‹ Récits de voyages négres & papousChapitre 2 sur 39 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

À la recherche de Livingstone. — Le personnel de l'expédition.

— Départ de Ba^am>yo. — Une première victime. — L'Ong .go. — Kouikourou. — Nouvelle de la mort de Livingstone.

— L'arrivée du corps.

Le prodigieux voyage que le lieutenant Cameron, de la marine royale d'Angleterre, a exécuté à travers l'Afrique équatoriale, de la côte de Zanzibar à celle de Benguéla, pendant les années 1 873, 1874 et 1 875, a été raconté en substance par lui— même, à la fin de janvier 1877, dans une mémorable conférence faite à la Sorbonne, sous les auspices de la Société de géographie de Paris.

Depuis lors, le commandant Cameron (ce nouveau gracie lui a été donné à son retour de Benguéla) a publié à Londres le journal complet de son exploration' et nous pouvons, ce curieux volume à la main, suivre l'auteur pour ainsi dire d'étape en étape dans cette glorieuse odyssée à travers le continent africain, des rives de l'océan Indien à celles de l'Atlantique. Si attachante cependant que soit cette longue « aventure », la tâche ainsi comprise dépasserait les limites que nous impose notre plan général. Ce que nous nous proposons ici, c'est moins d'accompagner le hardi voyageur dans les détails purement géographiques de son immense itinéraire, que de lui emprunter quelques-uns de ses tableaux de la curieuse nature qu'il lui a été donné de voir et des mœurs des étranges peuplades avec lesquelles il s'est trouvé en contact. Son récit de la Sorbonne nous est un cadre tout disposé pour les y intercaler.

Le but primitif du voyage de M. Cameron était, on le sait, de rejoindre le grand explorateur David Livingstone, de ravitailler en quelque sorte son expédition et de prendre ses instructions sur le choix du pays qu'il conviendrait le mieux d'explorer. Livingstone devait être à dans l'Oudjidji. La première partie du voyage embrasse donc le trajet de la côte orientale à ce dernier point.

t. Across Africa, by Vcrney Lovctt Cameron, C. B., D. C. L., Commander Royal Navy. London, 1877.

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L'expédition, dans le principe, était tout entière confiée à M. Gameron. Le conseil de la Société géographique d'Angleterre lui adjoignit sur sa demande M. W.-E. Dillon, médecin, l'un de ses plus intimes amis. Un officier d'artillerie, le lieutenant Murphy, les rejoignit à Zanzibar, et quelque temps après, un neveu de Livingstone, M. Robert Moffat, après avoir vendu les propriétés qu'il possédait au Natal, et qui composaient sa seule fortune, vint les retrouver à Bagamoyo, décidé à consacrer toule son énergie et jusqu'à son dernier shilling à la cause des explorations africaines.

Après s'être assuré les services de l'Arabe Bombay (Mborak Mombée), le chef de la troupe des fidèles serviteurs que Speke avait autrefois emmenés avec lui; après avoir, avec l'aide de cet homme, dont l'importance toutefois avait été fort exagérée, recruté une escorte de trente askari, c'est-à-dire d'individus de choix destinés à faire le métier de soldats, de domestiques et d'âniers ; après s'être procuré des porteurs en suffisante quantité, treize ânes, des vivres, des provisions de toute sorte, etc., etc., l'expédition quitta Zanzibar, le 2 février 1873, dans deux embarcations et le même jour elle arrivait à Bagamoyo, sur la côte, point de départ des caravanes se rendant dans l'Ounyanyembé et plus loin encore dans la direction de l'ouest.

