CHAPITRE Vf
Départ de Kilemba. — La caravane d'Alvez, le marchand d'esclaves. — L'Oulounda. — Les chefs Mata-Yauvo et Mata- Yafa. — Les indigènes du Lovalé. — Le chef Ratendé. — Cataractes du Loumedji. — Halte chez le chef Mona-Pého. — Le Rimbandi et les caravanes régulières du Bihé. — Romananti. — M. Cameron se sépare d'Alvez.
Ce fut seulement le 25 février que la caravane avec laquelle M. Cameron allait s'acheminer vers la côte put enfin partir de Kilemba. Mais, arrivé à l'endroit où devait être construite la maison de Kasongo, construction qui, suivant Alvez, ne devait prendre que quatre jours, M. Cameron reconnut que rien n'était prêt, et ce ne fut qu'avec son aide et celle de ses hommes à lui, que l'édifice put être achevé en vingt jours.
Pendant ce premier trajet, M. Cameron fut dégoûté outre mesure de la manière barbare dont les malheureux esclaves étaient traités. Il n'hésite pas à déclarer que les pires des Arabes sont à cet égard ce des anges de lumière et de compassion comparés aux Portugais et à ceux qui voyagent avec eux ».
« Si je ne l'avais pas vu de mes yeux, ajoute-t-il, je n'aurais jamais pu croire qu'il existât au monde
des hommes aussi froidement, aussi brutalement cruels. » ' Le noyau de la caravane d'Alvez se composait d'un petit nombre de ses esclaves et de porteurs loués par lui à Cilié ; mais la plus grande partie était formée de groupesindépendants du pays de B i h é , e t de gens du Lovalé et du Kibokoué quiavaient rejoint les autres en route, pour venir, dansl'Ouroua, voler des esclaves. Au départ, la caravane entière pouvait compter sept cents hommes, et avant de quitter l'Ouroua, elle avait réuni, par l'emploi de la force brutale, plus de quinze cents esclaves. Maître Coimbra, entre autres, faisait, le long du trajet, des battues pour son propre compte, dans le but de se procurer un lot d'esclaves à emmener à Bihé. Sur la route, les gensd'Alvezseconduisaicntcn vrais brigands. Ilsattaquaient les petits groupes d'indigènes qu'ils pouvaient rencontrer, et s'emparaient de ce qu'ils portaient, bien que le plus souvent les charges de ces pauvres diables consistassent en poisson sec et en grain des-
1. Los faits rapportés ici par M. Cameron ont donné lieu à des protestations de la part de plusieurs députés devant les Chambres portugaises. Ces messieurs, en flétrissant de leur rôle les acics odieux commis par des midis portugais, veulent qu'il soit bien entendu que ni la nation ni le gouvernement ne soient en rien responsables de ces horreurs. Le gouvernement, ont-ils dit, a pris des mesures successives pour assurer l'égalité de droits à tous les indigènes des colonies portugaises et les luis interdisent sévèrement le commerce des esclaves. — Nous le savions; mais, comme les faits enregistrés par M. Cameron à maintes reprises ne sauraient être mis en doute, il serait grand temps que les fonctionnaires des colonies africaines du Portugal veillassent partout à la stricte application de la loi.
tinés à être livrés en tribut à Kasongo. Sur les points cultivés, ils arrachaient les produits du sol. Dans les villages, ils coupaient bananiers et palmiers, et si le voyageur anglais leur faisait des remontrances, ils répondaient que Kasongo les avait autorisés à s'emparer de tout ce dont ils auraient besoin. Lâches autant que cruels, ils se montraient d'ailleurs doux comme des moutons, lorsqu'ils traversaient des territoires réputés dangereux et dont les habitants avaient des armes à feu.
Bu lieu où l'on avait construit la maison de Kasongo, la caravane marcha, pendant dix jours, au sud-sud-ouest, pour arriver au village de Lounga- Mandi. A une vingtaine de kilomètres avant ce village, on montra «à M. Cameron le lieu où le premier marchand blanc, venant de Bihé, qui eût pénétré dans l'Ouroua, avait établi son camp. D'après les récitsdes indigènes, la conduite de la caravane de cet individu avait beaucoup de traits de ressemblance avec celle d'Alvez et sa visite avait été peu appréciée.
