‹ Récits des temps révolutionnaires; d'après des documents inéditsChapitre 8 sur 17 · LA MORT DE PIC H EG RU · texte numérisé non relu

LA MORT DE PIC H EG RU

la tête aux pieds, l'enlever à moitié nu. Une yoiture attendait dans la rue; on l'y porta comme un paquet et on le conduisit chez le grand juge Régnier, qui le fit comparaître devant lui, en présence de plusieurs témoins réunis à dessein; on comptait sur eux pour répandre dans Paris la nouvelle de l'arrestation, pour confondre les incrédules qui s'obstinaient à nier l'existence d'un complot et à prétendre que les soi-disant conspirateurs n'avaient pas quitté l'Angleterre.

Devant tout ce monde, Pichegru recouvra son calme; il cessa toute résistance, et, s'étant habillé, il subit un interrogatoire sommaire, à la suite duquel il fut envoyé à la prison du Temple.

De même qu'il avait voulu faire grâce à Moreau, Bonaparte voulait faire grâce à Pichegru, et, puisque celui-ci connaissait Gayenne où il avait été proscrit, lui confier le soin de coloniser, — au profit et avec l'aide de la France, — cette terre lointaine. Pichegru était emprisonné depuis plusieurs jours lorsque Real se présenta au Temple pour lui faire pari (\r* propositions de lîonaparte. Il commença par douter de leur sincérité : peutêtre, en les lui faisant, ne voulait on que le [tousser à des aveux et à trahir ses complices.

Puis, devant les assurances de Real, ses défiances parurent se dissiper; il se montra sensible aux offres généreuses dont il était l'objet. On doit même supposer qu'elles eurent pour effet immédiat de mettre un terme à ses angoisses.

Mais, le bien-être qui en était d'abord résulté pour lui, ne dura pas. Soit qu'il eût subi l'influence douloureuse de la solitude jusqu'au point d'interpréter l'abandon dans lequel on le laissait au fond de sa prison, comme la preuve d'un changement dans les dispositions du Premier Consul; soit que la nouvelle de l'arrestation de Georges et de ses complices et celle de l'exécution du duc d'Enghien lui fussent parvenues et lui eussent fait supposer que, quoi qu'on lui eût dit, il ne serait pas épargné, il tomba dans un abattement qui devaient le ramener à ces idées de suicide dont on l'avait déjà vu antérieurement obsédé.

Elles durent s'emparer de lui de nouveau et avec plus de force. Ce qui autorise à le croire, c'est que, le 3 avril, il faisait acheter une édition latine des épîtres de Sénèque. Cette demande, sur le moment, n'attira pas l'attention; mais, lorsque, après son trépas, on trouva le volume à son chevet, elle fut considérée comme la preuve

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