LA PÉTROLIE ET LA FIÈVRE DE L'HUILE
En Amérique, après la Californie, la Terre- Promise, c'a été.... laPétrolie, et l'on peut dire que ce l'est encore, le pétrole occupant aujourd'hui le troisième ou le quatrième rang parmi les produits des États-Unis. Là les fleuves ne sont pas de lait, de vin ou de miel, mais d'huile. « Cette huile, comme a pris soin de l'expliquer M. W. Russell, le narrateur plein de verve qui le premier a détaillé par le menu à ses compatriotes d'Angleterre les mystères du lieu et les mœurs excentriques des habitants aux premiers temps de la découverte, cette huile, sans doute, n'est pas absolument celle dont les flots sortis du rocher
?56 SCÈNES DB " ™ AMÉRICAINE
"Ode, mais elle " ° mac » en aceom-
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LA PÉTROUE.
Quoi qu'il en soit, on n'a pas vu de notre temps un Eldorado pareil au pays qui la produit. Sous sa douce influence, poursuit notre cicérone, un vaste district sauvage, sec et désolé de laPensylvanie est né tout à coup à une vie nouvelle. Des fermes solitaires ont été converties en cités populeuses ; des rivières que visitaient seules des barques de pêcheurs, sontaujourd'huLencombrées de bateaux à vapeur et de chalands; les forêts sont sillonnées par les locomotives , et la rive bourbeuse qui s'appuyait contre la colline est devenue un quai bordé d'hôtels, d'habitations, de réservoirs à pétrole, de restaurants et de magasins. L'huile, aspirée ici par des pompes, jaillit un peu plus loin en sources vives, et la foule se précipite là où le précieux liquide arrive à la surface avec le plus d'abondance. Des fortunes énormes sont faites ou plutôt se font elles-mêmes en un jour. Les chiffres qu'on cite sont étourdissants, il n'existe pas d'exemples semblables de fortunes soudaines. Les merveilleux butins des premiers conquérants espagnols ne sont rien, comparés à cela. Il ne s'agit point seulement ici d'une
Pézénaa (Hérault), est à peu près la seule que l'on connaisse bien en France, ce qui a valu au pétrole le nom A' huile de Gabian. Elle a été découverte en 1608. 11 en existerait d'autres parait-il, en Alsace.
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valeur représenlant la richesse m «•
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LA PftTROLIE.
de ne pus fumer, plus d'un imprudent brave le danger et fume.
Tout est saturé d'huile autour de vous : la boue dans laquelle vous vous enfoncez, chaque fil des vêtements qui vous couvrent... ajoutons môme les conversations de la population tout entière. Vous n'entendez parler là que de la hausse ou de la baisse de l'huile, et de la richesse ou de la pauvreté de tel ou tel lot. L'huile envahit tout votre être, votre nez, vos yeux, vos oreilles, les pores de votre peau, vous eu avez même en permanence le goût dans la bouche. Vous arrêtezvous à contempler les beautés du paysage, la brise vous apporte l'odeur de l'huile mêlée aux parfums des fleurs sauvages, et l'huile encore couvre la surface du lac de taches irisées aux reflets métalliques. Les maisons, les meubles, les chemins de fer, les bateaux, les chevaux, les hommes, tout est couvert d'huile. Les gens les plus délicats,, les plus dédaigneux, s'abandonnent h la graisse, à la malpropreté et aux baillons. Quand leurs vêtements deviennent trop tachés ou trop pesamment chargés d'huile pour pouvoir être portés plus longtemps, ils vont s'habiller de pied en cap à un magasin de confections et jettent leurs vieux habits à la rue. Ils se gardent bien
SCÈNES DE LA VIE AMÉRICAINE
de les brûler i,s pueraient d incendier la ville et de faire de la Pétrolier désert ou un volcan.
Chacun ne vise qu'à une chose .-gagner de Fargent; le bien-être, la propreté, la dignité personnelle, la vie elle-même, tout doit céder devant ce eut unique.
Jusqu'à présent, l'huile, quelle qu'en soit la nature, avait un mauvais renom dans l'Europe occidentale, plus mauvais même qu'elle ne le méritait La cargaison d'un baleinier heureux n'est désagréable à l'odorat que quand elle commence à fondre en approchant des côtes favorisées du soleil. Les
abncants de suif conservent leur appétit et leurs dehors florissants. L'odeur de la machine à va- Peur, bien qu'un peu écœurante pour le novice est presque imperceptible pour certains individu, '.Iyaasse z d'huile dans une cuisine italienne pour soulever l'estomac de cinquante Septentrionaux; ; les indigènes cependant ne s'en plaignent
ps U est même en France bon nombre d'hôtels ou Ion mange, boit et dort à côté de la lampis-
tene ou immédiatement au-dessus des fenêtres ouvertes de ce laboratoire particulier
A la rigueur, on se fait à tout cela, mais on ne se fait pas au pétrole. La région q ui fournit ce produ.t ne deviendra jamais un séjour habitable.