Ici, les affaires du marchand d'esclaves Alvez furent cause d'un nouveau délai de trois semaines. « Lorsque nous nous remîmes en route, dit M. Cameron, ce fut pour faire une seule étape, puis nous arrêter encore. On avait à poursuivre des esclaves marrons. Le lendemain, nouvelle halte pour attendre un associé d'Alvez. Cet associé, le fameux Coimbra, arriva dans la soirée, conduisant une file de cin-
quante à soixante pauvres femmes pesamment chargées de butin, et quelques-unes portant, en outre, leurs enfants dans leurs bras. Ces femmes esclaves représentaient ce qui restait de la population de quarante ou cinquante villages qu'on avait détruits et ruinés, dont presque tous les hommes avaient été tués, et dont les autres, chassés dans le jungle, allaient s'y nourrir de fruits sauvages ou peut-être y mourir d'inanition. Je suis persuadé que, pour ces cinquante ou soixante esclaves, il faut compter au moins cinq cents hommes tués en défendant leurs foyers, ou qui moururent ensuite de faim, sans parler d'un nombre plus considérable d'individus qui restèrent errants. Toutes ces femmes étaient attachées, les unes aux autres, par la taille avec de fortes cordes à nœuds, et lorsqu'elles ralentissaient leur marche, on les frappait impitoyablement.
a Quand Coimbra arriva avec cette riche moisson, Alvez se montra au niveau de la circonstance, en exigeant de son associé un certain nombre d'esclaves pour compenser les frais que les retards de Coimbra lui avaient occasionnés.
a Les mulâtres portugais et les marchands nègres sont, entre tous, les plus cruels pour leurs esclaves, tandis que les Arabes, au contraire, en règle générale, traitent les leurs avec bonté. »
Une faible proportion seulement des esclaves qu'on capture dans le centre de l'Afrique arrivent sur la
côte. La plus grande partie, surtout les femmes, sont exportées au sud, dans le royaume de Sékélétou, sur la rivière Tchobé, où, pour diverses raisons, la population est insuffisante, ce qui crée une grande demande d'esclaves. On les troque contre de l'ivoire, qu'on porte ensuite à la côte. D'habitude, une caravane de ces marchands fait un voyage dans le centre de l'Afrique, d'où elle revient dans le royaume de Sékélétou, et ainsi de suite. Il n'est pas improbable que quelques-uns de ces esclaves vont, à l'occasion, jusqu'aux mines de diamants, grossir les troupes de travailleurs qu'y conduisent les Cafres.
Le lendemain de l'arrivée de Coimbra, la caravane se remit en marche et traversa le Lovoé qui forme la frontière entre l'Ouroua et l'Oussambi. Là, les palmiers à huile cessent de pousser, l'altitude étant de plus de 780 mètres. Autour de Msoa, le pays est beau et prospère, les districts populeux, les villages y étant fortifiés de palissades et de fossés pour se proléger contre les incursions de Mchiri. Ce Mchiri, indigène ouanyamouesi, ayant pénétré, il y a plusieurs années jusqu'à Katanga pour y faire le commerce de l'ivoire, avait profité de la force de ses troupes et de ses armes à feu pour s'ériger en chef du pays, bien que Katanga fasse nominalement partie des domaines de Kasongo. L'ivoire étant rare, Mchiri vit du commerce des esclaves et du produit de ses mines de cuivre. 11 a celles-ci sous la main ; mais
pour se procurer des esclaves il est forcé d'étendre au loin ses incursions, et comme son commerce avec Bihé et la côte va croissant, il s'ensuit que le pays est dépeuplé sur une grande étendue.
Le pays d'Oussambi qu'on traversait est encore
ssion de Kasongo ; mais les habitants, outre le
tribut qu'ils payent à ce souverain, en payent un
autre à Mata-Yanvo, chef dont ils sont plus voisins.
Au bout de quelques marches, on se trouva à peu près exactement sur la ligne de séparation des eaux entre les rivières qui se jettent dans le Loualaba, audessous de Nyangoué, et celles qui y tombent audessus de ce point et du Kassali. Le 27 juillet 1875, on traversait le Loubiranzi , et l'on entrait dans l'Oulounda.
