CHAPITRE V
Nyangoué et l'exploration projetée du Loualaba. — L'Arououimi et l'Ouellé de Schweinfurth. — Les grands canots. — — Les tribus hostiles. — Combats. — Les nains africains. — Un informateur de Barth.
Revenant à l'itinéraire de notre Américain, nous voyons que M. Stanley, en quittant la côte occidentale du Tanganyika, rencontra le Loualaba à son point de jonction avec le Lottama, à quelque 80 kilomètres au sud de Nyangoué, un nom qui éveillera de pénibles souvenirs dans l'esprit de tous ceux qui ont lu les derniers journaux de Livingstone.
M. Stanley arriva à Nyangoué résolu à suivre la rivière en quelque lieu qu'elle le conduisît, bien que sa croyance, en somme, semble avoir été qu'elle le conduirait à l'océan Atlantique, ce qui arriva en effet. Les indigènes et les Arabes firent tout au monde pour empêcher le nouvel explorateur de courir à ce qu'ils supposaient être une perte certaine. Les histoires les plus épouvantables de cannibales et de cataractes lui furent racontées.
Ils avaient tenu les mêmes discours à M. Gameron qui, lui aussi, avait vu, dans le Loualaba, la tète du Congo et, en lui refusant tout concours, ils l'avaient
L'AFRIQUE ÉQUÀTORIÀLF. 167
obligé à renoncer à vérifier l'exactitude de ses suppositions. Mais M. Stanleyavait des ressources bien plus considérables que l'officier anglais, et sa caravane nombreuse de porteurs pouvait lui permettre de se passer de l'assistance des Manouyéma et des Arabes, et de faire bon marché de leurs récits effrayants touchant la férocité des populations riveraines du fleuve. Ces histoires épouvantables de cannibales de cataractes n'étaient cependant pas toutes imaginaires, et eu égard à la somme de périls courus par l'expédition, le merveilleux est que le plus grand nombre de ceux qui la composaient aient pu arriver vivants à la côte.
Le voyageur américain se mit donc, en dépit de tout, résolument en route.
Reprenons ici le résumé fait par lui-même de celte partie de son immense trajet.
« Le 5 novembre 1876, dit-il, après avoir relevé le cours d'un des tributaires du Livingstone (c'est le nom par lequel M. Stanley désigne le cours tout entier du Loualaba et du Congo ne faisant qu'un) depuis sasource jusqu'à son confluent avec le grand fleuve et avoir suivi la rive droite de ce dernier jusqu'à Nyangoué, le plus occidental des entrepôts Arabes, nous entrâmes dans les lugubres jungles de l'Ouregga, après avoir traversé une redoutable forêt sur un parcours de 144 kilomètres où il fallut surmonter de tristes épreuves : mais grâce à un grand déploiement d'énergie, nous nous retrouvâmes sur les rives du
Livingstone. Là nous résolûmes d'utiliser le fleuve lui-même et de descendre en baleau le Livingstone jusqu'à la mer. »
Au nord de Nyangoué est une longue série de cataractes finissant vers l'équateur, et au bout desquelles, pendant des centaines de kilomètres, la rivière va s'élargissant jusqu'à devenir presque un lac variant de A à 18 kilomètres et rempli d'îles. Dans la portion inférieure de son cours, se trouve une autre série de cataractes, dont les dernières ont été signalées par Tuckcy au commencement du siècle, sous le nom de « chutes d'Yellala »., entre lesquelles chutes et les cataractes supérieures est une étendue non interrompue de cours navigable d'environ 2, 000 kilom.
Dans ce trajet, le grand fleuve reçoit de chaque rive de nombreux tributaires, dont quelques-uns ne sont pas beaucoup moins grands que le cours principal lui-même. Un de ces affluents, l'ikelemba, venant du sud, est probablement le Kasaï, dont le cours supérieur a été longtemps inconnu, et que certaines caries ont jusqu'ici donné comme le lit principal du Congo. Son eau, couleur de thé, ne se confond absolument avec celle du vrai fleuve qu'à environ 200 kilomètres au— dessous de son confluent. Un autre tributaire, venant du nord-est, l'Arououimi, et rencontrant le cours principal vers le 1" degré de latitude nord, est supposé par M. Stanley être l'Ouellé de Schweinfurth, large rivière découverte par cet
L'AFRIQUE ÉQUATOHIALE. 169
explorateur dans la région située au nord de l'Albert- Nyanza. Cette supposition, toutefois, ne paraît pas être justifiée aux yeux de tous les géographes. « L'Ouellé, dit M. Duveyrier, qui coule à 1° 30' plus au nord que le Livingstone, l'Ouellé est trop sûrement ratlaché au bassin du Tsàd par la concordance de ses crues avec celles du Châri et par d'autres indications pour que nous puissions admettre qu'il soit un tributaire du Livingstone. »
Quoi qu'il en soitl'Arououimi, s'iln'estpas l'Ouellé est du moins une rivière arrosant un territoire non éloigné de celui-ci. Ainsi la roule suivie par M. Stanley , l'a amené en quasi-contact avec les deux points les plus éloignés atteints dans cette partie du continent africain par des explorateurs venus du nord, nommément le point atteint par Schweinfurth qui, en 1874, reçut la médaille d'or de la Société royale de géographie d'Angleterre « pour sa découverte de la rivière Oucllé, au delà des limites sud occidentales du bassin du Nil », et cet autre point atteint par le correspondant du docteur Barth, qui, poussant du Darfour dans la direction du sud, arriva sur la grande rivière de Koubanda coulant vers l'ouest.
Schweinfurth1 atteignit l'Ouellé en avril, à l'époque où les eaux étaient à leur niveau le plus bas.