AUTOUR DE HOCHE
famille pour moi et ma bonne Adélayde en particulier. »
L'espoir si vague d'une délivrance prochaine que Hoche exprime dans cette lettre ne devait pas se réaliser. Il avait été mis en état d'arrestation au commencement d'avril; au mois d'août, sa captivité durait encore. Elle ne cessa que le 4 de ce mois, huit jours après le 9 thermidor. Il dut sa liberté à la chute de Robespierre.
Le marquis des Roys était parvenu à mettre la main sur la presque totalité de la correspondance de Hoche pendant sa détention. Elle consiste surtout en petits billets, écrits à la hâte sur des bouts de papier, voire sur les notes du restaurant qui lui sert ses repas. Tour à tour, il donne de ses nouvelles, remercie des démarches qu'on fait pour lui, se plaint d'être oublié et laisse voir, en un mot, le découragement, l'amertume, la révolte dont a rempli son cœur l'inique traitement qu'on lui inflige. Il ne sait d'ailleurs de quoi il est accusé, car on ne l'interroge pas ; on semble ne vouloir pas s'occuper de lui. C'est sans doute à cette indifférence qu'il dut son i^alut.
Aux Carmes, il avait rencontré le capitaine d'artillerie Jean-François de Thoiras, arrêté, lui
aussi, sans plus de motif. Le capitaine avait vingt-deux ans; le général en avait vingt-cinq. Ils se connaissaient déjà. Mais, à la faveur de leur malheur commun, leur amitié se fit plus étroite. En messidor, elle fut brisée par le bourreau.
Un matin, Thoiras est appelé au tribunal révolutionnaire avec une fournée. C'était la mort. Hoche assistait au départ de son ami; il tenait à la main quelques roses.
« Donnez-les moi, lui dit Thoiras, et gardez ma montre en échange. »
Et cet échange accompagne leurs derniers adieux.
Transféré à la Conciergerie, Hoche y fait la connaissance de Joséphine de Beauharnais. Que se passe-t-il entre la future impératrice et le général Hoche? A quels aveux les conduisent, l'un et l'autre, les mélancoliques loisirs de la prison? Ce qui suit permet de le soupçonner. Le lendemain du mariage de Joséphine avec Bonaparte, Hoche, qui se battait alors cofitre les Vendéens, ffiâricfo de Vannes à un ami qu'il a oc redemandé ses lettres à Mme B... Je ne me soucie pas que son mari connaisse mon style
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amoureux à l'égard de ecUe femme. Comme elle a
Des héros de son temps obtenu les faveurs,
je la méprise ». Mot singulièrement cruel de la part d'un homme à qui elle n'avait rien refusé, moins cruel cependant que ce qu'il disait plus tard à Barras. « Il faut avoir été en prison avec elle pour l'avoir pu connaître aussi intimement; cela ne serait plus pardonnable quand on est rendu à la liberté.
Enfin sonne l'heure de la réparation. Reconnu innocent, Hoche revoit ses amis dont les acclamations saluent sa délivrance. Il se dérobe à leurs embrassements pour écrire à sa femme que, dans sa prison, il a pu « négliger conjugalement », mais qu'il aime par-dessus tout : « Je suis libre, Adélayde; rendons grâces au ciel! Je m'en vais à T hinnville, à pied, comme il convient à un républicain. Adélayde, Adélayde, quel mari tu as, le pauvre homme! »
J'en ai assez dit pour démontrer quel intérêt présentent ces papiers de Hoche, écrits en marge <!«' sa vit» si pleine et si courte, et recueillis ou
conservés par son petit-fils avec tant de sollicitude et de respect.
A côté de ces souvenirs de sa main, on trouve à Gaillefontaine d'autres reliques de lui. C'est d'abord, indépendamment d'un délicieux portrait en miniature, un exemplaire de tous ceux que nous devons — et ils sont innombrables — à la gravure ou à la lithographie; c'est ensuite son uniforme, son épée, sa montre, celle de Thoiras, une tabatière informe en écorce d'arbre, les pauvres bijoux, — une chaînette-collier et une paire de boucles d'oreilles, anneaux à médaillons — qui formaient la corbeille de noces, offerte à sa fiancée, et enfin l'inventaire de sa fortune, tel qu'il fut dressé après sa mort, constatant qu'il laisse à ses héritiers un avoir total de 63,000 francs, y compris ses chevaux, sa sellerie et sa batterie de cuisine. On ne s'enrichissait pas toujours, en ce temps-là, au service de la République, et Hoche a été de ceux dont le désintéressement est au-dessus du soupçon.
Tel qu'il apparaît à travers les lettres que nous venons de reproduire, on voudrait pouvoir effacer de sa vie la part qu'il prit au 18 fructidor et où se révèle en lui, de la manière la plus imprévue, une