‹ Récits des temps révolutionnaires; d'après des documents inéditsChapitre 9 sur 17 · LA MORT DE PIGHEGRU · texte numérisé non relu

LA MORT DE PIGHEGRU

qu'avant de mourir il avait cherché, dans les maximes de l'illustre moraliste païen, une justification de la mort volontaire. A cette date du ;> avril, il y avait près de six semaines qu'il était au secret et, plus que jamais, dans une ignorance totale du sort qu'on lui réservait.

Dans les bâtiments du Temple, il occupait une chambre au rez-de-chaussée, qui ne recevait la lumière que d'un étroit préau où, pendant quelques instants chaque jour, il pouvait se promener, mais toujours seul, sous le regard vigilant de deux gendarmes. Il ne voyait personne, sinon ses gardiens; il ne pouvait causer avec personne, si ce n'est avec le porte-clés Papon, sous la surveillance duquel il se trouvait plus spécialement. Il passait ses journées dans cette chambre, tantôt assis, tantôt la parcourant de long en large, sans autre distraction que la lecture. Très érudit, assez versé dans les langues anciennes pour traduire à livre ouvert les classiques latins et grecs, elle avait toujours été, pour lui un plaisir.

Ce soir-là, Papon, qui lui avait servi à souper, vint, à dix heures, fermer la porte de la chambre, ainsi qu'il en avait l'habitude. Ordinairement, cette formalité accomplie, il allait, déposer la clé dans les mains du concierge. Par suite d'un oubli dont il s'accusa ultérieurement, il la garda dans sa poche, où il la trouva le lendemain au saut du lit.

La nuit s'écoula sans incidents. Les deux gendarmes de garde entendirent d'abord, à plusieurs reprises, le général tousser et cracher. Mais, le silence s'étant fait ensuite, ils crurent qu'il s'était endormi. Jusqu'au matin, ils ne perçurent aucun bruit. A sept heures, le porte-clés se présenta pour allumer le feu, s* attendant à trouver, comme toujours, Pichegru réveillé, et à l'entendre lui adresser quelques paroles bienveillantes. Mais, à sa grande surprise, le prisonnier ne bougea pas.

En ce moment, la conduite de Papon, telle qu'elle nous est révélée par sa déposition, est si extraordinaire, si dépourvue de vraisemblance qu'on en doit conclure qne cette déposition a été modifiée

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