M. Beccari était à Dorei en juin
M. Cerutti, chargé d'une mission scientifique du Gouvernement italien pour les mers du Sud, a nus-i visité, en 1870, au point de vue de 1 histoire naturelle, les parages de la ÏN'ouvelle- Guinée, l'île Ki ou Key, puis le détroit de Dampier, l'île Umberto, le détroit de Galewo et l'ile Salouatti. (Cosinos di Guido Cora).
2 Nous lui avons emprunté d'intéressants passages relatifs à l'Archipel Malais dans notre livre « Aventures, types et croquis». (1 vol. in-li. Paris, 1877.— Ducrocq, éditeur).
n'avons que des relations éparses de ce qu'ils ont fait.
Nos lecteurs nous pardonneront, alors qu'il s'agit d'un littoral si peu connu, de marcher à si grands pas dans notre exploration en ne nous détournant que bien rarement pour pénétrer dans les mystères de l'intérieurdu pays. Notre voyage doit être rapide, car l'île a environ 2,500 kilomètres de long, c'està-dire la distance qui sépare la côte de Picardie des bouches du Danube, tandis que sa plus grande largeur est égale à celle de la France.
La côte méridionale, depuis son extrémité orientale jusqu'au cap Redscar, point sur le littoral oriental du grand golfe de Papoua, est protégée par une série de récifs, formant plusieurs ports enclavés dans les terres, dont l'accès cependant, par les ouvertures qui se trouvent entre les récifs, n'est pas toujours sans complication. A l'ouest du cap Redscar cessent les bancs de corail, et le caractère du pays change complètement ; la côte devient basse, plate et marécageuse ; la mer est tellement semée de bas-fonds, qu'un navire ne peut approcher de la terre à une distance de plusieurs milles. D'épaisses forêts de hauts mangliers bordent la côte, dont le niveau, sur une étendue de plusieurs kilomètres en avançant dans les terres, n'est que de quelques pieds au-dessus de la surface de l'eau ; c'est en réalité un vaste delta, à moitié submergé et entrecoupé de nombreux et larges
canaux, qui déversent un volume considérable d'eau douce qu'à la marée basse on retrouve jusqu'à plusieurs milles en mer, canaux qu'on pourrait prendre pour de grands fleuves navigables el offrant une voie facile pour pénétrer dans l'intérieur.
La plupart des cours d'eau explorés jusqu'à ce jour diminuent rapidement à mesure qu'on avance dans les terres, et leurs lits, lors même qu'autrement on pourrait y naviguer en bateau, sont interceptés par des arbres renversés et d'autres obstacles. Le capitaine Moresby était porté à croire que toutes les rivières avaient ce caractère ou n'étaient que des criques formées par les marées ; mais la rivière Fly, sur le littoral occidental du golfe de Papoua, est certainement une exception, car plus tard M. d'Albertis a pu dans une chaloupe à vapeur qu'on lui avait procurée à Sydney, remonter cette rivière jusqu'à 800 kilomètres de son embouchure, et presque à la moitié de celte distance en droite ligne à partir de la mer. Dans son parcours des 110 derniers kilomètres, le voyageur italien se trouva, après avoir dépassé les plaines marécageuses de la région des côtes, dans une contrée ondulée, avec des montagnes en vue au nord-ouest. Là sa marche fut arrêtée par la nature de la rivière, dont les eaux étaient devenues trop basses — ce qui a lieu généralement, sauf api es les pluies — et dont le courant était trop fort pour permettre d'aller à la vapeur.
L'idée que cette rivière est la véritable route de l'intérieur a été émise il y a trente ans par M. Jukes, auteur de la relation du voyage du Fly. M. Jukes était d'avis qu'un grand cours d'eau devait exister entre les grandes chaînes de montagnes qui traversent parallèlement l'île dans sa longueur. Le capitaine Evans, hydrographe de la marine, qui lui-même faisait partie de l'état-major du Fhj, s'est toujours prononcé en faveur de cette opinion : aussi doit-il être satisfait de lavoir réalisée.
Les marécages couverts de mangliers et les basfonds s'étendent de ce point le long de la côte dans la direction de l'ouest, sur un parcours de plusieurs centaines de kilomètres, tandis que toute trace de montagne disparait jusqu'aux îles Arou, qui sont situées en face ; alors on aperçoit de nouveau une haute chaîne n'ayant pas moins de 500 mètres d'élévation, et, au dire de quelques voyageurs qui l'ont observée, couronnée de neige.
