Inter equos, interque tubas mandata fcriintur
Regia, et armati veiiiunt ductoris ad aurcs.
Claud., In Ruf„ il, v. \%A%.
régent d'Occident; la troisième ennn, de ne plus retenir, sous de vains prétextes, un trésor et des légions qui ne lui appartenaient pas, mais d'en faire opérer sans plus de délai la remise à Gonstantinople par tout autre que lui.
L'ordre était conçu en termes durs, positifs, et qui ne permettaient aucune échappatoire. On dit qu'à cette lecture Stilicon resta muet et sans mouvement, comme un homme frappé de la foudre : revenu à lui et devinant bien qui lui portait ce coup, il se demanda s'il obéirait .'Résister à main armée au fils de Théodose dans le temps même qu'il réclamait sa tutelle en qualité de second père, le braver, corrompre ses soldats, le forcer dans sa métropole et jusque dans son palais, c'était plus qu'une guerre civile : c'était une révolte domestique, un attentat à la mémoire de Théodose, à peine au cercueil. Jamais les conséquences de son expédition ne s'étaient montrées à lui sous un jour aussi odieux, et il reculait; puis, quand il songeait que c'était à un jeu de Rufin, que son abaissement serait le triomphe de son rival, que ce honteux départ la veille d'une bataille ressemblerait trop à la peur et le rendrait la risée de l'Occident tout aussi bien que de l'Orient, sa colère revenait terrible. Il voulait aller écraser Alaric, marcher sur Gonstantinople, et faire sentir à l'Empereur lui-même qu'on se trompait en supposant Stilicon si docile ou si lâche. Ballottée ainsi entre deux sentiments contraires, son âme fut en proie pendant quelques heures à une véritable tempête.
11 fit enfin appeler Gainas, Gainas, un des chefs les plus importants de l'armée orientale, était ce
même Barbare dont la fortune extraordinaire avait si vivement blessé Pamour-propre d'Alaric. Transfuge de la nation des Gotbs et d'abord simple soldat dans une légion, Gainas n'avait dû ses grades romains ni à sa naissance comme Alaric, ni au patronage d'aucun roi barbare; il s'était fait lui-même et avait tout gagné à la pointe de Fépée \ Avec cela, Gainas, général, restait toujours soldat; bon pour des coups de main, — car nul n'étaitplus brave, — et habile à déjouer une embuscade aussi bien qu'à la dresser, ses idées ne s'étaient pas élevées plus haut; il ne savait ni commander en chef une grande armée, ni prendre rang dans l'État comme personnage politique. C'était d'ailleurs un homme grossier', cruel, léger et violent dans ses décisions, soumis à l'autorité de ses chefs par habitude ou sentiment de discipline, et sans scrupule sur l'emploi de la force lorsqu'elle lui semblait nécessaire. Il avait connu intimement Stilicon dans l'entourage de Théodose', leur bienfaiteur à tous deux, et il s'était toujours incliné devant une supériorité qui ne le blessait pas dans un gendre d'Empereur.
Gainas nourrissait d'ailleurs contre Rufln cette haine
i. Gainas génère barbarus fuit. Qui cum ad Romanos confugisset, et militisB nomen dedisset, paulatim ad altiorem gradum evectus est. Socrat., vi, 6. — Gainas ex gente sua quamplurimos sub se habens, pédestres atque équestres Romanorum copias ducebat. Thcodoret, V, 31. — Consulter au sujet de Gainas mon Saint Jean ChrysoS" tome, 1. 1.
2. Gainas insolentia fastuque tyrannico prseditus. Theodoret., y, 32. — Ubi vero tantam adeptus est potestatem, nec semetipsum cognoscere, nec animum suum moderari potuit. Socrat., vi, 6. .
3. Romanis exercitibus... Stilichonem prsefecit. Fœderatis autem barbares Gainse et Saulo parère jussit (Theodosius). Zosim., iv^ ^1.
du soldat pour un fonctionnaire civil, insolent et dominateur. Après avoir examiné ensemble la position faite aux troupes romaines par le mandement impérial, les deux généraux reconnurent qu'il fallait y obéir ponctuellement ou se mettre en révolte ouverte, ce qui n'était pas pour le moment dans Tintérêt de Stilicon ; mais ils reconnurent en même temps que, s'ils savaient s'entendre et rester maîtres de leurs armées, ils auraient, quoi qu'on fît, l'un et l'autre Empire à leur discrétion. La première condition de tout projet sur rOrient était le renversement de Rufln : or Gainas s'en chargeait, si Stilicon lui confiait la conduite des légions orientales à Constantinople. Celui-ci agréa le marché : le Goth et le Vandale unirent fraternellement leurs mains pour ce qu'il leur plaisait d'appeler le bonheur de l'Empire, et la mortdurégentd'Orient fut jurée ^ Pendant cette conférence des chefs, la nouvelle, commentée et grossie de mille détails imaginaires, volait de bouche en bouche, et le camp présenta bientôt l'aspect d'un tumulte qui allait jusqu'à la sédition; (( mais c'était, dit le poète du régent d'Occident, une noble et louable sédition *. » On n'entendait que clameurs confuses, imprécations contre Rufin, menaces contre l'Empereur. Des conciliabules se formaient sous les yeux mêmes des officiers, et des orateurs éloquents par leur violence chauffaient, entraînaiant l'esprit des
1. Quibus ubi Gaînam prœfecisset, quse suœ de Rufino cogitationes essent cxponit. Zosim., y, 7.