« L'Oulounda, écrit M. Cameron, est une longue bande de pays — large d'une centaine de milles au point par où nous y entrâmes — qui s'étend entre le 5e et le 12e degré de latitude sud. La majorité des habitants sont des Oualounda ; mais le chef, Mala- Yafa, et sa suite immédiate, ainsi que quelques gouverneurs de districts, sont des Ouaroua. Les villages sont petits et rares, très-éloignés les uns des autres, et la plus grande partie du pays est encore à l'état de forêt vierge. »
Les Oualounda sont une race à l'aspect farouche et d'une insigne malpropreté. Le vêtement des hommes se compose d'un tablier de peau ; les
L'AFRIQUE ÉQUATORÏALE. 91
femmes se contentent d'un lambeau d'étoffe d'écorce. Leur coiffure n'affecte aucune forme ; leur laine est tout simplement réunie en un tout compacte, composé de saleté et de graisse, sans le moindre ornement. Ceux de ces gens qui visitèrent le camp de M. Cameron ne paraissaient pas avoir jamais eu affaire aux caravanes, car ils ne possédaient ni verroterie ni le moindre morceau de cotonnade.
Le 2 août, notre voyageur traversait le Loukodji, le principal affluent oriental du Louloua. A quelques kilomètres de ce point, était le village d'un certain Kazombé, le second chef de l'Oulounda. Mais il était absent pour cause d'hommages à présenter au nouveau Mata-Yafa, le premier ayant été renversé par une conspiration de sa sœur — qui était aussi sa principale épouse — épouvantée pour elle-même des cruautés que ce monstre pratiquait sur son entourage le plus immédiat. Le Mata-Yafa détrôné était allé, en attendant mieux, demander aide et protection à son ami et parent, le puissant Kasongo.
Le lendemain 6, la caravane atteignait Kisenga situé juste entre les sources du Louloua et du Liambai ou Zambezi, et dernière station de l'Oulounda avant d'entrer dans le Lovalé, pays de plaines immenses semées de marécages, et où, pendant la saison des pluies, on a de l'eau jusqu'aux genoux. Ces plaines occupent tout l'espace compris entre les affluents du Congo et ceux du Zambézi. En amélio-
rant le lit de ces divers cours d'eau et en creusant un canal d'une trentaine de kilomètres à travers le pays plat, on les réunirait facilement, suivant notre explorateur, et l'on pourrait établir une série de voies de navigation intérieure, de la côte ouest à la côte est. Naturellement, il y aurait quelques « portages » ou quelques écluses à construire pourfranchir les rapides les plus importants; mais qu'est-ce que cela, comparé au résultat à obtenir?
« Les habitants du Lovalé, dit M. Gameron, sont très-sauvages de mœurs et de coutumes, et, comme ils sont armés de fusils, ils sont fort redoutés des caravanes. Ils n'exigent pas de tribut, comme dans l'Ougogo (sauf un ou deux chefs), mais ils ont une foule de moyens de pratiquer des extorsions sur ceux qui traversent leurs villages. Tout, dans leur mode d'existence, est réglé par les magiciens ou les hommes aux fétiches, et ces hommes sont fort habiles à tendre des pièges aux voyageurs. Ainsi, s'il arrive à un étranger de poser son fusil ou une lance contre une hutte, l'arme est immédiatement saisie, et n'est restituée que contre une lourde amende, dont la raison donnée est que l'acte en question est une œuvre de magie destinée à faire mourir le propriétaire de la hutte. Si un arbre est coupé, la même réclamation se reproduit, et ainsi de suite à l'infini.
« Leur costume est grossière l'extrême ; les hommes portent des tabliers de cuir et les femmes quelques
L'AFRIQUE ÉQUA.TORÏALE. 93
petiteslanièresàlafaçon des Nubiens, ou un étroit lambeau d'étoffe. Leurs chevelures sont édifiées sur une espèce depatron, et, plâtrées qu'elles sont de boue et d'huile, elles ont l'air d'avoir été sculptées dans du bois. »
Ils tirent du fer en grande quantité de Kibokoué, et ils le travaillent habilement en têtes de flèche de formes fantastiques et en hachettes ingénieusement contournées et ornées. Leurs huttes sont bien bâties, les unes carrées, les autres rondes ou ovales, avec des toits élevés se terminant parfois en doubles ou triples pointes.
Le long de la route suivie par la caravane, d'innombrables traces de campement attestaient le commerce considérable, en esclaves surtout, qui se fait aujourd'hui entre le Bihé et le centre de l'Afrique.
