‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 74 sur 251 · I. Pacem per prœcones civibus offert. Zosim., v. G · texte numérisé non relu

I. Pacem per prœcones civibus offert. Zosim., v. G

A rapproche de ces murs odieux aux chrétiens, les hommes à manteau noir reparurent et revinrent à la charge près d'AIaric\ qu'ils trouvèrent mieux disposé cette fois, pour plusieurs raisons : Eleusis, longtemps enrichie des offrandes du monde, passait pour trèsopulente, et son nom n'était pas, comme celui d'Athènes, une de ces grandes gloires qu'on pouvait craindre d'affronter; puis le roi goth devait un dédommagement à son armée pour un pillage perdu; lui-même enfin se trouvait plus aguerri contre le pouvoir des démons après une nuit passée au milieu d'eux. Les moines triomphèrent donc, sans grande peine, à' ce qu'il paraît , quoique les écrivains païens fassent retomber sur eux toute la responsabilité du mal. Ce qui n'est que trop certain, c'est que les soldats goths faisant invasion dans le temple, le bouleversèrent de fond en comble, que lesbas-reliefsdePhidiasfurent brisés, les blocsdemarbre roulésles uns sur les autres, etque, guidés par les moines, les Barbares, la torche à la main, allèrent fouiller ces souterrains jadis inviolables, et visités des seuls hiéropnantes. La dévastation dut être complète, dirigée par les manteaux noirs; cependant après le départ des Goths, les païens reprirent, parmi ces ruines qu'ils déblayèrent, leurs assemblées clandestines, tant le culte des mystères de Gérés était tenace dans le cœur des Hellènes. II y a peu d'années que des voyageurs français, explorant après quatorze siècles l'emplacement d'Eleusis, ont retrouvé sous les décombres des cadavres

1. Eunap., Vit, Maximi, 1. 1, p. 53, éd. Boisson. ; Cf. not. ad eumd« oc, t. II, p. 184.

ALARIG EN GRÈG£ 105

de démolisseurs ensevelis à côté de leurs marteaux : c'étaient peut-être des soldats d'Alaric.

Le sac de la ville suivit celui du temple. Les habitants avaient eu hâte de fuir pendant qu'on exécutait leurs dieux : la cavalerie des Goths, les chargeant dans toutes les directions, en fit un grand carnage, et reprit le butin qu'on lui dérobait. La ville de Mégare, seconde étape d'Alaric, essaya de se défendre, et mal lui en prit : elle fut enlevée d'assaut. Les populations d'alentour se portaient en masse vers Corinthè, pour s'abriter derrière le grand rempart qui coupait l'isthme d'une mer à l'autre, et que les Péloponésiens réparaient jour et nuit* : la route était donc encombrée de fugitifs, sur lesquels venait fondre la cavalerie Barbare et qu'elle dispersait ou tuait. Une résistance vigoureuse semblait du moins s'organiser de l'autre côté de l'isthme, où Corinthè se préparait aux dernières extrémités ; les villes du Péloponèse lui envoyaient à l'envi leurs milices, et l'on comptait sur les soldats*. C'était là l'erreur, et ce fut la source du mal. Le commandement militaire de la presqu'île était toujours aux mains de ce Gérontius que Rufln y avait placé pour ne la point défendre ^ Quoique ce ministre fût mort depuis un mois ou deux, à l'époque du siège d'Athènes, c'est-à-dire à la fin de décembre 395 ou au mois de janvier 396, rien n'était

^1. Et duo continuo connectens sequora muro

Isthmos

Claud., de Bell. Getic, y. 180. — Zosim., i, 29.

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