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CHAPITRE I

Etendue et valeur des territoires dérouverts dans l'Afrique équatoriale, par M. Stanley et ses prédécesseurs. — Accès des côtes à l'intérieur des terres. — Ressources et produits naturels.

Quelle est l'étendue et la valeur du territoire découvert dans l'Afrique équatoriale par M. Stanley et ses prédécesseurs immédiats et quel parti les principaux peuples civilisés doivent-ils prendre pour tirer de ces découvertes le plus d'avantages possibles pour eux-mêmes et pour le monde en général?

Ces questions que s'est posées la Revue d'Edimbourg, sont résolues par ce recueil dans les considérations et les déductions qu'on va lire.

Le premier point à examiner est celui de la simple

214 NÈGRES ET PAPODS.

étendue du territoire, en comparant la superficie desdites régions avec les régions comprises entre les mêmes latitudes dans les autres parties du monde. Ce sont essentiellement des régions équatoriales, en tant que distinctes des régions tropicales, c'est-à-dire qu'elles occupent un espace d'environ 12 degrés et demi au nord et au sud de i'équateur, où le climat tend à être plus chaud et plus humide que sous les tropiques, et où la végétation est particulièrement luxuriante et se développe sur un sol peu élevé audessus du niveau de la mer.

Il ne peut pas y avoir un contraste plus grand entre les districts adjacents que celui qui, somme toute, existe entre les régions équatoriales et les régions tropicales. On trouve dans ces dernières les déserts brûlants et les plaines arides du Sahara et de l'Arabie, de l'Indus, de l'Utah, du Colorado, dans l'hémisphère septentrional; du Kalahari, de l'Australie centrale et d'Atacama, dans l'hémisphère méridional. 11 faut donc distinguer entre les terres équatoriales et les terres tropicales, quand on compare l'étendue qui nous occupe en Afrique et celle des régions analogues dans les autres parties du globe.

Si l'on examine une mappemonde et que, dans le calcul général, on fasse entrer pour cinq dixièmes la somme des terres équatoriales de l'Afrique, on trouvera que les terres équatoriales réunies de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud doivent

figurer pour quatre dixièmes et le total épars ailleurs pour un dixième. Cette dernière fraction est disséminée en nombreux fragments sur tous les points de l'immense zone équatoriale qui entoure le globe, les plus importants de ces fragments étant la pointe extrême sud de l'Inde, Ceylan, la péninsule malaise, Sumatra, Bornéo, les Célèbes, la Nouvelle-Guinée, le coin nord de l'Australie et une multitude d'îles du Pacifique, y compris la nouvelle colonie anglaise des Fidji. Mais la superficie combinée de tout ceci n'est guère que le quart de la superficie des régions correspondantes de l'Amérique du Sud, et en réunisnissant le tout on obtient un total général de terres équatoriales qui est juste équivalent en dimension à celui des mêmes régions en Afrique. Les découvertes de Livingstone, de Burton, de Speke, de Cameron et autres récents voyageurs, ajoutées à celles de Stanley, nous ont fait connaître une région qui est aussi vaste que l'ensemble des terres équatoriales existant ailleurs dans le monde.

Voilà pour la dimension. Examinons maintenantl'altitude. Les basses terres équatoriales sont en somme peu propes à entretenir une grande population. Elles sont pour la plupart encombrées par une végétation vigoureuse, elles sont humides et empestées de miasmes. Mais une notable portion de l'Afrique centrale est bien plus favorablement située. Elle se compose de bassins élevés, l'un contenant les eaux supé-

rieures du Congo ou, pour le désigner par son nom récent, du Livingstone, un autre celles du Nil, un autre celles du lac Tchad et un quatrième ceux du Bénué et du Niger, et tous sont flanqués de larges chaînes de montagnes parrallèles à l'une et à l'autre côte. Le sol'de ces bassins est quelquefois à beaucoup plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, et, en conséquence de celte altitude exceptionnelle, ils possèdent un climat infiniment plus sec, plus léger que celui qui caractérise la plus grande partie des terres équatoriales existant ailleurs dans le monde. Une partie considérable de l'Afrique centrale nourrit une population dont la densité contraste singulièrement avec les habitants clair-semés de l'Amérique du Sud, et les ressources du pays paraissent généralement de nature à admettre, en tant qu'il ne s'agit que de ces ressources, une population aussi nombreuse qu'en aucune partie du monde.

