Sozom., vii
ébruitée bientôt, appela sur l'ambassadeur, avec les louanges du parti catholique, toutes les moqueries du parti païen. Dans les conciliabules des polythéistes, il ne fut plus question que de l'eunuque prophète, du nouveau Tirésias, interprète bizarre des volontés célestes et arbitre des victoires ; plus tard même, quand la mort de Théodose sembla donner crédit à la clairvoyance du solitaire égyptien, les allures prophétiques de l'eunuque continuèrent à être un sujet de moquerie ^ Rufin dut voir de mauvais œil cette fortune naissante qui semblait menacer la sienne, et de là les inimitiés sourdes qui déjà les divisaient quand Théodose mourut. Le chambellan sut alors se glisser près du fils, comme il l'avait fait près du père; il démasqua les projets de Rufin sur l'Empire, et déjoua ses desseins sur le jeune Empereur, en faisant épouser à celui-ci la fille de Rautho. Ce mariage, œuvre d'une habileté consommée, l'avait rendu maître dans l'intérieur du palais, quand la chute du tout-puissant ministre le conduisît de la chambre à coucher au cabinet d'Arcadius *.
Eutrope, ainsi qu'on l'a pu voir, n'avait eu au renversement et au meurtre de Rufin qu'une part trèssubordonnée : après le succès, quand la faveur populaire accueillit comme un acte de justice cet acte de
i . Atque inter proprias laudes iËgyptia jactat
Somnia, prostratosque canit se vato tyrannos.
Glaud., In Eutrop,, i, v. 312-313.
2. Post csedem Rufini Eutropius eunuchus, servili génère ortus, cnm in palatium irrepsisset, et ad dignitatem Prsepositi evectus esset, presenti tamen fortuna minime contentas fuit. Pliilostorg.^ xi, 4. — Niceph., XIII, 2.
violence, il en revendiqua tout le mérite, et on le crut. Les hommes sont portés â s'exagérer la puissance des manœuvres souterraines et de l'intrigue : on ne douta donc point que l'eunuque n'eût conçu le projet, dressé les lacs, attiré la victime, et ses créatures le proclamèrent le sauveur du prince et de l'Empire. On parla à peine de Stilicon, soigneusement relégué dans l'ombre, et quant à Gainas, sanglant exécuteur de la pensée d'autrui, on le jugea assez payé par la maîtrise, des milices d'Orient; encore Eutrope trouva-t-il moyen de borner l'action directe du Barbare au commandement de ses compatriotes ^ Gaïnas était joué, il se plaignit; 'mais personne ne l'écouta : sa brutalité inspirait autant de répulsion que son incapacité de dédain.
Sous le prétexte de veiller sur l'Empire et l'Empereur qu'il venait de sauver, Eutrope s'empara de la direction du gouvernement, sans prendre néanmoins la place de Rufin : trop avisé pour changer dès son début la position qui faisait sa force, il continua ses fonctions domestiques plus assidûment que jamais, ne s' attribuant d'autre titre que celui de primicier de la chambre sacrée, ou grand chambellan *. Autant Rufin avait montré d'arrogance, autant il afficha de modération, ne s'occupant en apparence que de la sûreté de son pupille, l'enveloppant de ses replis en réalité avec la ruse et la souplesse du serpent. Admis près de lui à toute heure de nuit et de jour, jusque dans l'intimité du gynécée, il sut l'isoler de tout le monde, des grands de la cour,
1. Gainas^ qui nec convcnientem duci provoctioris îetatis honorem consequeretur. Zosim., v, 13.