‹ Récits espagnols --Chapitre 4 sur 11 · I PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

I PRÉFACE DE L'AUTEUR

divines leçons du Cœur Sacré de JÉSUS, j'ai entremêlé les divers incidents de mes récits de solides principes de religion et de morale.

Cependant, je n'ai nulle envie de conduire les pieux lecteurs de El Mensajero, dans la voie large de la lecture des romans ; lecture, à mon avis, préjudiciable sous tous les rapports. La lecture d'un roman positivement mauvais est à coup sûr pernicieuse, et pernicieuse au plus haut point ; surtout quand ce roman est l'œuvre d'un écrivain de talent. Dangereux, encore, sont les romans qui prétendent adapter les sévères principes de la morale chrétienne, aux aspirations des âmes romanesques, et aux exigences des passions. Leurs auteurs se servent de la pure lumière de notre sainte Religion pour produire des effets esthétiques, et non pour inculquer des principes sains ; pour faire sur l'esprit de leurs lecteurs des impressions agréables, au lieu de les porter à de bons mouvements, de leur inspirer des résolutions fortes, capables de raffermir la vertu ou de provoquer le repentir.

Les romans vraiment moraux, écrits avec de louables intentions et une connaissance parfaite du cœur humain, — mais qui nous détournent, par le fait, de lectures plus profitables,quoique moins attachantes, — ont, à mon sens, un autre grand inconvénient, et mènent à des résultats tantôt comiques,tantôt tragiques. Le roman, comme toute poésie, du reste, tend, pour ne rien dire de plus, à certain idéalisme : il exalte l'imagination du lecteur et évoque dans son esprit un monde purement fictif, tout différent des dures réalités que lui réserve le commerce de la vie : de là des désappointements prématurés, de terribles déceptions, et je ne sais quelle nausée, quand les hommes et les choses se présentent à nous dans la pratique tout autrement que nous ne les avions rêvés.

C'est de la lecture des romans que naît l'erreur de ceux qui cherchent, dans les circonstances et les incidents de leur vie de tous les jours, un reflet des aventures de leurs héros préférés. « j'ai étudié le monde dans les œuvres des poètes, — écrivait Madame de Staël ; — mais je ne l'ai pas trouvé tel qu'ils me ledépeignaient. 11 y a quelque chose d'aride dans la réalité des faits, que

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