Les causes mêmes qui contribuent à la salubrité comparative et à la fertilité de l'Afrique centrale mi-* litent contre l'établissement de faciles rapports commerciaux entre elle et les autres pays. Ses rivières, en traversant les chaînes de montagnes qui bordent ses bassins élevés intérieurs, arrivent aux terres basses situées près de la mer par une succession de chutes ou de rapides, et sont par conséquent impraticables comme voies fluviales continues conduisant de l'intérieur à l'Océan, Le Livingstone est indubita-

blement le plus remarquable exemple de ce genre à citer, étant en même temps le cours d'eau servant de principal déversoir aux eaux qui descendent des terres équatorialcs. D'aval en amont les rapides commencent à une très-courte dislance de son magnifique estuaire et sont totalement infranchissables par navires, bateaux ou canots. Le fleuve passe par des gorges, delà plus en aval desquelles Tuckey a donné une minutieuse description. En remontant un peu plus haut le cours de la rivière, on arrive aux chutes et aux rapides que la troupe de Stanley a descendus au milieu de continuels dangers, et dans l'un desquels a été noyé Francis Pocock.

Telles sont l'étroitesse et la profondeur de la fente par laquelle passe le Livingstone dans le voisinage des chutes d'Yellala, que, vu du sommet de la rive, le puissant cours d'eau parut aux compagnons de Tuckey réduit aux proportions d'un torrent d'Ecosse. Il était singulièrement diminué de largeur et, de plus, dans la passe, son lit était embarrassé d'énormes masses de rochers. Il était difficile de s'expliquer que le puissant volume du fleuve pût trouver sa voie par un canal aussi étroit et les membres de l'expédition admettaient volontiers l'hypothèse que la masse de l'eau avait dû trouver un lit souterrain. Ils supposaient que la plus grande partie de l'eau disparaissait à un point où commençait le défilé et reparaissait à la surface, celui-ci passé. Ici, une série de tourbil-

Ions et de remous violents troublent le courant ; leur violence est telle, qu'aucune embarcation ne peut se risquer à en approcher, et que ce fut avec les difficultés les plus grandes que les canots de l'expédition du capitaine Tuckey purent être tirés du cercle de leurs redoutables gyrations *•

La route suivie par Stanley par terre se détournait au point où commencent ces défilés ; il n'eut doue pas l'occasion de voir cette partie du fleuve, mais il donne une description saisissante des gorges situées plus loin en amont, h travers lesquelles il eut à se débrouiller durant près de six mois.

« Tandis que nous nous frayions péniblement notre chemin, dit-il, par la longue série de chutes placées sur un parcours de plus de 180 milles qui nous demanda cinq mois, nous vivions, en quelque sorte, dans un tunnel soumis, par intervalles, au bruit tonnant de trains qui passent. Quelle différence c'était avec ce cours paisible et doux de la rivière à travers les sombres forêts de l'Ouregga et du Korourou, où le léger tremblotement d'une vague était une rareté, alors que, pendant de longs jours, nous glissions à travers les vastes solitudes, dans un doux et délicieux «r farniente », l'âme exaltée à la vue des impénétrables forêts bordant la rive à droite et à gauche, estompées des brouillards du matin et du soir, ou étincelant en

1 Tuckey. tJongo.

vifs reliefs sous les rayons brûlants du soleil de midi... Mais, ici, il n'y a plus à craindre qu'aucun autre explorateur tente de suivre nos traces. Et nousmêmes, nous ne nous serions pas risqués dans cette œuvre terrible, si nous avions eu la moindre idée des obstacles effrayants placés sur notre route \ »

Aucun des autres fleuves de l'Afrique équatoriale ne fournit de moyens d'accès, dans l'intérieur, au commerce. Ainsi, l'Ogôoué, bien que remonté loin par de récents explorateurs, est à peine praticable aux petits bâtiments, même jusqu'à ses chutes à quelque 400 kilomètres de la mer. La navigation du Coanza est interrompue par des chutes à 225 kilomètres de son embouchure.

