‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 73 sur 251 · Zosim., V, 6. — Philostorg., xi · texte numérisé non relu

Zosim., V, 6. — Philostorg., xi

ner pendant une journée dans les murs d'Athènes la vie d'un véritable Athénien. S'étant fait conduire d'abord au bain\ il voulut visiter ensuite les monuments les plus renommés, puis TAcadémie, le Lycée, le Portique, où le Barbare intelligent et curieux se fit expliquer ce qu'on appelait les merveilles des arts. A l'heure du dîner, on l'amena au Prytanée, où, sur l'invitation des archontes, les principaux citoyens lui offraient un grand repas *. Le Barbare, qui avait à peine connu la cour de Gonstantinople, alla sans doute, dans cette visite, d'ébahissement en ébahissement; toutefois, suivant sa promesse, il partit le lendemain, au point du jour. Tant qu'il resta dans ces murs sacrés, Alaric conserva une sorte de terreur superstitieuse qui ne s'effaça que par degrés quand il fut dehors ^ Néanmoins les païens zélés, rhéteurs ou sophistes compromis dans l'enseignement de l'hellénisme et de la théurgie, avaient eu soin de s'esquiver pendant la journée, soit que la mansuétude du Barbare ne les rassurât pas complètement, soit que le voisinage des hommes en manteau noir fût un épouvantail pour eux. La plupart se dirigèrent vers Méçare avec leurs familles pour gagner Gorinthe et le Péloponèse; mais ils rencontrèrent en route les soldats goths, qui les arrêtèrent et en tuèrent plusieurs. Parmi ces derniers se trouva le sophiste Priscus, initiateur de l'Empereur Julien aux mystère?

1. Exceptus omni génère comitatis, posteaquam et lavisset. Zosim., v,6.

2. Cum selectissimis in urbe viris fuit epulatus. Zosim., v, 6.

3. Atticam totam, nulla fœdatam vastitate/metu spectrorum quse illi apparueraht^ reliquit. Zosim., v, 6.

de la magie : rhellénîsme le compta parmi ses martyrs ^ Ainsi se passa la prise d'Athènes par Alaric, ou, pour parler plus exactement, la visite du roi des Goths dans la cité de Minerve. Au lieu d'attribuer à des causes naturelles la modération du Barbare, le peuple athénien toujours vain, toujours léger et entêté de ses folles superstitions, imagina une fable qui, flattant à la fois son orgueil et l'orgueil païen, devint pour tout véritable hellène Texplication incontestable de l'événement. Les Athéniens racontèrent qu'au moment de donner Tassaut, le roi ennemi, poussant une reconnaissance au pied des murailles, avait aperçu un être surhumain qui en faisait le tour, comme une sentinelle attentive, et dont la forme, la taille, le visage, l'armure rappelaient à s'y méprendre les statues de Pallas *. Troublé de cette vision, ajoutaient les mêmes témoins, Alaric avait porté ses regards en haut des murs, et là s'était montrée à lui la figure d'un guerrier gigantesque, agitant une énorme pique et lançant du feu par ses prunelles : c'était, disaient encore les Athéniens, le divin Achille lui-même, dans l'attitude où le représente Homère lorsque, transporté de fureur, il court venger sur les Troyens la mort de Patrocle ^

Cette vue ayant fait perdre au roi des Goths toute en-

1. Qui extra Athenas deprehensus, nam proximc Gorintho agcbat, cum familia obtruncatus fuit a Barbaris. Eunap., Vita Prisci, p. 67.

2. Murum quidem circumlustrantem vidit propugnatricem Minervam, ea specie, qua intor ^simulacra conspicitur, armatam scilicet. Zozim., T. 6.

3. Ante mœnia stantem Achillem heroa, talem qualem Homerus Trojanis exhibuit, quum, ira stimulante, Patrocli nccem ulturus in eos pugnaret. Zozim., y. 6.

vie d'attaquer une ville si bien gardée, de son plein gré il avait offert la paix aux magistrats ^ Telles étaient les fictions dont se berçait Thellénisme expirant pour se persuader à lui-même qu'il était une doctrine vivante et le faire croire au monde, et plus d'un de ces pieux mensonges, recueilli par la crédulité des contemporains, s'est glissé dans Tliistoire avec toutes les prétentions de la vérité. L'historien Zosime, dévot polythéiste, ne craignait pas d'affirmer encore au bout de près d'un siècle la sincérité de ce récit.

Alaric rejoignit son armée sur la route qui conduisait d'Athènes à Corinthe, le long du golfe de Salamine; Eleusis fut sa première étape. On sait la place qu'occupaient dans l'ancienne religion grecque celte ville et son temple consacré aux mystères de Gérés et de Proserpine, les plus célèbres et les plus redoutables de tous les mystères païens. Ils subsistaient toujours malgré l'interdiction dont la loi chrétienne avait frappé en masse les conciliabules des idolâtres et leurs initiations ; mais en face d'Eleusis, Théodose avait renoncé à des mesures violentes qui eussent coûté des torrents de sang. Le temple, construit en marbre pentélique sous Périclès et décoré de bas-reliefs par Phidias, dominait la ville et le golfe, couvrant de sa sombre majesté cette terre vouée aux divinités infernales. Les païens n'en approchaient qu'avec terreur, et les doctrines qu'on y enseignait, sous le sceau d'un secret inviolable, étaient Revenues, au v* siècle, l'essence même et l'âme de la religion hellénique.

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