Disons tout de suite, à l'honneur de la France,

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qu'il existe àBagamoyo une communauté démissionnaires frai çais doui M. Cameroa eut fort à se louer. Us sont, selon son expression, les bienfaiteurs du pays. Ils possèdent des fermes et des jardins bien cultivés. Ils élèvent un grand nombre déjeunes garçons auxquels ils apprennent la lecture, l'écriture et différents métiers. A la mission se trouve aussi une école de filles tenue par des religieuses. « Les Pères, dit M. Cameron, travaillent avec ardeur; ils prêchent à la fois de précepte et d'exemple et, au milieu de leurs difficultés sans nombre, ils sont gais et confiants. Je ne doute pas que leurs efforts ne tendent pour beaucoup à la civilisation de cette partie de l'Afrique. Rien n'égale l'obligeance et les attentions que nous ont montrées ces hommes estimables pendant notre séjour à Bagamoyo. »

Un des obstacles à la marehe de l'expédition, c'était la croyance des populations qu'elle pratiquait le commerce des esclaves et celte croyance persista jusque dans l'Ouiiyanyembé. Les Arabes de distinction toutefois étaient favorables aux voyageurs.

Le moment venu de se mettre définitivement en route pour l'intérieur des terres, la caravane ne put partir au complet. M. Murphy, malade, fut obligé de rester momentanément à la mission française de Bagamoyo et, sa maladie se prolongeant, M. Moffat se détacha du gros de la mission à Kikoka et retourna sur ses pas pour le soigner pendant que MM. Came-

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ron et Dillon poursuivaient leur marche en avant.

Il y avait un mois déjà que ceux-ci attendaient à Rahennéko que MM. Moffat et Murphy vinsseut les rejoindre, quand, à la consternation de tous, ce dernier arriva seul, l'infortuné Moffat était mort emporté par la fièvre, près des marais de la Makata. « Ses restes, écrit M. Gameron, reposent au pied d'un grand palmier, au commencement de la plaine de la Makata. Son nom s'ajoute à la liste glorieuse de ceux qui ont sacrifié leur vie à la cause des découvertes africaines. Mackenzie, Tinné, Mungo-Park, van der Decken,Thornton appartiennent à cette noble phalange, où le nom de son oncle Livingstone — bien que nous l'ignorions alors — brille d'un si vif éclat. Pauvre Moffat! il était arrivée Bagamoyo si plein d'espoir dans l'avenir!... a « Le jour où il avait reçu l'autorisation de rejoindre l'expédition, ajoute M. Gameron, avait été, me disait-il alors, le plus heureux de sa vie. » M. Moffat fut la première victime de l'expédition ; ce ne devait pas être la seule. Mais n'anticipons pas.

On se tromperait fortsi l'on se représentait comme un désert aride la partie de l'Afrique que traversaient en ce moment nos voyageurs. « Le pays que nous avions franchi jusqu'à la Makata. écrit M. Gameron, était bien cultivé, couvert de hameaux entourés de bouquets d'arbres. Là où le sol n'était pas en culture et où les broussailles ne l'encombraient pas, l'herbe

était excellente. Chaque champ cultivé avait une hutte en miniature abritant des offrandes destinées à empêcher les méchants esprits de nuire aux récoltes.» Le baobab, « cet éléphant du règne végétal », aux formes immenses et grotesques à la fois, couvrait de son épais feuillage vert de vastes étendues du sol. Des fleurs aux riches couleurs égayaient la route à chaque pas, des lis tigrés, des convolvulus, des primevères, de grandes pâquerettes jaunes et blanches, et de petites fleurs rouges et bleues rappelant nos myosotis.

Ce paradis, il est vrai, devait bien changer d'aspect à partir des montagnes de TOusagara, dans l'Ougogo, contrée pauvre, sauvage et où l'eau manquait souvent.

Rehennéko est un grand village populeux, dont les habitants vinrent bientôt en foule examiner de près les étrangers. Ils étaient vêtus à la manière des esclaves de Zanzibar. Us portaient en outre un collier fort original consistant en un disque de cuivre faisant autour du cou une saillie horizontale de 50 à 60 centimètres de diamètre et dont l'effet rappelait forcément la tête de saint Jean-Baptiste dans son plat de métal. Cet ornement, aussi bizarre qu'incommode, est spécial au district et ne se rencontre pas ailleurs.

Dans ce village, M. Dillon, atteint de fièvre depuis son passage à la nage de la rivière de la Makata, fut pris de dyssenterie et vit s'aggraver sérieusement le mal qui devait un peu plus tard l'emportera son tour.

