‹ Récits espagnols --Chapitre 3 sur 11 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

BIEN que j'aie dédié mon premiervolume <( Lecturas Recrcativas » à mes amis les abonnés de El viensajero del Sagrado Corazo?i, je dois leur avouer, pourtant, qu'aucune de mes nouvelles ne fut écrite spécialement pour eux. Les lecteurs habituels de El Mensajero sont, pour la plupart, des personnes pieuses, à qui les pratiques et les maximes de la vie spirituelle sont familières. Je n'ai nul besoin d'encourager ces saintes âmes à mener une vie foncièrement chrétienne, en leur présentant les commandements, ou même les conseils évangéliques, sous la forme de nouvelles, ou revêtus des charmes de la poésie, à la façon des modernes guérisseurs qui enveloppent leurs pilules les plus amères dans une couche de sucre et d'or. Ces âmes saintement énergiques ne regardent point les devoirs de la religion, ou les conseils de l'évangile, comme de désagréables remèdes : elles les estiment, au contraire, une source abondante de grâce et de salut, qu'elles recherchent, avec avidité, dans les traités de morale et les livres ascétiques. Pour les chrétiens de cette trempe, Y Imitation de Notre Seigneur Jésus- Christ est toujours intéressante; les œuvres de saint François de Sales, les écrits du Père Luis de Grenada et de saint Alphonse Rodriguez, sont un délassement plein d'attraits.

Mon unique but est d'atteindre ces âmes moins ferventes, — et qu'elles sont nombreuses, hélas! — pour qui la prière et la méditation sont chose fastidieuse ; et ces âmes, plus nombreuses encore, qui ont en horreur toute lecture sérieuse. Avec plus d'instance encore, je m'adresse à cette multitude de chrétiens du monde, qui entretiennent les plus injustes préjugés contre tout ce qui, de près ou de loin, touche à la dévotion. C'est pour le tiède, le frivole, le mondain que j'écris ces nouvelles ; et afin qu'il puisse se pénétrer sans fatigue, sans dégoût et comme à son insu, des

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