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CHAPITRE VI

Les cataractes du Loualaba au-dessous de Nyangoué. — Esquisse du tracé du fleuve jusqu'à la mer.

A l'endroit même où FArououimi se jette dans le Livingstone et où l'explorateur américain eut à soutenir, nous l'avons vu, un rude combat contre toute une flotte de grandes barques (la vingt-huitième attaque à laquelle il avait dû répondre depuis son départ de Nyangoué) ,1e Livingstone est un fleuve splendide. La largeur de son lit dans cette partie de son cours varie considérablement, mais alors que, dans les endroits resserrés, elle est de 3,700 mètres, elle atteint parfois 18 kilomètres, présentant une nappe d'eau mouvante toute couverte d'îles et comparable à un bras de mer.

En amont des cataractes supérieures, le Loualaba — pour le désigner par son nom indigène — offre un grand nombre de parcours navigables, en même temps que les affluents en présentent une série de 2,000 kilomètres et probablement beaucoup plus encore. La grande rivière et ses tributaires ne fournissent pas moins de 4,800 kilomètres de splendides eaux libres, attendant que quelque compagnie entreprenante, un

gouvernement ou une société de missions vienne les utiliser.

On aura quelque idée de l'amplitude croissante de la rivière au-dessous de Nyangoué par ce calcul de M. Stanley, qu'à Nyangoué elle débite, un volume de 124,000 pieds cubes anglais par seconde, tandis que les calculs de Behm, établis sur la base des observations de Tuckey, évaluent ce débit à 1,800,000 pieds cubes par seconde à l'embouchure, chiffre énorme que d'autres évaluations ont cependant grossi encore de 700,000 pieds cubes (Duvergier, Année géographique, ouvragecité), soit un volume totaldc2, 500, 000 pieds cubes d'Angleterre ou 705,350 mètres cubes.

Les rives du grand cours d'eau nourrissent une population pressée de tribus paraissant industrieuses, vivant dans des villes ou villages vastes et bien installés, tribus qui se montrent naturellement jalouses de toute intrusion d'étrangers. Le fait que ces peuplades ont des communications avec le monde extérieur, est démontré par cette remarque de Stanley que certains villages fort distants de tout point touché par la civilisation possèdent des armes à feu.

Voici ce que, grâce à M. Stanley, nous savons aujourd'hui sur le tracé complet de la puissante rivière qu'il a eu le premier la gloire de descendre jusqu'à l'Océan.

« Le fleuve découvert par le docteur Livingstone, sous le nom de Tchambézi, prend sa source dans les

collines de Mamboué vers 32° de longitude est et 10° de lat. sud ; il coule de là vers le sud-ouest et entre dans le lac Bemba ou Bangouéolo. A l'angle nordouest de ce lac, ii s'écoule au nord, entre 28° et 29° de long, est, et vers 9°30' de lat. sud, il entre dans le lac Moéro sous le nom de Louapoula. Un degré plus au nord, il sort du lac Moéro sous le nom de Loualaba, et coulant diagonalement vers le nordouest, il atteint Nyangoué, par 4°15' de lat. sud, et 26°15' de long. est. Le point où je me décidai à me confier dès lors à mes bateaux et à prendre le large courant du grand fleuve pour auxiliaire dans la solution du mystère qui le concernait, était situé par 3°35' de lat. sud et 25°50' de long. est. En avançant au nord vers l'équateur, nous vîmes déboucher sur la rive orientale les affluents Kapemboué, Lira, Ourindi, Lôoua et Léopold, qui venaient gonfler son vaste cours, et de même, sur la rive gauche, les rivières Rouiki, Kasoukou, Loumami, et la rivière Noire. Sous l'équateur sont situées les sept chutes Stanley. Au nord de la septième chute Stanley, le Livingstone commence à s'infléchir vers le nord-ouest et conserve cette direction pendant une dislance de 354 kilomètres jusqu'à un point situé par 1°52' de lat. nord, à 805 kilomètres de la rive occidentale du lac Albert. Dans celte partie de son cours, son volume s'est encore accru des eaux du Mbourra et de l'Arououimi, larges a leur embouchure, le premier

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de 548 mètres, le second de 1,800 mètres environ.

a A partir du confluent de l'Arououimi, le fleuve Livingstone coule à l'ouest pendant deux degrés de longitude et commence alors à s'infléchir graduellement vers le sud, par 19° de long, est et 1° de lat. nord. Depuis ce point, son cours est à peu près exactement sud— sud -ouest pendant cinq degrés de latitude : il reçoit dans ce parcours ses plus grands affluents de la rive gauche, en particulier ces cours d'eau dont la partie supérieure a été traversée par les Pombeiros, Livingstone, Magyar et Gameron. L'un d'eux, appelé Ikelemba, est le Kasaï des Portugais. Au delà de 3° lat. sud, l'énorme volume du Livingstone est encore accru par la belle rivière Ibari Nkoutou, qui estleKouango des Portugais. Du côté droit il reçoit le Lawson, le Mpaka, le Kunya et le Bangala.

« Peu de temps après avoir reçu l'Ibari-Nkoutou, le puissant Livingstone, dont le lit s'est graduellement resserré, s'étale tout à coup et forme une nappe d'eau de 77 kilom. carrés d'étendue, à une altitude de 350 mètres au-dessus du niveau de la mer. A l'extrémité occidentale de cette nappe d'eau , après un cours ininterrompu de près de 1 ,400 kilomètres, commencent les cataractes du Livingstone, qui occupent une distance de 250 kdom. formant une succession de grandes chules et de rapides, avec un abaissement total de 396 mètres dans

celte courte distance. Au-dessous des chutes d'Yellala,, le Livingstone, désigné à tort, depuis 1484, sous le nom de Congo, a un cours ininterrompu jusqu'à l'océan Atlantique, et se jette dans la mer au sud du 6e degré de lat. sud, par un estuaire de 1 1 kilomètres de large et dont la profondeur atteint en certains endroits 396 mètres. Si nous y comprenons le bassin du Tanganyika, qui appartient et doit appartenir de nouveau au versant qui alimente le Livingstone, ce fleuve immense tire ses eaux d'un territoire dont la superficie atteint le chiffre de 2,464,500 kilorn. carrés. Contrairement au Nil, depuis sa source même jusqu'à son débouché dans l'océan Atlantique, il n'y a peut-être pas un kilomètre carré qui ne lui fournisse une certaine quantité d'eau. Beaucoup de fleuves ont un cours plus étendu, mais il n'en est qu'un seul au monde qui puisse se vanter de rouler un plus grand volume d'eau, c'est le gigantesque Amazone...

« Le 9 août 1877, ajoute M. Stanley, la solution de ce troisième et plus important problème de la géographie africaine étail réalisée, quand nous rencontrâmes les négociants de Bomma venant au devant de nous pour nous féliciter et saluer notre retour sous les auspices de cette civilisation au service de laquelle nous avions sacrifié près de trois années de nos existences dans les régions sauvages de l'Afrique inexplorée. » — (Disc, à la Sorbonne.)

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