Sur la côte orientale, les fleuves sont petits, excepté le Zambèze, dont le lit est obstrué de bancs de sable, et dont l'embouchure est fermée par une barre dangereuse. En outre, son cours supérieur est interrompu par les cataractes de Kébra-bassa et de Mosco-tunya. Son tributaire, le Ghoré, qu'autrement de petits navires pourraient remonter de la mer au lac Nyassa, est obstrué par 50 kilomètres de rapides. Les autres rivières de la même côte ont leurs sources sur le versant maritime de la chaîne qui borne les bassins du centre, et par conséquent ne peuvent donner accès à ceux-ci. Et puis, ce ne sont que des

1. Lettre publiée par le Daily Telegraph du 22 uovembre 1877.

cours d'eau étroits, peu appropriés même aux steamers de la plus petite dimension. Le Juba se développe sur un long parcours, mais il ne vient pas des régions centrales équatoriales.

Il reste deux fleuves d'origine équatoriale qui demandent plus d'attention, ce sont le Niger et le Nil. Le cours du Niger n'est pas de nature à lui donner une grande valeur commerciale, comme ne l'ont que trop clairement démontré les maigres résultats des efforts très-considérables qui ont été faits pour l'utiliser. 11 ne descend pas de l'intérieur ; il prend au contraire naissance si près de la côte occidentale, que ses sources ne sont guère qu'à 400 kilomètres de Sierra-Leone ; il décrit ensuite un vaste demi-cercle qui coupe une forte tranche du Sahara, puis il revient ta la côte ouest sous une latitude peu différente de celle de son point de départ. La côte, courant presque de l'est à l'ouest et formant le point inférieur de la grande protubérance occidentale de l'Afrique connue sous le nom de « Côte d'Or », constitue le diamètre d'une circonférence dont le grand arc du Niger forme la moitié septentrionale.

Sur la convexité supérieure du Niger est situé Tombouctou, dont le nom est bien connu, quoique cette ville n'ait d'autre importance commerciale que d'être le grand marché du désert de Sahara. Le cours du Niger ne passe donc pas par des territoires productifs, et il n'arrose pas, non plus, une portion

bien considérable des régions centrales équatoriales.

Le Nil, et le Nil seul, procure, dans uti sens, un moyen direct d'accès dans l'intérieur. En attendant la saison de sa crue et en remontant péniblement ses eaux limoneuses embarrassées de rochers, un petit navire, de solide construction, pourrait, par un tour de force, se transporter de la Méditerranée dans le lac Albert-Nyanza. Mais cette longue navigation de plus de 3,200 kilomètres, interrompue par six cataractes entre Assouan et Kartoum, et par un autre rapide sérieux au-dessus de Gondokoro, entravée en outre par la difficulté de se frayer passage à travers les trains flottants de papyrus qui embarrassent le haut Nil Blanc, ne saurait être une route fluviale utile au point de vue commercial. Elle exige l'assistance de chemins de fer, comme ceux qui sont aujourd'hui projetés dans le Soudan, au moyen desquels on éviterait les cataractes. En ce qui concerne les difficultés physiques et laissant de côté les difficultés politiques, la ligne la plus facile du lac Albert- Nyanza à la mer ne serait pas par le Nil, mais par une voie de terre partant de la cote, en face de l'île de Zanzibar.

Les obstacles qui s'opposent à l'accès de l'intérieur de l'Afrique équatoriale par ses cours d'eau contrastent de la manière la plus signalée avec la facilité d'accès des régions presque aussi vastes de l'Amérique du Sud par l'Amazone et l'Orénoque. La navigation

intérieure naturelle de ce dernier continent est magnifique et telle qu'il ne s'en trouve nulle part ailleurs. L'Amérique du Sud peut être traversée presque jusqu'aux Andes et dans toutes les autres directions par un système de cours d'eau dont les principaux peuvent porter de grands navires des centaines de kilomètres, à partir de leur embouchure.

L'intérieur des divers pays équatoriaux disséminés ailleurs par fragments sur le reste du globe est nécessairement plus accessible en tant qu'il s'agit de la difficulté des distances à parcourir, vu leur superficie restreinte. Ces pays sont sur les grandes rouies de l'Océan, et quels que soient les produits qu'ils livrent à l'exportation, ces produits peuvent devenir facilement articles de commerce. Mais l'Afrique est comparativement isolée, murée. Une nombreuse population peut prospérer dans son intérieur sur les produits de son sol. Les moyens de communication intérieure par les lacs et les rivières sont excellents ; mais les lacs et les rivières sont en quelque sorte absolument fermés au commerce étranger. La plus facile de toutes les formes de communication avec le monde extérieur est refusée aux Africains par la structure physique de leur continent. Ils sont géographiquement condamnés à l'isolement commercial en ce qui concerne les articles de commerce les plus encombrants.