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On était au 30 mai. A cette date, l'expédition, outre MM. Gameron, Dillonet Murphy, se composait d'un garde des vivres et provisions — l'arabe Issa — , de 35 askari sous le commandement nominal plutôt qu'effectif de Bombay, de 192 pagazi ou porteurs, de 6 domestiques, cuisiniers et porteurs de fusils et de 3 jeunes garçons. Il y avait en outre 22 ânes et 3 chiens, et plusieurs des hommes avaient avec eux des femmes et des esclaves. C'était donc une force numérique assez imposante. Quant aux armes, MM. Gameron, Dillon et Murphy avaient chacun, outre des revolvers, une carabine à double canon n° 1 2 et un fusil de chasse de même calibre. Les hommes étaient pourvus de 38 fusils Snider, et Issa et Bombay avaient des revolvers. Bon nombre des pagazi avaient des fusils français à pierre et tous ceux qui n'avaient pas d'armes à feu avaient au moins une lance ou un arc et des flèches. Tous les ânes avaient reçu chacun un nom particulier: celui de M. Dillon devait à la gravité de sa marche le nom de « Philosophe » ; l'ànesse de M. Gameron portait le nom coquet de « Jenny Lind ».

Peu après leur arrivée au village de Mouinyi-Ouseghara, nosvoyageurs furent témoins d'une curieuse coutume, universelle d'ailleurs, paraît-il, dans l'Afrique orientale. Une femme se précipita dans leur camp et fit un nœud au turban d'Issa, se mettant par ce fait sous sa protection pour tirer vengeance de son

mari, qui l'avait maltraitée parce qu'elle n'avait pas accommodé à son goût un certain plat de poisson. Le mari arriva à son tour ; mais, avant que sa femme lui lut rendue, il dut payer pour sa rançon un bœuf et trois chèvres, et promettre en présence de son chef de ne plus la maltraiter. Que de femmes dans notre vieille Europe aimeraient à voir cette coutume franchir la Méditerranée! Un esclave peut aussi obtenir de changer de propriétaire en brisant un arc ou une lance appartenant à l'homme qu'il choisit pour nouveau maître, ou en faisant un nœud à une portion quelconque du vêtement de celui-ci. Le possesseur primitif ne peut le racheter qu'en payant sa valeur totale, et en promettant invariablement de ne pas lui faire subir de mauvais traitements. À Mpouapoua, non loin de là, l'expédition croisa plusieurs caravanes, dont l'une d Ounyamouézi eût été p-illée sans son intervention. A partir de ce pays et dans tout l'Ougogo, l'unique type d'habitation des indigènes est le « tembé », hutte formée de deux murs parallèles, subdivisée en compartiments et ayant un toit à peu près plat inclinant vers la fi.çade. Ceshutles groupées dessinentgénéralementun carré, au centre duquel les bestiaux sont parqués la nuit. C'est l'habitation la moins commode qui ait jamais été inventée, dit M. Cameron, et commeces demeures servent aussi d'abris aux volailles et aux chèvres, elles sont sales à l'extrême et grouillent de vermine

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de tout genre. Les indigènes sont armés d'arcs et de flèches et aussi de bâtons noueux qu'ils lancent de loin ; ils ont aussi des boucliers ovales, longs et étroits, en peau de bœuf. Ils portent au cou et aux oreilles des ornements de cuivre, et, en raison de leurs rapports avec les gens de la côte, leurs vêtements sont ceux des esclaves des Arabes.

Les Ouadirigo, qui vinrent en même temps que les Mpouapoua examiner les Européens, différaient notablement de leurs voisins. D'une taille élevée et aussi hardis que les autres sont timides, ils méprisent le luxe civilisé des vêtements : hommes et femmes vont complètement nus, sauf à l'occasion un collier de verroterie au cou ou aux poignets. Ils portent d'énormes boucliers de cuir, hauts de 1 mètre 50 centimètres sur 90 centimètres de large, ayant à droite de la poignée deux espèces de brides qui retiennent une lourde lance pour le combat corps à corps, et six ou huit zagaies ornées de fils de cuivre, destinées à être jetées et avec lesquelles ils atteignent le but visé à plus de 50 mètres.

