‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 230 sur 251 · Olympiod., Eoccerpt., ap. Scriptor, Hist, Byz · texte numérisé non relu

Olympiod., Eoccerpt., ap. Scriptor, Hist, Byz

2. Olympiod., Excei*pt. — Sozom., ix, 9. — Philostorg., xii, 3.

JioS RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE

hors de lui; tout à Theure encore je lui donnais à manger dans ma main M » Il voulait parler de sa poule favorite, oiseau d'une grandeur et d'une beauté singulières, à laquelle, par honneur, il avait donné le nom de la reine du monde*. L'eunuque s'expliqua et l'Empereur parut se consoler. Il- est difficile de prendre au sérieux cette anecdote, quoiqu'elle nous soit donnée par un historien grave qui vivait un siècle après, et quoique tous les historiens, depuis lors, l'aient répétée à Tenvi. Elle sert du moins à nous faire comprendre le mépris profond des contemporains pour Jlonorius, mépris que l'histoire a confirmé.

Alaric quitta Rome l'âme plus troublée qu'il n'y ■était entré. Il fuyait, dit-on, devant des ennemis imaginaires qu'il croyait arrivés d'Orient'. Les Goths traînaient à leur suite toute une armée de captifs, femmes, enfants, laïques, ecclésiastiques, qu'ils grossirent, chemin faisant, de toutes les personnes bonnes à rançon-

1. Aiunt cunuchorum unum, ayiario praepositum, attulisse Honorio niiDtium, Romam periisse, eoquo audito exclamasse principem : Atqui modo de manu mca comcdit. Procop., Hist. VandaL, i.

2. De gallo gallinaceo tune quoque cogitabat, quem immensœ magnitudinis Romam vocabat. Procop., Hist. VandaL, i.

3. Repente fugam arripuit, rumore quodam perterrefactus, quasi Imperator Theodosius exercitum adversus ipsum misisset. Socrat, yji, iO.

ner. En traversant la Gampanie, ils pillèrent la ville de Noie, dont ils enlevèrent l'évêque, le célèbre Paulin, disciple d'Ausone, patricien converti au christianisme et resté poète sous le pallium épiscopal. Paulin, riche autrefois, devenu indigent par charité \ semblait une excellente proie pour les Goths : ils le chargèrent de chaînes, le menacèrent, le tourmentèrent de toute façon pour avoir ses trésors, mais vainement; car, suivant le mot touchant d'Augustin, son ami, « il les avait placés dans le sein des pauvres*. » De guerre lasse, ils le renvoyèrent comme une bouche inutile.

La Lucanie et les Galabres eurent le même sort que la Gampanie, elles furent mises à feu et à sang. L'incendie de Rhegium, qu'on put apercevoir des côtes de la Sicile', apprit aux habitants de Messine le péril qui les menaçait. Alaric, en effet, voulait passer dans cette île, vierge encore de toute déprédation barbare, gagner ensuite l'Afrique^ et continuer depuis Garthage la guerre contre Rome en l'affamant. Dans cette idée, il fit réunir et appareiller en face de Messine tout ce que les ports de la grande Grèce contenaient de navires et de grosses barques. 11 comptait, au moyen de voyages réitérés d'une rive à l'autre du détroit, transporter en Sicile sans beaucoup de peine son armée, ses bagages et ses

1. Paulinus noster ex opulentissimo divite, voluntate pauperri-

mus. August., de Civ, Dei, i.

2. Ibi enim habebat omnia sua, ubi eum condere et thesaurlzarc ille (Deus) monuerat... August., de Civ, Dei, x.

3. Olympiod., Excerpt. — Rufin., ap. Idat., Chron, — Tillemont, Hist. des Emp., t. V, p. 600.

4. Per Siciliam cxinde in Africain transire disponit. Jornand., de Beb. Getic., 30.

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captifs; mais, au moment oi\ cette flotte improvisée prenait la mer, elle fut assaillie par une soudaine et violente tempête qui dispersa les navires, en engloutit un grand nombre et jeta le reste à la c6ie\ Le roi gotli, placé sur une hauteur pour surveiller le passage, put à loisir contempler son désastre : l'armée qui avait pris Rome n'était plus.

