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Les lacs forment les étapes successives de ce pays si sauvage et si magnifique, et voyez par quel étrange effet d’une déstinée sans doute préconçue, presque tous ces lacs se trouvent sur le parcours même de la ligne, je parle des principaux d’entre eux, de ceux qui ont un nom, car le nombre des lacs minuscules, éparpillés ça et ]à à
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une distance plus ou moins grande de la voie, est presque incalculable. Au demeurant, le Canada tout entier, depuis le littoral du Nouveau-Brunswick jusqu’à celui de la Colombie Anglaise, est le pays des lacs par excellence; ce sont les restes du vaste glacier qui couvrait un jour (il y a de cela 200,000 siècles environ, et dire qu’on appelle le Canada un jeune pays!) les parties septentrionales de l’Amérique, et qui, en se fondant, laissa une partie de ses eaux dans toutes les dépressions du terrain qu’il recouvrait. Ce sont ces dépressions ou lacs qui ont pris, dans la suite des temps, avec l'apparition des Canadiens sur le sol qu'ils habitent, les noms divers et infiniment nombreux que l’on voit sur les cartes.
Voici d'abord le lac Saint-Joseph, le premier sur la liste, à 24 milles de Québec. Cet endroit était absolument désert avant le passage de la voie ferrée, et aujourd’hui l’on y voit tout un village, groupé autour d’une scierie importante et présentant le plus riant aspect, avec ses maisonnetles toutes neuves, pittoresquement distri-
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buées, suivant les complaisances d’un terrain rempli d’aimables accidents.
C'était autrefois tout une affaire que d'aller pêcher la truite au lac Saint-Joseph, et l'on en parlait comme d’une expédition lointaine qui pouvait permettre une foule de récits à moitié fabuleux, mais toujours piquants, comme savent en faire les grands “sportsmen.” Aujourd’hui, il n’y a plus moyen d’avoir l'air de venir de la mer de Hudson quand on ne vient que du lac Saint-Joseph. Il faut continuer son chemin et se rattraper sur d’autres lacs; heureusement qu'il y en a de quoi fournir à des légendes de
pêcheurs pendant au moins encore un quart de siècle.
Voici le petit lac Batiscan, le lac Pauvre, le Bon Lac, le lac Long, le lac Belle Vue, le lac des Iles, le lac Vert, le lac Vermillon, le lac. Clair, le lac au Lard, le lac du Centre, encore un lac Long, le lac à la Belle Truite, le lac aux Rognons, le lac des Passes, et enfin le grand et superbe lac Edouard, qui a 18 milles de longueur et se trouve à peu près à mi-chemin sur le parcours de la ligne.
Je voudrais bien connaître l'origine des noms
de tous ces lacs, afin de régaler mes lecteurs d’un plat d'érudition sauvage; mais cela est impossible. Ces noms ont été donnés par le premier venu, tantôt par un simple chasseur ou par un pêcheur encore plus simple, tantôt par un arpenteur fatigué, qui étire ses muscles sur le bord de lun d'eux, et qui l'appelle par conséquent lac Long, ou bien qui s’est endormi en rond de chat et qui l’appellera lac Rond (il y a à peu près une vingtaine de lacs Long et de lacs Rond dans toute la province, mais je crois tout de même qu'il y a plus de lacs Rond.)
Pendant longtemps j'avais cru que le nom d'Edouard, donné au grand lac que nous venons de mentionner, avait été comme une sorte d’hommage fait au prince de Galles, et quoique cette opinion fût assez accréditée, je n'étais pas bien sûr du fait, et mon imagination est si facile à troubler que j'en éprouvais une perturbation véritable dans mon for intérieur. Enfin, en parcourant le rapport insipide de l'exploration de 1878, je trouvai ce même nom d'Edouard donné au lac, et de plus son origine, attribuée à un simple chasseur sauvage de Batiscan, qui avait l'insigne honneur de s'appeler Edouard, lui aussi, tout comme le prince de Galles. Dès lors,
je fus heureux. Savoir que le lac Edouard tire son nom d'un chasseur sauvage de Batiscan, quel bonheur ! O beauté des découvertes ! O vo- - lupté de l’érudition.
Ce qu’il y à de singulier, dans ces lacs, c’est que chacun d'eux a son poisson propre, qui se distingue de celui des autres lacs par une nuance de la couleur du ventre. Ainsi, dans l’un la truite à le ventre blanc, dans l’autre elle l’a rouge ; dans un troisième la truite sera toute verte (il n’y en a nulle part de bleue); dans un quatrième il n’y aura que du poisson blane:
ailleurs ce sera du bar, du touradis.. .... ; tout cela à été arrangé exprès pour les différents goûts des gens et suivant les couleurs qu'ils préfèrent ; la Compagnie n’y est pour rien ; espérons que les pêcheurs sauront respecter cette distribution de la nature, et ne s’amuseront pas à jeter une confusion inutile parmi les poissons
des lacs, peut-être plus soucieux que les hommes
de garder leurs couleurs.
Et tout cela c’est du nouveau, et grâce à la construction du chemin de fer du lac Saint-Jean