Monstrata puellse imagine... Zosim., v
mèrent son imagination; il sentit naître en lui des désirs inconnus \ et les eunuques n'eurent pas de peine à lui persuader qu'une telle Impératrice siérait mieux au trône des Césars que la petite-fille du cordonnier d'Éause.
L'intrigue s'ourdit avec tant de mystère que Rufin. à son retour de Syrie, n'en soupçonna rien; il resta dans la plus complète sécurité, comptant sur le mariage de sa fille, et pressant Arcadius d'en fixer Tépoque *. Formé par les leçons des eunuques, ses maîtres, le prince parvint à endormir complètement son ministre, pendant qua des indiscrétions calculées, des commentaires habilement semés sur le futur mariage, animaient contre celui-ci les habitants de Constantinople. Cette audace du parvenu de vouloir mêler son sang au sang de Théodose parut à tout le monde le comble de lïnjure pour le jeune auguste, le comble de l'insolence vis-à-vis de l'Empire; on plaignait Arcadius, dont on s'exagérait encore la faiblesse, et l'on maudissait Tindigne violence exercée par un tuteur sur son pupille, car nul ne croyait ce mariage librement accepté par le prince ^
La population de la ville se trouvait donc dans une assez vive agitation, lorsque, le 27 avril 395, l'eunuque Ëutrope tira de la garde-robe du palais un manteau d'Impératrice, auquel il joignit de magnifiques parures
1. Perquehaac Arcadio majusad desiderium incitato. Zosim., y. 4.
2. Ruflno corum ignaro, qure tractareatur, et cxistimantc taotum non propediem filiam suam principi nupturam... Zosini., v, 4.
3. Quid haberet in animo conjiciebant omnes ; et odium commune adversus eum augescebat. Zosim., v, 3.
de femme et des bijoux; le tout fut étalé sar des brancards, dans la cour palatiale et disyant la porte, de manière à frapper les regards et attirer la foulée Les brancards étaient nombreux; une armée de serviteurs richement costumés se tenait là pour les porter et les escorter; c'était un riche cadeau de noces, et Ton ne douta point qu'il ne fût destiné à la fille de Ruûn. Aussi, quand le cortège se mit en marche à travers les rues de la ville, encombrées de curieux, on n'entendait que murmures et amères railleries contre le ministre et les fiancés. Eutrope précédait les brancards, marchant gravement avec la dignité d'un ambassadeur*. L'ébahissement fut grand, lorsqu'on le vit prendre un autre chemin que celui qui menait chez le ministre et s'arrêter devant la maison de Promotus^ Des cris de satisfaction éclatèrent alors; l'eunuque qui avait préparé la surprise donna le signal de la joie; en un instant, la ville fut parée de fleurs, comme pour la plus belle fôte^ Les danses et les réjouissances durèrent toute la nuit, et ce fut ainsi que Ruûn apprit le nom de celle qui allait être son Impératrice*.
Issue d'une race de Franks transrhénans, la fille de Bautho, quoique élevée à Constantinople, avait conservé, quelque chose de la rudesse originelle en même tetnps que l'éclatante beauté des filles du Nord.
1. Vestem, qusB principem deceret, et mundum e rcgia sumpsit, eaque gestanda ministris Imperatoris dédit. Zosim., v, 3.
2. Eunuchus. .. populo praeeunteper urbem mediam incedit. Ratis autem omnibus, haec Rufini fillœ datum iri... Zosim., v, 3.
3. Promoti domum cum donis sponsalitiis iutrant. Zosim., v, 3.