Quoique ce malheur fût le résultat du hasard ou de rimprévoyance, on ne manqua pas d'y chercher une cause surnaturelle, suivant le procédé ordinaire des esprits de ce temps. Pour les chrétiens, l'explication fut très-simple et ne laissa point de réplique : « Dieu, après s'être servi d'Alaric afin d'humilier et de châtier Rome, le brisait, comme le potier un vase de rebut, maintenant que Fœuvre était accomplie, et il ne se souvenait plus que des crimes par lesquels les Goths, instruments de sa vengeance, avaient puni le crime des Romains. » Tout s'enchaîne dans la doctrine des causes finales, et, la première hypothèse admise, il était difficile de se refuser à la seconde.

Quant aux païens, ce fut autre chose : ils revendiquèrent pour une de leurs divinités l'honneur d'avoir sauvé la Sicile. Il existait alors près de Messine, entre la rive du détroit et les derniers escarpements de l'Etna, une vieille statue consacrée jadis par les Siciliens aux puissances de la mer et du feu. Un de ses pieds posait sur un réchaud perpétuellement allumé, symbole du feu éternel, âme de la nature : l'autre plongeait dans

1. Fretum illud horribile aliquantas naves submersit, plurimas conturbavit. Jornand., de Reb. Getic, 30. — Oros., vu, 43. — Infesto mari periclitati, multum exercitum perdidcrant. Isid., Chron.

un bassin d'eau courante, image de Téternité de l'Océan père de Tunivers. Des conjurations magiques redoutables avaient armé le simulacre de la double vertu d'arrêter dans leur marche dévastatrice les laves de l'Etna, et de couvrir la côte contre le débarquement des Barbares ^ C'était cette statue enchantée qui, au dire des païens, avait suscité la tempête où venait de périr la flotte d'Alaric. Et qu'on ne pense pas que ces folles croyances n'eussent cours que dans les basfonds de la société païenne, ignorants et crédules : des personnages du plus haut rang, des intelligences éclairées, ne craignaient pas de les préconiser et de les soutenir.

L'historien Olympiodore nous raconte le fait avec une fermeté de conviction qui a droit de nous surprendre chez un homme d'État mêlé aux affaires de son temps et honoré de quelques ambassades par le gouvernement d'Occident. Il ajoute que, six ou sept ans après l'événement dont nous parlons, la Sicile ayant reçu, pour son malheur, un gouverneur chrétien, le simulacre fut mis en pièces, et qu'alors les Barbares et les feux de l'Etna arrivèrent sans opposition sur une terre qui avait perdu sa sauvegarde^ De pareils contes, présentés et acceptés sérieusement comme des vérités, font juger mieux que toute autre chose de la décadence

1. Fuerat hsec (statua) ab antiquis inaugurata, cum ut JEtnsa

montis ignés averteret, tum ut maris transi tu Barbaros prohiberet. Altero eiiim pede perpetuum ignom, altero vero pcrennem aquam gestabat. Olympiod., £'a;cerp^

2. Ea igitur statua confracta, tandem ex Mtnseo igné et a Barbarie detrimentum Siciliam cepisse. Olympiod., J?a;cerpt.

morale où était tombé le polythéisme. Les persécutions contre le culte national, la dernière surtout, avaient eu cette double conséquence de jeter ses partisans dans une vague religiosité qui n'était plus qu'un manteau politique, ou de les pousser par l'opiniâtreté de la lutte aux défislesplusextravagants contre l'évidence etlebonsens. Le désastre de Rhegium causa au roi des Goths un profond désespoir. Son âme, que nous avons montrée accessible aux terreurs religieuses, qu'elles vinssent du christianisme ou du paganisme, en ressentit peut-être alors une double atteinte. Ne sachant que résoudre, il alla se cacher dans une vallée des Abruzzes, près de la ville de Consentia, aujourd'hui Cosenza : il y délibéra tristement, nous disent les historiens, sur sa fortune présente* et sur l'avenir qu'elle pronostiquait au peuple des Goths. Le bonheur semblait l'avoir abandonné depuis le jour où, cédant aux entraînements de la colère, il avait saccagé Rome. En attentant à l'inviolabilité de la Ville éternelle, dont il détruisait le prestige, il avait tranché du même coup les espérances de son ambition, et maintenant, humilié dans son orgueil, amoindri dans sa force, bloqué dans une gorge de TApennin, entre les éléments furieux et Pltalie prête à se soulever, il avait mis contre lui le ciel et les hommes. Il ne lui restait pas même la ressource d'aller mener en Afrique la vie de ravageur barbare, puisque la mer le repoussait. Au milieu de ces sombres pensées, il fut saisi d'un mal subit et grave, dont le chagrin précipita la marche. A peine eut-il le temps de

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