‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 239 sur 251 · August., Serm. cv, 8-13, et cgxgvi, 9, 0pp., t. V · texte numérisé non relu

August., Serm. cv, 8-13, et cgxgvi, 9, 0pp., t. V

LE SAC DE ROME Zi75

dans le désastre sans doute, mais ils savaient dire : « Je bénirai le Seigneur en tout temps, » et si dans leurs tribulations ils n'ont pas blasphémé, ils sont sortis du fourneau comme des vases complets ; ils sont pleins de la bénédiction du Seigneur. Quant à ces blasphémateurs qui ne convoitent que les choses terrestres, après avoir perdu ces choses, que leur restera-t-il? Rien au dehors, rien au dedans; leurs mains seront vides, et leurs consciences plus vides encore.

« Vous vous plaignez de vos amertumes et de vos tribulations, et vous dites : «Voilà que tout périt sous « le règne du christianisme! » Pourquoi crier ainsi? Dieu n'a pas promis que tout cela ne périrait pas, l'Éternel a promis des choses éternelles. Le bénir pour le bien, le blasphémer pour le mal, c'est prendre le dard du scorpion . — Si la cité qui nous a engendrés charnellement ne subsiste plus, celle qui nous a engendrés spirituellement reste encore. Celle-là seule existe pour des chrétiens.

(( N'est-ce pas en considération de Jésus-Christ que les Barbares ont épargné ces Romains si contraires maintenant au nom de Jésus-Christ? — On les a vus choisir les plus grandes églises pour mettre plus de monde à couverte — Romulus n'avait fondé qu'un asile; Alaric en a fondé deux, d'où la population romaine est sortie renouvelée comme de deux sources salutaires 2. — Les Goths ont épargné un si grand nom-

. 1. August., de Civ. Dei, i, 7.

2. Hsec res impedimento fuit ne urbs Roma funditus interiret; nam qui illic scrvati orant... Urbem denuo instaurarunt... Sozom., IX, 9.

1x76 RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE

bre de citoyens que c'est merveille vraiment qu'ils en aient tué quelques-uns M

« Mais les femmes chrétiennes, les vierges même outragées* ! Dieu n'a donc point eu souci des siens? La chasteté de ses épouses est devenue le jouet des Barbares! — Ces femmes sont restées pures malgré les attentats des hommes, et celles qui ont subi la violence n'ont point fait comme Lucrèce; elles n'ont point ajouté au malheur qui les frappait le crime du suicide^. ))

La doctrine, on le voit, ne reculait pas devant les problèmes les plus délicats ou les plus redoutables. La réponse était à chaque objection, et si les arguments pris en particulier se contredisaient souvent, Tensemble n'en était pas moins d'une grandeur et d'une fermeté imposantes.

Augustin, à qui appartient ce plan de défense, ne touche qu'avec réserve et souvent avec charité aux questions qui se soulèvent devant lui. On retrouve par intervalles dans ses pages dogmatiques, malgré la rigidité du système, le même homme à qui la prise de Rome arracha des larmes; mais ses disciples sont loin d'imiter. sa modération; le livre de Paul Orose, par exemple, développe la même doctrine avec une dureté parfois révoltante : il verse comme à plaisir sur les

i, August., de Civ. Dei, m, 29. — Gros., vii,'39.

2. Addunt stupra commissa non solum in aliéna matrimonia, yirginesque complures, sed etiam in quasdam sanctimoniales. August., de Civ, Dei, i, 16.

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