Qu'est-ce que l'intérieur de l'Afrique produit qui

vaille la peine qu'on aille chercher à une si grande distance ? La liste des produits équatoriaux, pouvant faire la base d'un commerce à venir, a été souvent dressée et faite suffisnmnient longue ; mais la plupart de ces articles ont contre eux que les mêmes produits peuvent être cultivés aussi facilement dans d'autres pays d'un accès infiniment plus facile, ou sur les côles maritimes de l'Afrique elle-même. Il y a dans le monde beaucoup plus de terres équatoriales qu'il n'en faut aux besoins commerciaux des pays non équatoriaux. lien existe une surabondance telle, qu'une énorme proportion des parties depuis longtemps connues demeure non utilisée. La découverte nouvelle d'une surface supplémentaire de régions analogues en Afrique n'a pas d'importance pour nous au point de vue des produits dont nous venons de parler.

Il est naturellement impossible, toutefois, de dire que d'autres explorations ne révéleront pas des articles de commerce que l'Afrique seule peut posséder et dont nous n'ayons pas connaissance encore. Nous avons vu que ses plateaux élevés, sous un soleil équatorial, sont un trait géographique particulier; nous pouvons donc entretenir pareilles espérances, bien que nous ne nous aventurions pas à faire fond sur elles.

Les richesses minérales de l'Afrique en fer, en cuivre et en d'autres métaux ont été citées maintes

ibis, et il n'est pas douteux qu'elles ne soient d'une grande importance pour ses habitants. On ne saurait pourtant proposer sérieusement d'exporter ces lourds articles du lointain intérieur à la côte. Il arrive ainsi que des minerais de malachites existent en abondance dans le Bengucla à une distance de 200 kilomètres seulement de la mer, et que leur exportation a été essayée par des compagnies anglaises. Mais, bien que les mines fussent riches, les frais d'exploitation et de transport dépassaient la valeur du minerai ; elles ne compensaientpas, par conséquent, les capitaux risqués. Si ces minerais, si favorablement situés à beaucoup d'égards, ne couvraient pas les frais d'exploitation, comment espérer raisonnablement que des étrangers sauront tirer profit de mines situées au loin dans l'intérieur ?

Il est certainement un produit spécial de l'Afrique, l'ivoire, qui a eu et qui aura longtemps une grande influence sur les progrès du commerce africain et, par conséquent, de la civilisation africaine. On est heureux d'apprendre de M. Stanley que l'ivoire abonde sur le Livingstone supérieur. Près du confluent de l'Arououimi, le voyageur américain a vu un village où il fut étonné de la quantité d'ivoire gisant çà et là inutile.

« Il y avait, écrit-il, un temple d'ivoire — construction de défenses brutes entourant une idole ; des blocs d'ivoire qui, par les marques de coups de ha-

chette qu'ils portaient, indiquaientqu'ils avaient servi d'enclume pour fendre du bois ; des trompes de guerre d'ivoire, quelques-unes de 3 pieds de longueur; des maillets d'ivoire; des coins d'ivoire pour fendre les bûches ; des pilons d'ivoire pour broyer les racines de manioc; et devant l'habitation du chef était une vérandah ou burzah, dont les poteaux étaient de longues défenses d'ivoire. Nous ramassâmes cent trente-trois morceaux d'ivoire, qui, approximativement,, réaliseraient ou devraient réaliser 18,000 dollars (environ 95,000 francs). »

Par malheur, dès qu'un commerce d'ivoire est établi, arrive, comme conséquence de ce commerce, le commerce des fusils, et l'exportation de l'ivoire, dès ce moment, marche beaucoup plus rapidement que l'ivoire ne peut se reproduire. Si grandes que soient les provisions qui en peuvent exister, elles disparaissent promptement, et les éléphants tombent en si grand nombre sous les balles des chasseurs, qu'ils sont bien vite exterminés. Quand le commerce de l'ivoire aura cessé par la disparition de ces animaux, un des stimulants les plus propres à faire avancer la civilisation de l'Afrique aura disparu.

Laissant de côté pour le moment les considérations philanthropiques et envisageant l'Afrique du point de vue de nos ancêtres et des Arabes modernes, comme aussi d'une très-grande portion du reste du genre humain, il y avait une singulière appropriation

entre l'ancien commerce de l'ivoire et le commerce des esclaves d'une part, et les conditions physiques et sociales du continent africain do l'autre. L'asservissement d'un voisin plus faible a toujours été la coutume reconnue du pays, et c'était chez ces populations un système d'une charmante naïveté que de faire article de commerce de leur excédant d'esclaves et de leurs collections d'ivoire, de mettre une défense d'éléphant sur le dos de chaque esclave, de mener ainsi à la côte l'homme et son fardeau, et, à leur arrivée, de les vendre l'un et l'autre du même coup.