Les îles Arou, à environ 150 milles de la Nouvelle- Guinée, sont situées sur la limite occidentale de la mer peu profonde environnante ; c'est là, aux yeux d'un observateur aussi expert que M. Wallace, une preuve de l'affaissement du sol dans ces parages. M. Wallace a remarqué que ces îles sont traversées par des canaux sinueux, cours sans doute d'anciennes rivières qui devaient avoir leurs sources dans les hautes montagnes de la grande terre située vis-à-vis,
c'est-à-dire la Nouvelle-Guinée, et couler dans cette direction en baignant la région aujourd'hui submergée.
De ce point, en regardant à l'ouest, on aperçoit toujours de hautes montagnes, et la presqu'île du nord-ouest, ou Papoua-Onim, qui est presque séparée de l'île par le profond bras de mer du golfe de Mac-Cluer, est en majeure partie d'une nature montagneuse. Cette presqu'île, et particulièrement la contrée aux alentours de la baie de Geelvinck, sur la côte nord, est une des rares portions de la grande île où l'intérieur soit assez bien connu. L'ouvrage de Rosenberg contient beaucoup de détails sur cette région, qui, avec les grandes îles adjacentes, a été aussi explorée en partie par Meyer,Beccari et d'autres voyageurs. Les montagnes, qui sont pour la plupart couvertes de forets jusqu'à une grande hauteur, sont principalement formées de granit et de micaschiste, flanqués de couches de pierre calcaire ; dans les chaînes de l'intérieur, à en juger par les cailloux qu'on trouve dans les torrents, les roches sont volcaniques.
L'aspect général de la côte du nord diffère grandement de celui de la côte du sud. Cette différence est due en partie à la ceinture de foyers volcaniques qui s'étend parallèlement à cette côte et non loin d'elle. Les montagnes s'élèvent généralement de la mer en pentes escarpées; mais, en quelques endroits, on
rencontre une plage étroite ou une plaine d'une médiocre étendue. On trouve quelques ports ; mais la profondeur de l'eau tout près de la terre rend le mouillage difficile, sauf sur un certain nombre de points.
Vers l'extrémité orientale de l'île s'étend une suite de larges baies, d'où partent des séries de montagnes s'élageant les unes au-dessus des autres dans la direction de l'intérieur ; tandis que des groupes d'îles, renfermant plus d'un volcan en activité, bordent le littoral. L'existence de grandes rivières de ce côté de l'île est attestée par de grosses masses de bois, qu'on voit flotter au loin sur la mer.
Dans toute l'île la partie appelée à intéresser le plus les Anglais à cause du voisinage de l'Australie, c'est la côte méridionale à partir du golfe de Papoua jusqu'à son extrémité orientale. Le pays autour de la baie de Redscar et de Port-Moresby, sur le littoral oriental du golfe, a été exploré par les missionnaires anglais et polynésiens qui s'y sont établis, et dont les rapports d'ailleurs ne justifient pas les espérances qu'on avait fondées sur ses ressources. Le sol paraît pauvre en général. De la plage formée de coraux blancs surgissent des collines arrondies, couvertes d'herbes, et derrière lesquelles s'élèvent d'autres collines plus hautes garnies çà et là d'eucalyptus, de pandanus et d'autres végétaux du type australien. Cependant, dans les vallées et plus loin dans l'inté—
rieur des terres, la végétation est plus luxuriante et revêt un caractère plus tropical.
Les montagnes sont de formation calcaire récente, parsemées de fragments de silex rouge et de quartz non aurifère ; M. Stone a trouvé à une hauteur de 180 mètres des coquilles d'espèces existantes. Des sommets les plus élevés on aperçoit parfaitement des chaînes sans fin de montagnes, couvertes de fourrés épais et de forêts de grands arbres, et dominées par les grands pics volcaniques du mont Owen-Stanley, qui a près de 4,000 mètres de haut.