LA l'ÉTROLIE.
On vivrait plutôt au fond d'une mine de houille, ou dans la ville de Swansea, au milieu des vapeurs du cuivre en fusion. La Pétrolie, c'est la mer Morte vivante, la mer Morte en pleine activité chimique et commerciale, la mer Morte noyant et rejetant ses victimes et les poursuivant partout de ses exhalaisons méphitiques !
Le pays abonde en merveilles géologiques dont on ne tient aucun compte. Qui se soucie du plus ou moins d'antiquité des formations souterraines du lieu? Que les forêts fossiles rendent leur huile et restent en repos, on ne leur en demande pas davantage.
C'est aussi ce que nous ferons ; le côté purement scientifique de la question n'est pas celui qui doive nous occuper d'abord.
Mais, nous demandera quelque lecteur, comment donc le monde s'est-il ainsi trouvé préparé tout à coup à ajouter une aussi énorme quantité d'huile à la consommation déjà existante? A cela nous répondrons qu'à différentes époques rapprochées du temps actuel, d'incroyables efforts ont été faits pour maintenir la production au niveau de cette consommation. La pêche de la baleine et du veau marin languissait, le commerce des suifs russes était eu baisse. Les colonies de l'Angk-
lo.
SCÈNES DE tA VIE AMÉRICAINE.
terre depuis un certain nombre d'années ont
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graisse qu il pouvait donner Ta
même chose s'eat passé dans ,'Amérique du Sud Z ' e , COrameree ^ l'huile de palme Qui d S remplacer en Afrique la MM des abiS e ê„ -ré à, •é.at ™d în .eol.i™. A côté décela, ex
r e ;„ D : , 1 acû " sommaiio "°" t ^^d a :
«ne proporl.on considérable. 0„ a de plus en gj teo» «l'huile pour les machines à vapc -
tous les jours des découvertes ayant pour objel la
c overs,„„ en huile d'une fouie de ma îéres élranf s : i S ' d Ii , r lle ''--t„i à dcsco mb i„ais„l T". d ' fflc,les 1» e "esagréabies souvent. Enfin depms quelques années, la consommation Ml menacée d'être arrêtée court.
On a déjà calculé le temps que pourraient durer encore les vastes houillères de la Grande-
Brea g n e , celles d e ,a Belgique, de l'Allemagne et * la Fra " cc ' ••« forêts ont disparu du sol bri anntque; elles son, en train de disparaître du sol tan C a,s et du sol allemand. Les États de l'Europe o„ne„, a , e loin de prohiber l 'importation d
2. eu/,? ' MeS '. f0rl ' des '™'«P0- .'attirer cta eux. Il y avmt donc crise pour la gigan-
LA PÉTROLIE.
tesque consommation de cet article, quand tout à coup la terre a ouvert sa cassette et a montré, là où on s'attendait le moins à les y trouver, des trésors d'une incalculable richesse, et nous voilà pourvus pour longtemps d'immenses approvisionnements d'huile, c'est-à-dire de combustible, de lumière et de tout ce que peut donner ce nouveau produit.
Ne nous plaignons donc pas trop de la malpropreté et de l'odeur repoussante de cet article ; ne le demandons pas enveloppé d'un peu plus de poésie. Le travail est toujours poudreux, barbouillé, graisseux ou pire encore. C'est la vieille malédiction qui pèse sur les fils d'Adam et qui les poursuit jusque dans le développement le plus récent de l'industrie et de la richesse.
Le voyageur qui reverrait aujourd'hui, à plus de vingt ans de distance, le pays sauvage et bien rarement visité que la découverte du pétrole a rendu tout à coup si célèbre, aurait peine à le reconnaître. La métamorphose était peut-être plus surprenante encore trois ou quatre ans même seulement après cette découverte, par suite de l'absence de transitions graduelles. A part les rivières et les montagnes, tout y avait changé d'aspect. Au lieu de forêts et de cours d'eau solitaires
SCt " S ™ « VIE MÉ.,CA„, E .
fréquentés seulement de temps à autre par des sports™» enthousiastes, on retrouvai, ,„„, à
coupdesvi,,osetdesvi llag esa„i m ésdera ite la P^»™'a^ une ac,ivi,é qui n'a sa pareille en ucun endroit du globe. Dans ee eoort espaee 1 from ou quatre ans, la Pé.ro.ie, avee les incalculables nchesses de sou sol, était devenue une
pussanee dans Itta,, et c„a q „e jour «endai. son neneee, ajoutai, a la liste des colossales forlunes reahsées eu l'espace d'une semaine par les possesseurs de quelques arpeu.s misérab en
cutoves sur lesquels il avait é,é trouvé de, Ce o» pari heureux spéculateur dou, la sonde ,' rencontré une ahondan.e source de pétrole
ré-L™' T' " Pr ° Priété maléric,le * oe„e regmn s est accrue dans une proporlion làbn-
euse e, l«n peut affirmer sans exagération qu'à '00 kdomeires à la ronde autour d'Oil-Cily il v a mamtenan, plus de villes qu'on ne comptai, de hameaux ou même de fermes il y a vingt ou vmgi-deux ans. 8
Curry par exemp|e| (m ^
pauvre ferme don, le maigre sol eu, élé bien paye, bahmenis compris, au prix d'un franc l'are.
