L'Afrique occidentale.— Le Cœur de V Afrique
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La rivière avait cependant encore quelque 250 mètres de large avec une profondeur de quatre à cinq mètres. Le volume d'eau quelle débitait fut estimé, parle voyageur allemand, à 10,000 pieds cubes par seconde, Tous les indigènes Monbotfous et Niam- Niams s'accordèrent à lui dire que l'Ouellé poursuivait sa course aussi loin qu'ils pouvaient le suivre pendant des jours et des jours jusqu'à un point où il s'élargissait tellement que les arbres de ses rives cessaient d'être visibles.
Schweinfurlh parle avec admiration de la forme et de la dimension des canots qu'il vit sur l'Ouellé, lesquels correspondent curieusement avec ceux que M. Stanley vit sur l'Àrououimi. Schweinfurlli dit de ces canots :
« Ils étaient creusés dans un seul tronc d'arbre et très-supérieurs comme forme et comme solidité à tout ce que j'avais vu jusque-là. Quelques— uns n'avaient pas moins de trente pieds de long sur quatre de large et ils étaient suffisamment spacieux pour transporter des chevaux et des bœufs. Si grandes sont leurs dimensions, qu'ils ne courent pas de risques d'être renversés et ils ne gauchissaient pas le moins du monde quand nous y montions. Ils se terminaient en pointe à chaque extrémité et les bordages étaient ornés de sculptures. J'avais vu les canots de teck de la mer Rouge que les Arabes appellent « houri y>, et dont la construction est une importation de l'Inde.
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Je connaissais aussi beaucoup des embarcations dont on se sert à Soakim et à Djeddah, mais aucun de ces bateaux ne pouvait se comparer, comme dimensions et comme élégance, aux canots des Monbottous. »
M. Stanky parle de canots semblables à l'embouchure de l'Arououimi, qu'il place à environ 400 kilomètres au sud-ouest de la position deSchweinfurth, la rivière elle-même étant, suppose-t-il, ou l'Ouellé ou un cours d'eau plus large dont ce dernier est un affluent, ou au moins une rivière arrosant le même territoire et ayant des traits caractéristiques analogues à ceux que Schweinfurlh a si bien décrits.
« Les indigènes, dit M. Stanley, arrivèrent sur nous furieux, mais avec un fort grand air. Tout de leur côté était superbe. Leurs canots étaient d'énormes embarcations, l'un surtout, un monstre manœuvré par quatre-vingts rameurs, quarante de chaque côté, avec des pagaies de 8 pieds de long, effilées en pointe et bel et bien garnies de lames de fer, pour l'abordage, je suppose. Chaque pagaie se terminait par une boule d'ivoire. Les chefs arpentaient un plancher ou pont qui s'étendait de l'avant à l'arrière. Sur une plate-forme près de l'avant étaient dix jeunes hommes de choix brandissant leurs longues lances. A l'arrière de ce grand canot de guerre se tenaient huit timoniers qui le dirigeaient sur nous. 11 y avait environ vingt autres canots un quart moins grands, qui avaient aussi fort bel aspect, mais au-
cun ne faisait pareil effet. On pouvait évaluer à 1,500 ou 2,000 les sauvages qui montaient ces cinquante-quatre embarcations. »
Un autre point de ressemblance entre la physionomie du pays décrit par Schweinfurlh et celle de l'embouchure de l'Arououimi, c'est la taille peu élevée des habitants. La carte de M. Stanley, publiée par le Daily Télégraphe porte sur ce point l'indication « région des Nains », et tout le monde connaît la description faite par Schweinfurth de la race rabougrie qu'il rencontra. Ces nains, il est vrai, tiennent bien un peu de la légende et M. Stanley, dans son grand ouvrage publié en 1878, rapporte de curieux récits relatifs à des populations naines et qui lui ont été racontés par des indigènes dès le début de son voyage sur Je Loualaba ; il a d'ailleurs eu sous les yeux un échantillon de ces petits hommes qui mesurait lm4l de hauteur.
