‹ Récits des temps révolutionnaires; d'après des documents inéditsChapitre 12 sur 17 · LA MORT DF: PICHEGRU · texte numérisé non relu

LA MORT DF: PICHEGRU

dos bruits accusateurs, vagues et confus encore, mais qui, bientôt, devaient se préciser, et à la version du suicide opposer celle de l'assassinat.

Ces rumeurs firent le tour de l'Europe. Louis XVIII en avilit l'écho à Varsovie où il résidait alors, et d'où, le 22 avril, il écrivait à son frère : « J'apprends dans l'instant la fin tragique du brave et malheureux Pichegru. Si elle a été volontaire, — ce dont il est bien permis de douter, — païen, je l'eusse peut-être admirée; chrétien, elle ajoute encore à mes peines ».

Les propagateurs de la calomnie accumulaient, pour la fortifier, des inventions mensongères, et entre autres celle-ci, basée sur le prétendu témoignage d'un médecin présent à l'autopsie. On avait, disait-on, extrait du poison des viscères du mort; mais ce poison, mis dans un gobelet, avait ensuite disparu; — accusation aussi dépourvue de vraisemblance que de preuves, à laquelle on pouvait objecter que, si l'on avait empoisonné Pichegru, on n'aurait pas eu besoin de l'étrangler ensuite.

Néanmoins, ces inventions forgées à plaisir faisaient leur chemin, prenaient bientôt assez <le consistance pour affaiblir l'autorité des dénégations légitimes qu'on y opposait et pour que, plus

d'un siècle après l'événement qui les provoqua, il ait continué de nous apparaître comme mystérieux. Mais, si le doute qu'il suppose sur la cause de la mort de Pichegru était permis aux contemporains, il ne saurait l'être aux hommes de nos jours. Les historiens de bonne foi ont fait justice d'une accusation que ne mérite pas Bonaparte et que son intérêt même, loin d'exiger qu'il s'y exposât, lui commandait de ne pas encourir.

En laissant vivre Pichegru, il se faisait honneur, la clémence d'un victorieux envers un vaincu ayant toujours été un titre de gloire pour celui qui l'exerce. D'autre part, Pichegru, déshonoré par sa trahison antérieure, avili par un complot qui tendait à l'assasinat, ne pouvait plus devenir jamais un rival redoutable pour Bonaparte, et c'est en vain qu'on cherche le profit que celui-ci pouvait retirer et retira de sa mort. En faisant grâce à Moreau, qui était pour lui un rival bien autrement dangereux e* qu'il lui eût été aussi facile de faire assassiner, il prouva, quelques semaines plus tard, qu'il eût fait grâce à Pichegru. Il était, à cette heure, placé assez haut pour dédaigner l'adversaire désormais flétri, dont la mort ne pouvait en ajouter aux terribles exemples par lesquels, dès

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