Après avoir laissé Tchounyo derrière eux et traversé un pays coupé de cours d'eau desséchés, nos voyageurs entrèrent dans l'Ougogo, contrée habitée par la race pillarde des Ouagogo, qui attaquent et rançonnent les caravanes, et, dans tous les cas, ne les laissent passer que moyennant tribut. Ce tribut toutefois n'est pas absolument injuste, car ces indi-

gènes entretiennent en bon état les rares endroits où Ton trouve de l'eau. Quelques années avant le passage de M. Cameron, une caravane arabe, forte de neuf cents hommes, voulut se soustraire à ces extorsions et annonça son intention de se frayer un chemin les armes à la main. Les Ouagogo n'essayèrent pas de résister, ils se contentèrent de combler les puits, de brûler leurs habitations et de se retirer dans le jungle avec femmes, enfants et troupeaux. La plus grande partie de la caravane arabe mourut de faim et de soif, et les indigènes n'eurent qu'à reparaître pour s'emparer de tout le butin qu'elle transportait.

L'Ougogoaenviron 250 kilomètres carrés, mais ce territoire est divisé entre de nombreux petits chefs indépendants, sur les domaines desquels il faut payer le « mhongb » ou tribut.

Les Ouagogo se distinguent facilement des autres peuplades par leur coutume de se percer les oreilles et d'en élargir les lobes au point d'y porter des morceaux de bois, des pendants de laiton, des gourdes à tabac et une foule d'autres articles. A vrai dire, l'oreille est pour eux ce qu'est pour nous la poche. Les lobes sont parfois si distendus, qu'ils descendent sur les épaules, et que, chez les vieilles gens, ils sont souvent rompus ou déchirés. Dans ce cas, les indispensables boucles d'oreilles sont accrochées à un cordon qui passe sur la tète, ou bien on fait un nouveau trou dans les bouts de chair qui pendent, et ces

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trous finissent par prendre les proportions des premiers. Les hommes ont pour armes des couteaux à double tranchant, des lances, des flèches et des bâtons noueux; quelques-uns ont en outre des boucliers, comme ceux des Mpouapoua, mais dont le poil est rasé et remplacé par des dessins rouges, jaunes, noirs et blancs. Ils ont un goût prononcé pour certains petits bracelets de cuivre et de fer travaillés à Zanzibar, qu'ils portent au-dessus du coude et au-dessous du genou. Ils y ajoutent, pour le bras gauche, un ornement de corne en forme de chevron doubleront les angles supérieurs sont chargés de nœuds de fils de laiton entre-croisés.

Leur coiffure est quelque chose de fort compliqué où l'absurde le dispute au hideux. Les uns tortillent leur laine en d'innombrables petites cordes, qu'ils allongent artificiellement avec des fibres de baobab. Ils font projeter cette toison dans toutes les directions, comme les piquants d'un porc-épic, ou ils la laissent pendre naturellement en masse sur le cou et le dos en coupant les cordelettes de devant au niveau des sourcils. Au bout de ces cordes sont souvent attachées de petites boules de cuivre ou de verroterie. D'autres se couvrent le sommet de la tête d'une plaque de cuivre poli, ou se rasent le sommet du crâne en faisant des cheveux réservés un certain nombre de queues roidies au moyen de fils de laiton. En même temps ils se nouent au-dessus des sourcils une la-

nière blanche de cuir de vache. Les caravanes leur procurent des cotonnades blanches qu'ils teignent en jaune sale avec de l'argile. Ils complètent les agréments de leur personne par un enduit de terre rouge disposé sur le corps tantôt par plaques, tantôt en mouchetures, tantôt en une teinte générale de la tète aux pieds. Si l'on ajoute à cela qu'ils ont l'habitude de se graisser la peau avec de l'huile de ricin rance, et qu'ils ne se lavent jamais, on se fera quelque idée de leur aspect repoussant et de l'horrible odeur qu'ils exhalent.

