‹ Récits du seizième siècleChapitre 13 sur 25 · A VIRET · texte numérisé non relu

A VIRET

(Pendant la maladie de sa femme Elisabeth Turtaz).

Janvier 1M6.

...Je te salue ainsi que ta compagne dont nous recommandons continuellement la santé à Dieu dans nos prières. Sache que nous n'éprouvons pas moins de sollicitude pour elle que si elle était pour chacun de nous une épouse, une fille chérie. Dieu la conserve et te soutienne par son Esprit de consolation.

AU MÊME

22 février 1M6.

...A ce que je vois, Textor n'a guère plus d'espérance au sujet de ta femme. Il est superflu de t'exhorter à une chrétienne résignation, quoiqu'il arrive. Que ne puis-je voler à Lausanne pour t'aider à supporter cette épreuve, ou du moins pour pleurer avec toi! Mais je suis hors d'état de supporter un si long voyage à cheval. S'il t'arrive malheur, je n'ai qu'un désir, c'est que tu viennes passer quelques jours ici. Adieu, très-bon frère, Dieu te soutienne et te console.

AU MÊME (Après la mort d'Elisabeth Turtaz).

Mars 1546.

Viens, cher ami, non-seulement pour faire trêve à ta juste douleur, mais pour fuir tout souci. Ne crains pas que je t'impose le moindre fardeau. Tu pourras te reposer tant que tu voudras. Si quelqu'importun se présente, je serai là pour l'écarter. Nos frères te donnent la même assurance, et tu peux compter sur la discrétion de tous nos concitoyens.

Je ne saurais te dire combien j'en veux aux méchants qui avaient déjà répandu le bruit de ta mort. Rien ne pouvait arriver plus à propos que ta lettre. Quand les nouvelles alarmantes nous sont parvenues, comme on parlait de poison, Textor allait partir, voler à Orbe à bride abattue. A la vue de ta lettre, un cri de joie s'est élevé ; nous n'étions pas maîtres de le contenir. Dieu soit béni de ce que nous n'avons pas eu ta perte à pleurer ! Je n'aurais pas survécu à ce coup. Mais pourquoi te retarder encore? Je dois te stimuler bien plutôt au départ. Arrive donc, sans perdre un instant... Dieu te garde avec le reste de ta famille. Ton

Jean Calvin.

AU MÊME

Mars 1546.

J'ai différé jusqu'ici de t'écrire, parceque je t'attendais d'un moment à l'autre, selon ta promesse. Si je prends la plume encore une fois, c'est pour le presser de hâter ton départ. Comment se fait-il que tu laisses s'écouler jour après jour? Jean de Tournay m'a dit que tu n'avais pas de cheval à ta disposition. Pourquoi ne pas venir en bâteau?... H à te -toi, cher ami ; tu as grand besoin de te refaire et de te reconforter avec nous. Tous ceux qui arrivent de Lausanne te représentent comme à demi-mort. Si tu résistes à ma prière, je ne t'écrirai plus !... Dieu t'amène sain et sauf près de moi. Ton

Jean Calvin.

AU MÊME

26 mars, après dîner.

Le messager qui m'a remis ta lettre, ignorait d'où elle venait ; je n'ai donc pu te répondre aussitôt que tu l'aurais voulu. J'ai demandé, selon ton désir, que Ton t'envoyât un cheval, sans autre cérémonie. Il

serait arrivé plus tôt, si je n'avais averti nos-amis que tu ne pouvais partir avant la prédication du matin... Si tu pars immédiatement après, tu seras à Nyon avant le soir, et ici lundi pour souper. Surtout ne te fatigue pas, ne te rends à Nyon que lundi. Si tu nous arrives en bonne santé, ce sera toujours assez tôt. Salue nos frères. Adieu.

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