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CHAPITRE II

Mariage d'Honorias. — Rufln veut faire épouser sa fille à Arcadius. — Le Frank Bautho et sa flUe Eudoxie. — L'eunuque Eutrope. -— Portrait d'Budoxio. — Invasion des Huns. — Rufio entre on négociation avec les Goths. — Le monde barbare et la fiomanite. — Aiaric. — Les Goths arrivent aux portes de CoDstantinople : ils s'établissent dans l'Illyrie orientale. — Stilicon lève une armée barbare pour les combattre : description de son armée. — Message d'Arcadius à Stilicon. — Gainas. — Complot de Gainas et de Stilicon. — Retraite des deux armées.

Les fiançailles d'Honoriuset de Marie, faites au lit de mort de Théodese, furent un coup habile de Stilicon et de Sérène, qui assiégeaient à qui mieux mieux les derniers instants du moribond ; Théodose, qu'alarmait à bon droit l'avenir d'un si jeune fils, vit dans ce projet d'union un nouveau devoir de protection imposé au tuteur, un nouveau lien d'affection créé entre le pupille et lui. Une fois son consentement donné, Sérène n'eut pas de cesse que les fiançailles ne fussent célébrées pendant qu'il vivait encore. Honorius, ainsi que nous l'avons dit, touchait à sa onzième année; Marie était plus jeune, et Claudien nous peint en vers gracieux sa figuré douce et rosée, qu'accompagnaient d^ Vo^%s Oti^-

veux cllâtains^ Amenés en grand appareil près du lit de douleur, les deux enfants étonnés échangèrent Panneau d'usage, et répétèrent les paroles qu'on leur dicta, puis ils sortirent en silence pour laisser la place libre aux apprêts de la mort. Les deux cérémonies semblèrent presque se confondre, et le flambeau du paranymphe put aller rejoindre au convoi les torches funéraires.

Cette alliance, qui faisait de Slilicon plus qu' un régent dé l'Occident et plus qu'un tuteur du prince, excita au plus haut point la jalousie de Rufln. Le préfet d'Orient prétendit aussi être beau-père d'Empereur et l'être sans délai, attendu qu'Arcadius, à la différence de son frère, avait atteint l'âge de puberté, et que lui-même avait une fille nubile. Il fit suggérer au jeune Empereur la pensée d'épouser cette fille*. Lui-même, devenu tout à coup de ministre impérieux sujet humble et obéissant, accabla le prince de tant de caresses et de flatteries, le circonvint de tant de façons, qu'Arcadius, à qui l'idée d'une femme ne causait guère d'inquiétudes, et qui ne vit dans le mariage qu'on lui proposait qu'un expédient politique, y consentit de guerre lasse, dans un de ses moments de demi-somnolence. Rufin était au comble de la joie; mais il avait compté sans les eunuques du palais, surtout sans Eutrope, son mortel et constant adversaire'. Une affaire importante l'ayant

i. ... Non labra rosse, non colla pruinse.

Non crincs aequant violœ...

Claud., de Nupt. Honorii et Mariœ, v. 265-26).

2. De hoc per quosdam inservientes principi secreto mcntionem injicit. Zo&in)., v, i.

3. Eutropius, unus ex inscrviontibusimperatori eunuchis. Zosim., v, 3.

appelé vers cette époque, et fort inopportunément, dans la capitale de la Syrie, les eunuques mirent le temps à profit pour rompre les négociations commencées.

Il y avait à Gonstantinople, dans une maison ennemie de Rufin, et pour cette raison fréquentée par Eutrope, une orpheline d'une rare beauté \ fille d'un général frank, fort en faveur jadis à la cour de Byzance, Bald ou Baith, que les Romains appelaient Bautho^ Ce Barbare, un des plus honnêtes et des plus braves qui eussent jamais servi TEmpire, après avoir traversé tous les honneurs, y compris le consulat, qu'il partagea en 385 avec Arcadius, déjà auguste, avait été enlevé par une mort prématurée, laissant après lui sans soutien cette enfant, qu'un de ses amis avait recueillie et élevait dans sa maison.

L'ami de Bautho n'était autre que le fils de ce maître des milices, Promotus, que Rufin avait livré si traîtreusement aux Barbares pour se venger d'un soufflefr, et le fils, comme on peut le croire, n'inspirait pas à sa pupille des sentiments bien affectueux pour l'assassin de son père. Cette circonstance détermina vraisemblablement Eutrope à la choisir de préférence à d'autres, qui pouvaient l'égaler ou la surpasser en beauté. Un portrait laissé, comme par hasard, sous les yeux d' Arcadius piqua la curiosité du jeune homme ^; il voulut savoir quelle était celte image dont il ne pouvait détacher ses regards. Peu à peu les récits d'Eutrope allu-

1. Horura altcr apud se vii*ginem habebat eximia pulchritudinc spectabilem. Zosim., v, 4.

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