‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 4 sur 251 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

J'ai dit que le Bas-Empire avait été le grand instrument de propagation du christianisme et qu'il en avait fait la loi religieuse des nations civilisées : ce fut peut-être là son crime aux yeux de certains philosophes. On sait avec quel dénigrement passionné les historiens du dernier siècle ont poursuivi les Empereurs chrétiens, critiqué et souvent travesti leurs actes. L'incrédulité systématique n'est plus de mode aujourd'hui, mais ses arrêts sont toujours debout, et nous y obéissons à notre insu. Cette habitude de mépris que nous a léguée le xviii" siècle pour l'époque chrétienne du monde romain est encore fortifiée par les préjugés de notre éducation classique.

Élevés à ne voir les Romains que sous un aspect théâtral, avec un costume de convention, nous ne les reconnaissons plus dès qu'ils ont changé d'habit. Le Romain de nos souvenirs doit à peine être un homme ; il nous le fait hautain, impérieux, inflexible, toujours l'épée à la main et la menace à la bouche, toujours drapé dans sa toge, ou armé de la baguette de Popilius. Si, descendu de ces échasses, il se montre à nous plus humain; s' il parle au monde de paix et non de batailles, de fraternité et non de haine étemelle, s'il veut régner par la persuasion, non par la force, s'il lutte enfin avec une constance héroïque contre des calamités sans mesure, mais comme peut lutter le faible et le vaincu.

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