‹ Récits de voyages négres & papousChapitre 21 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La conquête du hut final. — A quatre marches de la côte. — Dernières misères de l'expédition. — Le secours. — Arrivée à Kmbomma. — Rabinnda. — Retour en Europe parle cap de Bonne-Espérance, Zanzibar et le canal de Suez.

Arrivons au couronnement de l'œuvre, à la conquête du but final de l'exploration.

Après avoir été fortement éprouvée par la dyssenterie, le scorbut, l'hydropisie ; après avoir nombre de fois failli périr d'inanition, par suite du refus des indigènes de livrer des vivres contre les verroteries, les étoffes, etc., qu'elle transportait avec elle, l'expédition réduite à 115 personnes, hommes, femmes et enfants, tous épuisés par la faim et les autres privations, atteignit le village de Ni Sanda, distant de quatre marches seulement du terme si ardemment désiré. Les voyageurs étaient réduits à une telle disette de vivres que M. Stanley expédia des messagers avec une lettre adressée « à toute personne parlant l'anglais à Embomma (ou Bomma) pour demander assistance immédiate, assistance que les naturels du lieu refusaient de donner ou de rendre.

« Sur aucun de ces visages qui nous regardaient

comme si nous avions été des êtres d'un autre monde, écrit M. Stanley dans la relation de son voyage, je ne pus découvrir le moindre signe de pitié. Dans quel pays des fils de Japhet eût-on regardé de cet œil froid et dur une troupe pareille à la nôtre?

« Pas une syllabe, pas une plainte ne s'échappa de la bouche de mes malheureux affamés ; ils se laissaient choir sur le sol avec l'indifférence que donne le désespoir. Sans s'irriter, sans pousser un murmure, ils restaient mornes et résignes, couchés à l'ombre de quelque buisson rabougri ou de quelque accacia chétif. De temps à autre le vagissement d'un enfant à la mamelle et la voix éteinte d'une nourrice mourant de faim, ou les réclamations criardes d'un petit garçon venaient frapper mon oreille ; mais les adultes demeuraient immobiles, comme inanimés, chacun concentré dans sa propre souffrance. Groupés autour de ma tente à distance des malades et des abattus, les principaux de l'équipage de la Lady Alice causaient à voix basse.

« Tout à coup la voix aiguë d'un jeune garçon se fait entendre : ce Je vois Oulédi et Katckétché (deux « desmessagersenvoyésavecles guides àEmbomma); « ils descendent la colline; beaucoup d'hommes les « suivent ! »

« De noirs squelettes furent aussitôt debout ; tous les yeux étaient braqués vers le point indiqué.

— Oui oui ; c'est vrai ! Là Allah, il Allah! Oui ;

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« el hamd oui Allah! Voici de quoi manger, de quoi « manger ! Oulédiest un lion ! Nous sommes sauvés ! « El hamd oui Allah ! »

« Quelques minutes après apparurent, distinctement traversant l'herbe à grands pas Oulédi et Katehétché, agitant une lettre pour faire comprendre qu'ils avaient réussi. Redoublant de vitesse, ils m'eurent bientôt remis le message. »

La lettre envoyée à la côte par M. Stanley était tombée aux mains de MM. A. da Motta Veiga et J.-W. Harrison, deux négociants d'Emboinma et ces Messieurs avaient immédiatement répondu à l'appel de l'explorateur. Sans perdre un instant, ils firent partir vivres et provisions de toute sorte ; c'étaient ces secours qu'annonçait leur réponse.

Le convoi de ravitaillement rejoignit, le 8 août 1877,àBannza-M'bouko,villagesituéàdeux marches ordinaires d'Embomma, la caravane de M. Stanley. Son arrivée fut saluée avec autant de joie que d'étonnement par les malheureux affamés qui avaient presque renoncé à l'espoir d'achever jamais le voyage.

« Le 9 août 1877, écrit M. Stanley, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf jours après avoir quitté Zanzibar, nous nous dirigeâmes vers l'avant-garde de la civilisation. »

Le jour même on arrivait à Embomma. Le voyage était fini.

Le surlendemain à midi, après un dernier banquet,

après des chants, des toasts sans nombre et de chaleureuses poignées de mains aux généreux négociants du lieu, l'expédition embarquée sur un steamer descendait le fleuve jusqu'à Kabinnda port de la côte situé à une distance de quelques kilomètres au nord de son embouchure.

« En aval de Bomma, écrit M. Stanley en terminant le dernier chapitre de sa curieuse relation, le fleuve nous offre les mêmes scènes qu'il nous avait présentées en amont de l'Ouyannzi. La couleur des eaux, le nombre considérable des îles, la largeur énorme du lit me reportaient à ces jours où nous étions obligés de chercher un refuge au milieu des solitudes liquides du Livingstone pour nous dérober aux bêtes de proie à face humaine du centre de l'Afrique primitive, et mes yeux se remplissaient de larmes à la pensée des amis que je ne pouvais plus rappeler pour partager la joie immense qui, à cette heure, inondait les coeurs des survivants... Quelques heures plus tard, nous franchissions l'énorme portail qu'ouvrait devant nous l'océan, ce bleu domaine de la civilisation. »

Après une semaine de séjour à Kabinnda l'expédition fut prise à bord d'une canonnière portugaise et transportée à Saint-Paul de Loanda où, pendantplus d'un mois elle fut hébergée et défrayée de tout par le gouvernement colonial, et généreusement traitée par les fonctionnaires et les habitants.

De ce point, il s'agissait pour M. Stanley de rapatrier ses hommes à Zanzibar. Ce rapatriement fut l'œuvre de la marine et du gouvernement d'Angleterre. 11 se fît par la voie du Gap. M. Stanley, disonsle encore à son honneur, refusa de profiter pour lui-même de l'offre gracieuse des autorités portugaises de lui donner passage immédiat pour le Portugal ; il ne voulut consentir à se séparer de ses braves et dévoués compagnons qu'après les avoir déposés sur leur rivage natal. 11 doubla donc avec eux la pointe méridionale de l'Afrique, et après avoir été accueilli et fêté lui et sa suite à Cape ïown et autres lieux et après avoir eu la satisfaction de remettre les survivants de son expédition à Zanzibar aux mains de leurs amis, il effectua son retour en Europe par le canal de Suez.

Coiisfîléa'sitions açénérales

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