« Dans tous les villages les fétiches étaient nombreux. Us consistaient d'ordinaire en figures d'argile mouchetées de rouge et de blanc, et destinées à représenter des léopards et autres bêtes féroces, ou en grossières imitations en bois d'hommes et de femmes. »
Le Lovalé obéissait autrefoisaunseulsouverain.il est aujourd'hui divisé en deux ou trois gouvernements dont le principal avait alors pour chef Katendé. La caravane arriva le 28 août au village de cet illustre personnage. M. Gameron se rendit auprès de lui avec Alvez. Il trouva le monarque assis, en grande représentation, sous un arbre, entouré de ses conseillers,
•li NÈGRES ET PAPOUS.
« Do chaque côté, écrit le voyageur, était une hutte à fétiches, l'une contenant deux figures impossibles d'animaux, l'autre des caricatures de cette forme humaine que Dieu fit à son image. A une branche de l'arbre, une corne de chèvre, suspendue par une corde de lianes, comme amulette, se balançait a quelques pieds du nez noir du potentat. Celui-ci portait, pour la circonstance, une chemise de couleur, un chapeau de feutre et une longue jupe faite de mouchoirs de couleur. Il fumait avec acharnement, et comme sa provision de tabac touchait à sa fin, je conquis son estime en lui en donnant un peu, cadeau qu'il reconnut en m'octroyant en retour une poule et quelques œufs.
« Je le questionnai sur Livingstone, qu'il se rappelait avoir vu passer par son village (en se rendant du pays de Sékélétou à Loanda). Mais il y avait trèspeu de renseignements à tirer de lui concernant le grand voyageur, si ce n'est qu'il montait un bœuf, fait qui semblait s'être imprégné d'une manière indélébile dans la mémoire de Katendé. Depuis l'époque de Livingstone, il avait changé deux fois l'emplacement de son village. »
Dans l'après-midi, un grand nombre d'indigènes vinrent au camp de M. Cameron, et l'un d'eux lui raconta une curieuse légende sur le lac Dilolo, peu éloigné de là.
Tout le pays contient une énorme quantité de pois-
sons. Les indigènes les sèchent et en font un article important de commerce avec les tribus voisines, c'est même en quelque sorte une monnaie courante. 11 est fort extraordinaire que ces poissons puissent servir à l'alimentation ; car, n'étant séchés que partiellement, puis emballés dans des paniers du poids de 20 à 25 kilogrammes, ils ne tardent pas à devenir une masse putride — et cependant les indigènes s'en nourrissaient.
La fraude en matière commerciale n'est pas une invention de la civilisation, comme on s'est plu à le dire- souvent. Les indigènes barbares de l'Afrique centrale la comprennent à merveille. Au centre des paniers de poissons achetés par M. Gameron, se trouvaient parfois des pierres, de la terre, des poteries cassées, des gourdes, etc., destinées à parfaire le poids.
Le Kassabi était alors à une distance d'une vingtaine de kilomètres au nord de la route suivie. On ne larda pas à en atteindre la source. Le 7 septembre, après avoir traversé des bosquets qu'on eût dit plantés à plaisir de lauriers, de jasmins et autres arbustes odorants, dont les senteurs embaumaient l'air au loin à la ronde, on arrivait au village de Cha-Kelembé, chef du dernier district du Lovalé. C'est de là que, pour la première fois, notre voyageur aperçut le Lonmedji, dont on entendait au loin gronder les cataractes, « noble cours d'eau, dit-il, de plus de
50 yards (environ 50 mètres) de large et de plus de 10 pieds de profondeur, courant rapide et tortueux à travers une large vallée boisée de chaque côté. »
Sur cette portion du trajet, les indigènes affluaient dans le camp. Ils y passaient la nuit à danser, à tambouriner, à chanter, à rendre enfin tout sommeil impossible. Encore prétendaient-ils, le matin venu, se faire payer pour ce vacarme. Il est vrai que leurs exigences n'étaient pas grandes, une poignée de poissons les satisfaisait pleinement. « Les femmes étaient si légèrement vêtues, dit M.Cameron, qu'avec une bobine de ruban on eût pu habiller toute la population féminine d'une demi-douzaine de villages. » En revanche, ces dames consacraient beaucoup de temps à leur coiffure plâtrée d'argile et de graisse et affectant toutes les variétés de formes possibles, selon le goût particulier de la personne.
