CHAPITRE I
Découverte de la Nouvelle-Guinée. — Les premiers navigateurs et leurs successeurs modernes.
La priorité de la découverte de la Nouvelle-Guinée est revendiquée à la fois par les Portugais et par les Espagnols. Don Jorge de Menesès, gouverneur portugais de Ternate, fut, en 1526, poussé par les vents et les courants sur la côte de « Papoua », et il y resta jusqu'au changement de la mousson. Deux années après, le capitaine espagnol Alvaro de Saavedra, revenant des Moluques en suivant la direction de l'est, « jeta l'ancre dans un grand golfe près de certaines îles », situées, selon toutes les présomptions, sur la côte septentrionale, et qu'il nomma « islas de Oro » (îles d'Or). Plus tard, le monde
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civilisé obtint des notions un peu plus étendues sur le pays par ceux des marins de l'expédition de Grijalva qui survécurent à la révolte et au naufrage de leur navire. Ces hommes, après avoir été délivrés de l'esclavage par l'illustre Antonio Galvano, rapportèrent que les habitants de toutes ces contrées étaient noirs et avaient les cheveux frisés ; les gens de Malacca les appelaient « Papouas ». « Il y a dans ce pays, disaient-ils, un oiseau gros comme une grue ; il ne vole pas et n'a pas d'ailes pour voler; il court à terre comme un daim ; les indigènes font avec ses petites plumes la chevelure de leurs idoles, etc. »
Les difficultés dans la voie des découvertes géographiques étaient grandes dans ces temps-là. Quelquefois on donnait sur les positions des indications fausses afin de les placer à droite du méridien, qui marquait la limite entre les Espagnols et les Portugais ; on supprimait cartes et livres de loch ; on cachait les découvertes, de peur qu'elles ne tombassent entre les mains d'un rival ou qu'elles ne fournissent un abri au terrible Drake, qui avait alors doublé le cap Horn à la poursuite de son grand ennemi. De plus, l'habitude de ne pas tenir compte des noms indigènes des localités rendait souvent toute constatation ou identification impossible , lorsque les observations relatives à la position de ces points étaient inexactes. Enfin , la théorie d'une
grande terre australe, destinée à équilibrer au sud l'accumulation de terre des latitudes élevées du nord, opposait une forte pierre d'achoppement aux anciens navigateurs. Mais la vérité a une valeur singulièrement plus grande que la fiction, et l'Australie, devenue une réalité, surpasse considérablement en importance le rêve des premiers explorateurs, dont, au point de vue géographique , elle n'est qu'un lambeau.
Tout cela aide à expliquer pourquoi les premiers navigateurs ont si peu profité des travaux de leurs devanciers. Le voyageur hollandais Keyts, par exemple, dont la relation touchant la Nouvelle- Guinée, quoique remontant à 1678, vaut encore la peine d'être lue, écrit: « Ou croit que la Nouvelle- Guinée est séparée de la Nouvelle-Hollande vers le 108 degré de latitude sud. » Soixante-quinze ans auparavant, cependant, Torrès avait traversé le détroit de si difficile navigation qui porte son nom. Il est vrai que la renommée de cet exploit ne se répandit que longtemps après qu'il eut été accompli. Le voyage de Torrès eut lieu en 1G06 ; mais ce ne fut qu'en 17G2, lors de la prise de Manille par les Anglais, que sa lettre au roi d'Espagne, contenant la description de sa découverte, fut trouvée par Dalrymple, qui donna par suite au détroit le nom du hardi marin. Cook est le premier qui releva ce passage en 1770.
Les Hollandais, qui avaient marché sur les brisées
des Portugais, leurs rivaux, furent les principaux explorateurs du dix-seplième siècle. Outre les hauts faits de Tasman et du bâtiment leDmjfken, dont le nom est devenu classique parmi les premiers navigateurs, nous avons le long et hardi voyage, en 1616, par le détroit de Magellan à la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée, de Lemaire et Schouten, dont le navire fut confisqué par leurs jaloux et égoïstes compatriotes *.