D'autre part, il n'eslplus permis depuis les explorations françaises sur l'Ogôoucetses affluents, de 1875 à la fin de 1878, de mettre en doute l'existence dans l'ouest de l'Afrique équatoriale d'une race de nègres beaucoup plus petits que les autres et méritant le nom de nains. Au village d'Obongo M. Marche dit que la taille des hommes varie de lm50 à lm52 et il donne celle des femmes comme étant de lm40 à im43 â.
1. Dans une communication faite le 22 mai 1876 à l'Académie des sciences, le savant égyptologue M. Mariette, parlant des
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Le point de contact entre M. Stanley et l'individu qui renseignait Barlh est à la partie la plus septentrionale du grand arc du Congo (ou Livingslone), où l'o» trouva des fusils et où les chefs portaient des robes d'étoffe rouge indiquant l'existence d'un commerce indigène avec le Nord. Bartli lui-môme ne s'est pas approché à plus de 1,000 kilomètres de ce lieu; mais
Akkas ou nains de l'intérieur de l'Afrique, rapportait cette croyance générale que cette race singulière s'étend sur une surface de mille lieues, sous la zone équatoriale en passant par le pays des Niams-Niams et des Monbottous jusqu'aux pays voisins de nos établissements du Gabon. « Les nains, dit-il, se rencontrent fréquemment en Egypte, mais ce sont des cas pathologiques qui ne s'appliquent pas à des hommes d'une race spéciale... Dans un autre ordre d'idées, les nains jouent un rôle important dans la religion égyptienne. Les nains mythologiques sont les Bess, que les marchands d'antiquité appellent typhons. Les Bess passent pour être de race phénicienne. Les Bess de Phénicie sont originaires du pays des Pouns. La terre des Pouns est en réalité le pays des Somalis situé à la côte méridionale du golfe d'Aden. Les Brss présidaient aux réjuuissances, aux toilettes, aux festins et procuraient d'heureux songes.
« Or ces Bess, originaires comme les Pouns du pays des Somalis, pays non loin duquel se trouvent encore des Akkas, présentent les mêmes caractères que les Akkas de l'antiquité ; plusieurs de ces Bess ont une queue; qui sait si la légende, se perpétuant de siècle en siècle, n'a pas donne lieu au conte des hommes à queue, les Niams-Niams, chez lesquels les Akkas se trouvent?
« Les anciens Egyptiens ont dû connaître le pays des Niams- Niams ; dans la langue de l'ancienne Ejypte, mam veut dire nain; avec la répétition des mots, si fréquente dans cette langue, on a nainnain, dont le nom est presque identique à Niam-Niam^ peuples chez lesquels ces nains se trouvent. En égyptien, un enf.mt à la mamelle s'appelle akka. Y a-t-il une assimilation à faire? Une foule de petits faits qui, isolés, ne sont pas très-probants, le deviennent par leur enchaînement et leur nombre.
« L'attention doit se porter sur les rapports du dieu nain avec le rituel. Le rituel comprend une série de formules que devait savoir le mort, et qu'on mettait à côté de lui pour rafraîchir sa mémoire et l'aider, en récitant, à triompher de tous les obstacles
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il était grand collectionneur d'itinéraires, et il y en avait un en particulier sur lequel il faisait leplus grand
fond. 11 avait en cela d'autant plus raison que la rivière de Koubanda, dont nous allons parler, a toujours été depuis lors regardée par les géographes comme un fait dont il fallait tenir compte dans n'importe quelle théorie pouvant être émise relativement à l'hydrographie de l'Afrique centrale. Cette rivière, telle que Barth l'a tracée sur sa carte, coïncide très-bien avec la partie du Congo ci-dessus mentionnée.
Tant de défiance s'attache à tout renseignement indigène qu'il est bon d'expliquer un peu en détail quel était « l'informateur » de Barth. En nous étendant sur celte particularité, nous servirons un double
qu'il devait rencontrer. On sait que le mort était arrêté sur sa route par des serpents, des croeodiles, des monstres de toute sorte; or, Tua ies trois derniers chapitres du rituel, chapitres qui ont été ajoutés à une époque postérieure, nous représente le défunt en présence de ces pygmées qui vont l'aider à combattre les animaux', compagnons des ténèbres et de la mort. Ces pygmées sont appelés Nemna, ou, selon quelques exemplaires, iiemnem; et dans ce chapitre il y a une foule de mots qui, n'étant incontestablement ni égyptiens ni sémitiques, appartiennent probablement à la langue que parlaient les pygmées. Il seraît extrêmement important que quelqu'un connaissant la langue des Akkas vérifiât si cette langue n'est pas semblable à celle que parlent actuellement les Akkas à leurs voisins les Niams-NiaHia....