Fort heureusement pour l'Afrique, on peut, au grand avantage du commerce, substituer le travail des bêtes de somme à celui des porteurs humains. La mouche tsélzé n'est pas si répandue qu'on l'avait d'abord craint. Le chariot du Cap, avec son attelage de bœufs, a déjà été expérimenté de la côte de Zanzibar dans l'intérieur, et un seul chariot porte la charge de soixante hommes. Considérés simplement comme bêtes de somme, les porteurs nègres, même achetés pour rien et vendus quelques louis par tête arrivés à la côte, ne sont pas si bon marché, et ne rendent pas autant de service, sur une route établie, qu'un chariot et son attelage de bœufs. Le zèbre, si bien domestiqué depuis quelques années au Jardin d'Acclimatation de Paris, pourra aussi un jour faciliter singulièrement les transports dans l'Afrique, si l'on sait tirer parti de cet utile animal.

Il est un produit minéral qui peut être appelé à transfigurer l'Afrique, c'est l'or. On sait que l'or se rencontre sur nombre de points de la chaîne frontière du bassin ou plateau central, et, sur le versant opposé du continent, l'or se recueille de tous les points du haut plateau parallèle à la côte, entre les embouchures du Sénégal et du Niger. Il a donné son nom à la « Côte d'Or », et le nom de la « guinée » anglaise est tiré du golfe de Guinée. En outre, une constante exportation d'or s'est faite depuis les temps historiques les plus reculés par des routes conduisant du côté intérieur des régions où l'on trouve le métal à travers le Sahara à la Méditerranée. Mais productifs entre tous aujourd'hui sont les terrains aurifères récemment découverts dans l'Afrique sudorientale. L'exportation du lac de Sofala et de la région du Zambèze est de date ancienne ; mais, dans ces dernières années, on a découvert qu'une vaste étendue de pays, au sud de cette région, était aurifère. Si de nouvelles découvertes d'or se font, elles peuvent amener des hommes d'autres races que la race nègre, les coolies chinois par exemple, à émigrer et faire que ces races, en occupant certaines parties du continent, y introduisent une civilisation supérieure à celle qui existe aujourd'hui.

On sait toutefois qu'à l'heure actuelle les expéditions entreprises par le gouvernement égyptien dans les régions du haut Nil Blanc, sous le commandement

d'officiers européens, ont placé sous la domination du khédive tout le pays qui entoure les lacs Albert et Victoria. Le colonel anglais Gordon, chargé de l'administration de ces nouvelles conquêtes, y a établi des postes maintenus en stricte communication. Il y a donc lieu d'espérer que d'ici à peu d'années ces vastes régions pourront être parcourues en toute sécurité. Dans tous les cas, comme l'écrivait il y a peu de temps la « Revue géographique internationale », l'extension de la puissance égyptienne dans l'Afrique équatoriale ne peut qu'être favorable au développement de la civilisation européenne en Afrique, en même temps qu'elle sert d'une manière efficace les intérêts de la géographie.

L'Afrique est dépourvue de richesse capitalisée. Aucune civilisation riche et luxueuse n'a existé dans les régions équatoriales, comme la civilisation du Pérou ou de l'Inde, pour tenter les aventuriers commerçants. Sauf dans les royaumes arabes du nord, c'est un pays de huttes, ou, au mieux, de mnisons au toit de chaume, d'une durée éphémère. Le Nègre n'a pas l'instinct des constructions solides et durables; les éléments les plus importants qui conduisent à la civilisation lui font donc défaut, car sans un noyau matériels de bâtiments solides il ne saurait exister de civilisation respectable.

Toutes les circonstances ci-dessus examinées, poussent à la conclusion générale que les produits

existants de l'Afrique équatoriale sont insuffisants pour former la base d'un trafic véritablement large. Qu'on ne s'exalte pas et qu'on ne retombe pas dans l'erreur, tant de fois renouvelée, de ceux qui se sont intéressés philanthropiquement à l'Afrique, en cédant à un enthousiasme injustifiable et en accordant trop de confiance à la théorie du développement rapide d'un grand commerce avec ce continent.

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