En quittant Moumé, première station dans l'Ougogo, l'expédition suivit la route de Burton jusqu'à Kanyenyé, ou grand Ongogo. Le vieux Magomba, qui était chef au temps du voyage de Burton en 1 857, gouvernait encore. Il passait chez les siens pour avoir plus de trois cents ans. Dans tous les cas, M. Cameron ne doute pas qu'il n'en eût beaucoup plus de cent, car ses petits-fils étaient des vieillards à cheveux blancs. L'un d'eux, l'héritier présomptif, avait, signe distinctif de son haut rang, les ongles de la main gauche tellement longs, qu'il ne pouvait plus se servir de cette main, laquelle était devenue beaucoup plus petite que l'autre.

De ce point, nos voyageurs, par une pente graduelle, arrivèrent à un plateau servant de base à des montagnes granitiques fantastiquement entassées, où se trouve Ouséké, autrefois la partie la plus riche de

l'Ougogo. Au-delà estle village populeux de Khoko, où s'est établie une colonie de marchands ouamérina deBagamoyo. Plus loin s'étend le territoire redouté de Mgounda Mkali, où l'expédition eut un instant maille à partir avec les indigènes. Peu de jours après, on atteignait par une plaine bien cultivée et semée de villages populeux, palissades et remarquablement propres, Djioué-la-Singa, autrement dit « la Pioche des gazons moelleux », point à partir duquel le pays redevient sauvage et inhabité, et où l'on dut faire de longues marches en raison de l'absence ou de la mauvaise qualité de l'eau.

Le 5 août, M. Cameron et les siens arrivaient à Kouikourou, capitale de l'Ounyanyembé. Ils y furent reçus par Saïd-ibn-Salim-ibn-Raschid-el-Lamki, le gouverneur arabe, qui, après leur avoir offert un excellent déjeuner, les conduisit à la maison qu'avait habitée Slanley lors de son voyagea la recherche de Livingstone, et dans laquelle ils s'installèrent.

Les premiers jours se passèrent en visites aux chefs arabes. Les Arabes de l'Ounyanyembé mènent une vie très-confortable; ilsonl des maisons spacieuses, desjardins et des champs où ils cultivent du blé, des légumes et des arbres fruitiers introduits de la côte. En temps de paix, ils entretiennent avec le Zanzibar des communications constantes qui leur permettent de s'approvisionner de cale, de sucre, de savon, de bougies, etc.

La fièvre, par malheur, prit bientôt les Européens. MM. Cameron, Dillon et Murpby furent atteints simultanément, et à ce mal s'était jointe l'ophthalmie, lorsqu'à la fin d'octobre arriva la nouvelle de la mort de Livingstone, dont le convoi approchait.

« C'était le 20 octobre, écrit M. Cameron ; j'étais étendu sur mon lit, faible et endolori, la tête pleine des chères images de la patrie absente et de la famille, quand mon domestique, Mohammed -Malim, entra brusquement dans ma tente une lettre à la main. Je la lui arrachai en demandant en même temps d'où elle venait.

— C'est un homme qui l'a apportée, » me dit-il.

« Je l'ouvris anxieusement. Elle était de Jacob Wainwright. A moitié aveugle et déchiffrant difficilement l'écriture sans comprendre ce qu'il y était dit, j'allai trouver Dillon.

« Le cerveau de mon pauvre ami n'était pas en meilleur état que le mien. Chacun de nous était hanté par la même idée vague : ce Est-ce que c'est « notre père dont on nous apprend la mort? »

« Cen'estquequandle porteur de lalettre,Chouma, le fidèle serviteur de Livingstone, nous fut amené que nous comprimes ce que nous avions lu. L'auteur de la lettre avait naturellement supposé que le fils de Livingstone commandait l'expédition de secours qui marchait à la recherche de l'illustre voyageur.

« Nous envoyâmes immédiatement un ballot de vê-

temenfs pour venir en aide à l'escorte, et nous dépêchâmes un messager à la côte pour annoncer la mort de notre grand compatriote. »

Quand, quelques jours après, le corps de Livingstone arriva, tous les principaux Arabes, sans exception^ s'assemblèrent dans la maison de M. Gameron en témoignage de respect pour la mémoire du grand explorateur.

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