LA MORT DE PICHEG11U
Vers la fin de février 1804, un matin, les Parisiens, à leur réveil, eurent une singulière, et fâcheuse surprise. Des affiches, placardées dès l'aube, leur apprenaient qu'à dater de ce jour et pour un temps indéterminé, les barrières de Paris seraient fermées et que personne ne pourrait sortir de la capitale sans une autorisation de la police. Des factionnaires à toutes les portes, des cavaliers constamment en promenade le long du mur d'enceinte, avec ordre de tirer sur quiconque tenterait de le franchir, et enfin, sur la Seine, à l'effet d'en surveiller les rives, des matelots à bord de chaloupes armées, étaient chargés d'assurer l'exécution de cette consigne rigoureuse.
Elle était dictée au gouvernement par la nécessité d'arrêter sans délai divers individus convaincus, sur la foi des dénonciations d'un de leurs complices, d'avoir ourdi un complot contre la vie du général Bonaparte, Premier Consul. Par une disposition complémentaire de ces graves mesures, défense était faite aux Parisiens de donner asile aux « assassins », sous peine de se rendre passibles des peines édictées par les lois contre les auteurs d'attentats à la sûreté publique.
Au moment où renaissait ainsi, dans un but de conservation sociale, un régime de terreur, plusieurs des conspirateurs étaient déjà incarcérés, et, parmi eux, bien qu'il n'eut pris aucune part au complot, le général Moreau, le glorieux vainqueur de Ilohenlinden, soupçonné alors d'avoir encouragé leurs projets. En revanche, le fameux chouan Georges Cadoudal et le général Pichegru, considérés par la police comme les metteurs en œuvre et les chefs de la conspiration, demeuraient introuvables, en dépit d'efforts multipliés pour s'emparer de leur personne. Leur arrestation devenait d'autant plus nécessaire que l'opinion, toujours frondeuse, trouvait dans les recherches infructueuses un prétexte à railleries.