« Enfin dans des tombes remontant à la cinquième dynastie, on a trouvé plus de cent crânes qui ont été envoyés en 1857 à l'Exposition êe Paris et qui figurent aujourd'hui au musée du Jardin des Plantes. Ces crânes sont très-singuliers : ils ont le haut de la tète considérablement aplati et sont d'assez petite dimension; cet aplatissement est le signe caraebï'islique desBess ou nains égyptiens. » — (Comptes rendus de l'Acad. des S c.)
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but, car nous aurons plus loin à insister sur les mérites de la civilisation arabe en Afrique, civilisation dont l'homme en question est un exemple extrêmement remarquable. Cet homme était le Faki Sambo, personnage en grande réputation, appartenant à la race fellatah, avec lequel Barth eut de longs entretiens à Massena, point silué à 1,600 kilomètres environ au sud-est du lac Tchad.
« Je ne me serais guère attendu, dit le voyageur allemand, à trouver dans ce pays perdu un homme non-seulement versé dans toutes les branches de la littérature arabe, mais qui même avait lu (que dis-je? qui possédait en manuscrit) les parties d'Aristophane et de Platon existant traduites en arabe, ou plutôt musulmanisées, et qui avait la plus intime connaissance des pays qu'il avait visités. Alors qu'il était jeune homme, son père, fort instruit lui-même, etqui avait écrit un ouvrage sur l'Haoussa, l'avait envoyé en Egypte, où il avait étudié plusieurs années à la mosquée d'El-Azhar. 11 avait eu l'intention de se rendre dans la ville de Zebid, dans l'Yémen, fameuse parmi les Arabes par la science qu'on y enseigne des logarithmes ou de 1' « hésab » ; mais, quand il atteignit Gunfuda, la guerre, qui faisait rage entre les Turcs et les Wahabites, avait renversé ses projets et il était revenu au Darfour, où il s'était établi quelque temps; puis il avait accompagné une mémorable expédition au sud-ouest , jusqu'aux bords d'une
grande rivière dont j'aurai encore occasion de parler. »
On trouve dans le Journal de la Société royale géographique 1 un compte-rendu succinct de celte expédition. Elle avait traversé le Bimberri, pays idolâtre, pour se rendre à Koubanda, grand centre de population s'étendant sur unevingtaine de kilomètres, le long d'une rivière si large, qu'il était difficile de distinguer les gens d'un bord à l'autre, et qui n'était pas guéable. Celte rivière courait en droite ligne de l'est à l'ouest. Dans une seconde expédition un peu à l'ouest de ce cours d'eau, les voyageurs atteignirent un pays idolâtre, l'Andoma, habité par une race trèsguerrière, qui avait des bœufs et des moulons. Ce pays était couvert à profusion d'arbres dont les noms sont donnés. Le roi se tenait assis sur un trône fait de dents d'éléphants superposées. Ce dernier renseignement correspond avec le récit qu'a fait M. Stanley de la structure de défenses massives entourant une idole, et quant au premier, Schweinfurth fait remarquer que, parmi les arbres mentionnés par le Faki Sambo, se trouve le « koumba » — koumba étant le nom en langue niam-niamdu poivrier de Malaghetta (xylopia œthiopica), si abondant, qui a donné son nom à la malaguette de la côte occidentale de l'Afrique. Ceci prête quelque valeur à la supposition
que la rivière de Koubanda débouche sur la cote ouest.
Les découvertes de M. Sfanley viennent donc très à propos dans l'état présent de la science géographique» pour relier tous ces fils. Reprenons le résumé par lui fait de son itinéraire dont celte digression relative à l'Ouellé et aux deux voyageurs allemands Barth et Schweinfurth nous a un moment écartés.