CHAPITRE II
Les explorations récentes. — Vue d'ensemble.
Lorsque tranquillement assis dans un confortable fauteuil on se livre en imagination à des explorations géographiques, avec une carte sous les yeux, si l'on ne s'attend pas nécessairement à trouver une irréprochable exactitude de détails dans la configuration des pays lointains et sauvages, on est du moins généralement porté à croire que les lignes destinées à marquer les côtes, sauf peut-être dans les régions arctiques ou antarctiques, sonttracées correctement. Ceci admis, ce ne sera certainement pas une mince surprise pour ceux, et le nombre en est grand ,,qui partagent cette croyance, d'avoir à constater en regardant la carte de la Nouvelle-Guinée annexée au livre publié par le capitaine Moresby à la suite de sa dernière campagne du « Basilisk », que les lignes qui, avant 1873 indiquaient sur les cartes officielles les côtes de cette grande île, étaient, pour une étendue de plusieurs centaines de kilomètres, des lignes purement fantastiques, ici passant bien avant dans l'intérieur des terres par-dessus de hautes montagnes ; là, bien avant aussi, au mi-
lieu de la mer, loin du littoral. Telles étaient cependant, entre autres, les cartes de l'amirauté anglaise. C'est à ne pas croire, qu'une grande puissance maritime comme l'Angleterre soit demeurée si longtemps dans l'ignorance du contour réel d'une côte située à 80 milles de ses propres possessions, au cœur d'une région parcourue dans tous les sens par son commerce. Nous ne méconnaissons pas les résultats scientifiques ou les notions utiles à retirer d'une expédition arctique ; mais si une expédition au pôle avait sa raison d'être, il y avait assurément depuis longtemps une raison bien plus grande à faire le travail de relevé de côtes dont nous parlons.
Le nom de « Nouvelle-Guinée » fut donné à l'île par Ortez de Relès, en 1 546, probablement à cause de la ressemblance des habitants avec ceux de la côte de Guinée. Le nom moderne de Papouasie, « Papoua », qui vient peut-être du mot malais « poua-poua » (frisé), par allusion aux cheveux des indigènes — que nous nommons, nous, indifféremment « Papous », « Papouas » ou « Papouans » — est donné par les Malais et les autres peuples voisins non-seulement à la Nouvelle-Guinée, mais aussi à plusieurs des îles adjacentes. Les indigènes euxmêmes, qui diffèrent de langue et de race, ne pourraient guère avoir une dénomination commune pour désigner leur pays, dont ils ignorent d'ailleurs entièrement l'étendue. Diverses grandes contrées sont
connues des indigènes, ainsi que des commerçants qui fréquentent la côte, sous des noms particuliers; et, en différents endroits, on fait usage de termes locaux qui signifient « grande terre ».
La Nouvelle-Guinée, au point de vue géographique, est proche de l'Australie. Les eaux peu profondes qui séparent leurs côtes et s'étendent au delà à une certaine distance à l'ouest, couvrent un fond qui, à l'époque tertiaire, relativement récente, devait être un terrain sec. Les deux pays sont, en effet, presque réunis par des lambeaux détachés de la grande barrière de récifs qui longe la côte nord-est de l'Australie sur une étendue de plus de 1 ,200 milles. Les eaux du détroit de Torrès, outre qu'elles sont encombrées de récifs et de hauts-fonds, sont parsemées d'îles, dont beaucoup, surtout vers l'ouest, sont d'origine volcanique, tandis que d'autres sont simplement dessoulèvements du sol, dont les couches s'inclinent dans toutes les directions du centre à la mer. En résumé, quoiqu'il ait une largeur de 80 milles, le détroit ne présente que deux canaux accessibles à la navigation.
Peu de voyageurs ont encore pénétré bien avant dans le pays ; une grande partie de l'intérieur est encore inconnue, et par conséquent n'a pas encore été décrite \ Heureusement, les quelques voyageurs mo-
1. On ne saurait accepter comme une œuvre sérieuse les « Wanderings in the interior of Nuw-Guinea » du capitaine
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dernes dont les observations peuvent être prises au sérieux sont des hommes de valeur. Ils représentent presque tous les pays de l'Europe. Parmi eux l'Italie a deux naturalistes, MM. d'Albertis et Beccari ! ; la Russie a le docteur Micklukho Maklay; l'Allemagne, le savant docteur A.-B. Meyer; la Hollande, M. de Rosenberg; la France. M. Raiïray, chargé, en 1876, d'une mission du ministère de l'Instruction publique pour étudier l'histoire naturelle. Parmi les Anglais, il faut nommer M. A.-R. Wallace, réminent naturaliste 2, qui a séjourné quelque temps sur la côte; le capitaine Moresby, M. Octavius Stone et le révérend S. Macfarlane, qui nous ont fourni de nombreux renseignements plus récents, et aussi le révérend W. Gill, auteur de plusieurs mémoires fort instructifs. Mais, sauf le capitaine Moresby, peu de ces messieurs ont écrit de longs ouvrages, et nous
J.-A. Lawson, publiés à Londres en 1875, On peut lire dans la Revue Britannique dejanvier 1876, une critique humoristique de ce livre, d'après l' Edinburg-Revieio , que nous y avons insérée sous le titre de: « Les voyageurs fantaisistes ; un voyage dans la Nouvelle-Guinée. »