‹ Récits de voyagesChapitre 9 sur 13 · LE FORAGE DES PUITS · texte numérisé non relu

LE FORAGE DES PUITS

Il n'est probablement pas dans le monde entier, et certainement il n'est pas en Amérique une contrée où la propagation des frelons, comparée à celle des abeilles, soit si minime que dans cette région. Non seulement on y vient pour travailler,

LA PÉTROLIK.

ce qui est déjà quelque chose, mais on travaille effectivement, ce qui est tout différent. Du point du jour à la nuit, tout le monde est à son poste, et si Satan ne trouvait à faire de recrues que chez les paresseux, son métier serait tout à fait perdu en Pétrolie. Il y a, disons-le, un grand stimulant à cette activité excessive, c'est qu'à moins de travailler avec ardeur il n'est pas possible de vivre. Le prix des objets les plus indispensables, nourriture, vêtements et logement, ont plus que triplé en Amérique depuis un certain nombre d'années. Le taux des salaires est énorme dans la région de l'huile, mais par contre, le prix des denrées est énorme également. A quoi sert que la journée d'un conducteur de chariot aille à 200 francs, si, pour vivre, lui et ses deux chevaux, il lui faut en dépenser cent cinquante? Cela lui fait, il est vrai, un bénéfice de 60 francs ; mais ce bénéfice, il l'achète au prix d'une existence de fatigues et de privations à laquelle, si hardi qu'il soit, il hésiterait à s'exposer ailleurs aux mêmes conditions.

Aussi n'y a-t-il que les individus les plus forts et les plus résolus qui puissent supporter la vie sauvage de cette région. C'est ce qui fait que la contrée passe pour très salubre, la maladie étant rare chez sa robuste population de mineurs, de

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manouvriers et d'aventuriers endurcis sous le climat de la Californie. Il est permis pourtant de douter de la salubrité d'un district où les deux maladies régnantes sont le typhus et la dissenterie typhoïde, et où l'une et l'autre vous tuent assez prestement. Ces affections ne sont le résultat ni d'une mauvaise nourriture ni d'excès de boisson; il est extrêmement rare de rencontrer un homme ivre. Les vices du lieu sont le jeu et un langage toujours émaillé de jurons. Le premier est la conséquence presque naturelle du genre de spéculation auquel on se livre ; l'autre est une simple façon de parler, un dialecte local, dont tout le monde se sert même dans la plus simple conversation.

A côté de cela, toutefois, il est une vertu très importante dans laquelle les Pétroliens ont peu d'égaux, c'est leur hospitalité envers les étrangers. L'hospitalité chez eux est complète et offerte libéralement à tout venant, mais par-dessus tout aux Anglais. Si vous arrivez pour spéculer, vous êtes gibier de bon aloi. Malheur à vous donc et à vos infortunés dollars, si vous ne connaissez ni le pays ni ses habitudes ; ces calmes et flegmatiques Pensylvaniens ont enfonce les plus fins matois de la Nouvelle-Angleterre et leur ont vendu sans re-

LA PÉTROLIE.

mords pour des sommes fabuleuses de petils lots de cr terres sèches » qui, en tant que terrains à exploiter l'huile, ne valaient pas un rouge liard. Mais si vous n'êtes ni inventeur, ni spéculateur, votre sécurité est entière. « Si avec cela, — écrit avec un certain orgueil patriotique le correspondant du Times, notre excellent guide dans la région de l'huile, dans cette Pétrolie des premiers temps aujourd'hui bien transformée pour le plus grand bénéfice du commerce et le plus grand confort des habitants et des voyageurs, — « si avec cela vous êtes Anglais, vous êtes accueilli à bras ouverts et tout le monde se dispute, la faveur de vons héberger. »

La première fois que M. Russell visita la Pétrolie, il y était venu seul, et personne ne savait son nom ni sa profession. Il y était venu, au fait, en simple touriste anglais, l'espèce la plus flâneuse des êtres humains. Néanmoins, dès qu'on sut qu'il y avait en ville un chasseur de nouvelles de l'espèce susdite, tous les propriétaires de puits vinrent, l'un après l'autre, le trouver sans façon pour s'informer s'ils pourraient lui être utiles, mettre des chevaux à sa disposition, lui offrir des guides, — en un mot lui faciliter toutes choses, de la plus petite à la plus grande,

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