A partir du village de Kélembé, la caravane commença à quitter les plaines pour entrer graduellement dans une région montagneuse, et l'on arriva chez le chef Mona-Pého, où l'on fît une halte de deux jours. Mona-Pého fit au voyageur anglais une visite de cérémonie, pour laquelle il s'était fait escorter d'une vingtaine d'hommes armés de fusils. Ceux-ci, en approchant le camp, se mirent à tirer, à crier, à hurler, à qui mieux mieux. Mona-Pého avait, pour la circonstance, revêtu son costume d'apparat, lequel se composait d'un vieil habit d'uniforme européen,
L'AFRIQUE ÉQUATORÎA.LE. 07
d'une courte jupe de cotonnade imprimée, et d'un bonnet de coton graisseux. Immédiatement derrière lui venaient quelques individus portant des calebasses de « mead », espèce d'hydromel composant une boisson très-enivrante, que l'illustre chef tenait à honneur de boire de compagnie avec le voyageur blanc.
Pendant son séjour chez Mona-Pého, M. Cameron reçut aussi la visite d'un individu vêtu, de la tête aux pieds, d'une sorte de maillot ou de réseau de fabrication indigène, teint en bandes horizontales noires et blanches, et porteur d'un masque représentant une figure de vieillard avec d'énormes lunettes, et agrémenté par derrière d'une sorte de fourrure grise. D'une main, ce personnage tenait un long bâton, et de l'autre une sonnette, qu'il agitait continuellement. Il était suivi d'un petit garçon chargé de recueillir les dons qu'on lui faisait. Cet être étrange était un « faux diable ». Sa fonction consistait à effrayer les diables qui hantent les bois du Kibokoué et qui sont aussi nombreux que puissants, mais qui, par bonheur, sont en même temps très-jaloux les uns des autres. Les vraisdiablesn'aimentpasàsetrouveren contact entre eux, et les faux diables en profitent pour les faire déguerpir, en leur donnant le change. Aussi ce métier de faux diable est fort lucratif et rapporte, paraît— il , de beaux honoraires aux gens qui s'y consacrent.
Le Kibokoué est un pays très-montagneux, très-
<J6 NEGRES ET PArOUS.
boisé, Irès-arrosc, et ne produisant guàrc que de la cire d'abeilles. 11 formait autrefois un seul État, mais il appartient aujourd'hui à quatre chefs indépendants les uns des autres.
Quelques jours après avoir quitté Mona-Pcho et traversé plusieurs villages, les voyageurs passèrent vers les sources du Loumcdji, qui, à sa naissance, n'est guère qu'un ruisseau de .2 mètres de largeur avec 1 mètre de profondeur. Puis ils entrèrent dans leKimbandi, où ils rencontrèrent les premières caravanes régulières du Bihé en quête de cire d'abeilles, et quelques autres se rendant au Katanga, et conduites par des esclaves de Silva Porto, marchand de Benguéla, bien connu des géographes par ses voyages, en compagnie de Saïd-ibn-Hubid, exécutés en 1852-1854.
A mesure qu'on approche du Kouanza, le pays devient plus montagneux. Cette rivièie partage en deux le Kimbandi. Au point où M. Gameron la traversa, elle avait quelque 00 mètres de largeur et 3 ou 4 de profondeur: elle est navigable encore à quelque distance au-dessus. On n'était plus alors qu'à une marche de Koniananli, village indigène auquel était rattaché l'établissement d'Alvez. Au bout de quelques heures, la caravane arriva à un village qui semblait plus prospère et plus civilisé que les autresetqui appartenail à deux mulâtres d'extérieur fort respectable. Non loin de là était la rivière Ko-
kéma et le village de Kapéka, appartenant à un autre mulâtre nommé Francisco-Domingo Camoen, lequel possédait un troupeau d'une quarantaine de bêtes à cornes importées des pays cafres. Toute cette région était charmante de verdure et d'effets pittoresques.
A Komananki, M. Cameron se séparait enfin d'Alvcz, de la compagnie duquel il avait eu si peu à se louer durant leur long trajet commun. L'obligation de se procurer des guides et diverses provisions le retint huit jours encore avec ce personnage. Enfin, le 10 octobre, tout était prêt et, sous la conduite d'un noir civilisé, natif de Dondo, nommé Manoel, associé d'Alvez, mais plus respectable que celuici , et qui devait se comporter infiniment mieux , notre voyageur se mit définitivement en route pour Benguéla.