendait, l'officier goth s'arrêta respectueusement devant ce trésor qui tout à l'heure enflammait sa cupidité; il envoya prévenir Alaric, s'enquérant de ce qu'il devait faire : Alaric effrayé à son tour, ordonna que le tout fût réintégré dans la basilique de Saint-Pierre, sans que personne osât en détourner la moindre parcelle. Il recommanda aussi que le transport se fît avec toute la vénération et la pompe convenables. L'officier eut bientôt réuni des soldats de sa nation et des Romains esclaves ou libres pris dans le voisinage ; des chrétiens se joignirent volontairement à cette troupe, et il se forma comme une procession qui s'achemina lentement vers le sanctuaire de l'Apôtre. Les uns portaient au-dessus de leur tête les divers meubles du trésor, les autres formaient le cortège, et des files de soldats barbares les environnaient ou les
i. Hœc Pétri Apostoli sacra mioisteria sunt. Oros., vu, 39. — Hœc rasa mihi de sacrario Apostoli deposita sant. Isid., Chron,
2. Présume, si audes : de facto tu videris. Ego quia defendere non valeo, oeque tenere audeo... Oros., vu^ 39. — Ego sacra bosti dare non audeo. Isid., Chron.
Zi?>2 RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
précédaient l'épée au poing K L'histoire ajoute qu'ils traversèrent ainsi plus de la moitié de la ville.
Un nombre infini de curieux, attirés par Tétrangeté du spectacle, se rallièrent de proche en proche au cortège; on entonna des psaumes et des hymnes où la voix des Goths se mêlait à celle des Romains par une harmonie bizarre*, chacun chantant dans sa langue, les Romains d'après la version latine usitée en Italie, les Goths d'après celle d'Ulflla. Ce fut une diversion bien inattendue aux horreurs du siège. Gomme ceux qui faisaient partie de la procession n'étaient ni rudoyés ni volés, des polythéistes s'y glissèrent pour sauver leur vie ou leur argent, et les chrétiens le leur reprochèrent amèrement plus tard'. Il parait qu'à l'entrée de la basilique de Saint-Pierre, comme à celle des autres églises transformées en asiles, il fallait déclarer sa religion aux gardiens sous peine d'exclusion ; beaucoup de païens firent alors des professions de foi, ou simulèrent par leur attitude une croyance qu'ils se hâtèrent de renier quand le péril fut passée
Il s'établit ainsi un courant qui, pendant plusieurs heures, entraîna la foule vers le pont Milvius et vers les
i. Itaque magno spectaculo omnium, disposita per singulos singula et super capita elatâ palam aurea atque argeotea vasa portantur. Ex* sertis undique ad defensiouem gladiis pia pompa mnnitur. Gros., vn,39.
2. Hymnis Deo, Romanis Barbarisque conclue ntibus, publics canitur. Gros., vu, 3^. — Cum hymnis et canticis. Isid., Chron.
3. Sic evascrunt multi qui nu&c christianis t^mporibus detrahunt, et mala quse illa civitas pertulit Cbristo imputant. August.^ de Ch\ Dei, XI, 7.