Toute la côte à l'est, à partir de Port-Morcsby, a été explorée assez récemment (1875-76) par M. Macfarlane. En descendant, avec un vapeur, entre la barrière de récifs et la terre, dans des eaux jusqu'alors inconnues, M. Macfarlane a découvert deux bons ports, sans compter plusieurs mouillages sûrs, et deux rivières, par lesquelles on peut atteindre le pays de montagnes, à quelques kilomètres dans l'intérieur. A l'est, la contrée devient beaucoup plus variée. Elle est très-bien cultivée ; on voit effectivement dans les jardins des carrés de fleurs parfaitement soignés ; et la population, qui est nombreuse, se compose sur plus d'un point d'une belle race d'homme vigoureux, de dispositions amicales et portés au commerce.
Les îles à l'extrémité de la presqu'île, avec la grande terre adjacente, ont été décrites sous de brillantes couleurs par le capitaine Moresby, au livre
duquel d'ailleurs il nous arrivera souvent de recourir dans les pages qui vont suivre. Le commandant du Busilisk nous fait un charmant tableau de la mer de Corail, transparente avec sa plage ensoleillée, où sont disséminées les huttes pittoresques des indigènes, et derrière laquelle se dressent des collines ou des chaînes de montagnes de toutes les formes, couvertes de foràts luxuriantes, — à moins qu'il ne s'agisse de dunes arrondies, mollement éventées par les brises et sur le sol généreux desquelles l'herbe atteint jusqu'à 4 mètres de hauteur, ou encore de séries de terrasses toutes pailletées de cultures soigneusement entretenues.
Les relations avec les indigènes sont souvent amusantes, quelquefois critiques; tout va bien, cependant, grâce, en partie peut-être, à la chance, mais grâce surtout aux sages précautions et à l'excellent caractère du commandant, à la bonne humeur et à l'admirable discipline de l'équipage, qui partage dans une certaine mesure l'entrain de son chef.
Le capitaine Moresby est peut-être un peu bien enthousiaste dans ses conjectures, quand il suppose avoir positivement découvert la meilleure route entre l'Australie et la Chine, parce qu'il a trouvé un passage libre vers le nord entre les îles. La partie même qu'il a explorée est plus compliquée, plus embarrassée qu'aucune des routes qu'on suit aujourd'hui, et, comme l'a signalé le capitaine Evans, il pent exister
de nombreux obstacles encore inconnus dans les eaux qu'on n'a pas explorées dans la direction du nord. En outre, on ne connaît qu'imparfaitement les conditions atmosphériques de la surface maritime au nord de la Nouvelle-Guinée. Il n'est pas improbable que ce ne soit une région sujette aux calmes, les vents alizés et la mousson se trouvant interceptés ou détournés par les hautes terres situées de l'un et de l'autre côté. On peut se demander si de semblables mécomptes ne contre-balancent pas et au delà le soi-disant gain de 300 milles sur un voyage de 5000 milles.
Avant d'aller plus loin, nous croyons devoir ici protester énergiquement contre le système, adopté par un certain nombre d'explorateurs, de ne tenir point compte des noms géographiques donnés par les indigènes. Il est bon assurément de perpétuer le souvenir de l'auteur d'une découverte ; mais il est au moins inutile,, et certainement embarrassant, de trouver un port, un détroit et une île, dans différentes parties de la Nouvelle-Guinée, portant tous le nom de « Moresby ». Une baie, un cap peuvent souvent ne pas avoir de noms; mais les rivières, les montagnes, les îles habitées ont leurs noms indigènes. Beaucoup de celles de la Nouvelle-Guinée sont déjà connues, et quelque penchant qu'ait le capitaine Moresby pour la pléiade d'Edithes, de Janes, de Hildas et d'Ethels qui orne sa carte, nous espérons que les
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noms moins coquets donnés originaire ment par les noirs indigènes seront les seuls qu'adopteront les futurs géographes. Le docteur Meinicke reproduit partout les noms appliqués soit par les indigènes eux-mêmes, soit par leurs voisins des Moluques et autres îles, aux diverses régions ainsi qu'aux objets physiques qui se rattachent à la Nouvelle-Guinée. Son livre, sous le titre modeste de Monographie géographique (Eine geographische Monographie), renferme non-seulement une description géographique tt'ès-clétaillée du pays, mais un ensemble de renseignements précis sur les habitants des divers groupes d'îles de l'océan Pacifique, avec un chapitre d'introduction concernant l'ethnologie et autres sujets, auquel ses longues et patientes études de la matière donnent une grande valeur.