Vers la fin du dix -septième siècle, Dampier, qui fut peut-être le plus grand des explorateurs anglais avant Gook, venant de l'est, rangea la terre à environ 148° longitude est (Gr.) (à peu près 2° plus bas sur la côte qu'aucun des navigateurs qui l'avaient précédé) ; et de là il côtoya le littoral dans la direction de l'ouest, en notant un certain nombre de promontoires et d'iles. Ses observations auraient été plus précieuses s'il avait été élevé à meilleure école en fait
1. « Le navire de Schouten et de Lemaire {la Concorde) fut confisqué avec son contenu par le gouverneur de Java. Les deux commandants, rivaux île M igellan, en ce qu ils avaient découvert un passage plus facile et un bien plus grand nombre d'iles, furt'ut mis en qualité de prisonniers sur un navire de l'amiral Spilherg, qui devait les ramener en Europe. Lemaire mourut pendant la traversée. Schouten et Lemaire, étaient accusés, d'avoir traversé le détroit de Magellan et violé ainsi les privilèges de la G impagoie des Indes. La réalité de leur découverte ne fut constatée que quelques années après et le détroit de Lemaire devint pendant • longtemps la route ordinaire pour passer d'une mer dans l'autre (de l'Océan Atlantique dans le Pacifique). » (Quatrefages, les Migrations et l'Acclimatation en Océanie.)
de sentiments d'humanité, car le fréquent usage qu'il faisait de ses armes à feu pour ce effrayer » les sauvages qui « ne pouvaient ou peut-être ne voulaient pas le comprendre », dut naturellement abréger singulièrement ses rapports avec eux.
En 1774, Tomas Forrest fut envoyé par la Compagnie des Indes orientales pour voir s'il se trouverait des épiées sur quelques-unes des Moluques ou des autres îles situées à l'est des possessions hollandaises. Il s'embarqua (surtout pour donner le change aux Hollandais) sur le Tartar Gaïïey, bâtiment, qui ne jaugeait que 1 0 tonneaux et n'avait que 25 pieds de long. Ayant débarqué à Dorey sur la côte nord-ouest, il y passa quelque temps dans des rapports amicaux avec les indigènes.
Les notions qu'on avait de ces contrées jusqu'à une époque plus rapprochée de nous ont été, on peut le dire, complétées par d'Entrecasteaux, qui, en 1793, s'avança jusqu'à 5 lieues des îles de l'extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée; mais, comme il se tint au large, il ne put longer la côte dans la direction de l'est au-delà de 147° (Gr.).
D'importantes observations furent faites en 1826 sur les côtes du sud-ouest par le lieutenant hollandais Koliî ; et, vers le sud- est, de précieux travaux hydrographiques furent accomplis, de 1843 à 1845, par le capitaine Blackwood, à bord du Fhj, et, en 1849, par le capitaine Owen Stanley, à bord du Ratile Sna-
ke. Mais les études les plus importantes et en même temps les plus étendues sont celles du capitaine John Moresby, commandant le Itasi'/is/e, qui, en 1873-1874, a exécuté un relevé continu de la partie jusqu'alors inconnue de la côte septentrionale, sur une étendue de 278 milles à vol d'oiseau, depuis l'extrémité orientale de l'île jusqu'au point où commençaient les observations de d'Entrecasteaux, et déterminé ses véritables limites du côté de l'est ; limites qui, du reste, avaient été plus quepressenties parDumont d'Urville trente ans auparavant. Le capitaine Moresby procéda aussi à la triangulation de cette pointe et des lies y attenantes : opérations portant sur un ensemble superficiel de 60 milles sur 75. Ce travail, bien qu'il reste encore beaucoup à faire, a été certainement le relevé maritime le plus important de ceux demeurés jusque-là inachevés sur n'importe quel point du globe.
L'analyse de la relation de voyage du capitaine Moresby et l'étude approfondie à laquelle cette publication a donné lieu sur la Nouvelle-Guinée, de la part de la Quarterly Review, forment le fond principal de la partie de notre livre consacrée à celte grande île encore si peu connue et aux races qui la peuplent.