Coa„ un simple heu de halte pour les sponsmeu en lonrnec de chasse dans les vallées qui sont a,,
LA PÉTROLIE.
jourd'hui le siège par excellence des exploitations du pétrole. Or, Corrydès 1865 était passé à l'état de ville de 10,000 habitants. C'est là que 1' « Atlantic and Great Western Railway » a son grand dépôt. Corry est l'un des principaux centres du commerce de l'huile ; on y compte une vingtaine de banques et plusieurs journaux, on y a construit un grand théâtre pour l'opéra. Tout cela a été l'œuvre de quatre années, et le site même de cette ville, où il se fait pour 76 millions de francs d'affaires par an, et où le terrain se vend plus cher le mètre qu'au centre de Paris ou de Londres, eût pu, il y a vingt ans à peine, être acheté moyennant une centaine de mille francs.
Corry est un exemple entre cent autres. Rouseville, Plummer, Titusville, Franklin, plus jeunes que Corry de deux années, ont vite rivalisé avec lui en étendue et en importance. Oil-City, qui ne date que de 1862, est un phénomène delà même espèce qui peut lutter avec Corry, et qui n'a de plus extraordinaire que Pithole-Cily, une cité qui,, vieille seulement de quatre mois, voyait de tous les points d'alentour accourir vers ses merveilleuses sources des armées de spéculateurs.
Jamais les mines d'or de la Californie ou de
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l'Australie ne produisirent fièvre pareille à celle £ * " a " re "»" *U*M K Oocouverte des „„
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ou .1 s g,, de nsquer 25,000 francs pour la chance de gagner ô on 6 millions. S ,, y bea „. ™» àe bi " els »»", il y e„ a aussi beaucoup le Pu- et qnand les primes sortent, elles „ "emen, hors de proportion avec rénjé ,. (
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a ™er du Sud e„ Angleterre et de la banque de Law en France n'est rien, comparé à la rage de
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Là tout ramonnement était supcrllu. Que dire 1»wd o„ «montrait, omm 0R fe ftiMj( ,
LA PÉTROLIE.
chaque instant, des associations de cinq ou six rudes travailleurs qui, connaissant le pays, se mettaient à la recherche du pétrole et, moyennant 40,000 ou 50,000 francs, arrivaient à forer un puits si productif, qu'en moins de huit jours ils avaient trouvé à le vendre plus de six millions, avec une part de moitié dans le profit, et cela pendant un an, un an et demi ou deux ans? Que dire, d'un autre côté, quand on rencontrait des hommes qui, ayant perdu courage ou n'ayant plus d'argent, ou même étant à la fois découragés et ruinés, avaient vendu leur part d'intérêt dans un forage de puits pour un cheval et 50 francs, afin de pouvoir quitter le pays, et qui, avant d'être arrivés chez eux, apprenaient que l'entreprise avait fini par tourner à bien, et que leur part de 50 francs s'était vendue 50,000? Raisonner, en pareil cas, eut été absolument hors de propos. Chacun savait dans ces régions qu'il avait sa fortune daus la main, et il ne lâchait pied que quand il avait joué sa dernière carte.
Toutefois le paroxysme de la fureur de spéculation est passé, une connaissance plus approfondie des terrains pétrolifères et des modes d'exploitations à leur appliquer a régularisé les choses et retiré les entreprises des mains des spécula-
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M. PÉTR0L1E.
des fortunes en vendant de bons puits bon marché, et d'autres qui feront des fortunes plus mandes encore en vendant de mauvais puits
cher.
En 1 866, six ou sept ans à peine après le forage des premiers puits, il existait en Amérique 1458 compagnies pour l'exploitation du pétrole pensylvanien et disposant d'un capital de 4 milliards 548 millions de francs. Avec l'énorme extension donnée à cette industrie, aujourd'hui que lenombre des puits qui ont été forés dans la région pétroléogène de la Pensylvanie seulement, c'est-à-dire dans une zone de 100 kilomètres environ de longueur sur 15 ou 16 de largeur, a été évalué à 15,000, on peut juger de l'énorme proportion dans laquelle tous les chiffres ont grossi, comme aussi des progrès de tout genre nécessairement apportés dans les modes d'exploitation.
Le lecteur trouvera sur ces divers points quelques données précises à la fin de ce chapitre. Ce que nous voulons pour le moment, c'est lui présenter le tableau aussi fidèle que possible de ce qu'était la Pétrolié à l'époque de la visite de M. W. Russell, c'est-à-dire aux beaux jours de l'acuité de la « fièvre de l'huile ». Pour ce faire, nous n'avons qu'à continuer à suivre celui-ci dans
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