PRÉFACE DE L'AUTEUR. VII
nous essaierions vainement de modifier ! » Ce « quelque chose d'aride », c'est l'expérience qui se charge de nous désillusionner, et de nous rappeler que le simple bon sens, encore prosaïque qu'il soit, nous est beaucoup plus utile que les conceptions les plus magnifiques d'une imagination exaltée. Pour qui vit dans les sphères idéales du roman, les brutalités de la vie réelle détonnent comme un coup de foudre dans un ciel serein ; et il en est qui, pour y échapper, vont jusqu'au suicide.
Il ne faudrait pas supposer, cependant, que je songe, même un instant, à condamner les écrivains qu'un talent particulier, une étude consciencieuse du cœur humain, et la constatation de la frivolité des hommes de ce temps, poussent à écrire des romans honnêtes. C'est là une tâche plus ardue qu'on ne l'imagine au premier abord, et un moyen propre à contrebalancer la diffusion desidéesmauvaisesparla propagation desbonnes.
Aujourd'hui, nombre de publicistes, usurpant la chaire du professeur, s'arrogent le droit de créer des entraves à l'enseignement du Christ et d'amoindrir l'influence de son Église. Loin donc d'anathématiser les romanciers vraiment honnêtes, nous concédons volontiers qu'ils ont une mission salutaire à remplir, et nous leur abandonnons le soin difficile de fabriquer un contre-poison capable de détruire la pernicieuse influence que le venin des mauvais romans a répandu partout. Que si vous doutez de l'utilité d'un tel antidote, et que vous vouliez vous rendre compte du bien que peut faire un écrivain catholique doué d'un véritable talent, essayez de calculer, si vous pouvez, les ruines innombrables que les écrivains impies ont faites dans les esprits et dans les cœurs.
Quant à ceux qui n'ont jamais absorbé de poison, ils n'ont pas besoin de contre-poison ; et, comme je l'insinuais plus haut, il vaut mieux que ceux qui ne sont point tentés de lire de mauvais romans, évitent même la lecture des bons, et s'en tiennent à un genre de littérature plus utile et plus grave.
Opposons donc à la fiction pernicieuse, la fiction morale, puisque peu de personnes ont assez de raison et de foi, pour préférer au roman des livres de piété ou de science ; mais évitons de donner, à ceux qui n'éprou-
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vent point ce dangereux attrait, le goût de la lecture des roman 9 même honnêtes.
Le idées que je viens d'émettre, ne sont pas les miennes : ce sont celles de Jérôme et de Grégoire.deux ids saints, doublés de deux grands écrivains. Ainsi pensaient encore et ainsi firent le cardinal Wiseman, le chanoine Schmidt, les Pérès Bresciani et Franco. Telle était aussi l'opinion i\\m illustre évéque espagnol, dont nous pleurons encore la perte. Ayant à rendre compte des œuvres d'un romanciercatholique.il écrivait ce qui suit : <( Si j'avais les talents de l'auteur, je les emploierais certainement à écrire de pareils ouvrages.composés dans le même genre et sous la même forme, dussé-je pour cela, s'il en était besoin, omettre quelques-uns des exercices de mon ministère sacré, tant je suis profondément convaincu que des romans de cette nature sont destinés à produire un bien incalculable! »
Les éditeurs de El Mensajero firent suivre cette préface du P. Luis Coloma, des réflexions suivantes :
C'est dans ce but, uniquement, que nous publions ce modeste volume. Les récits qu'il contient semblent appartenir à la fiction ; mais tous sont bases sur des faits historiques, et c'est ce en quoi ils diffèrent essentiellement du roman pur et simple, dans lequel tout est imaginaire, le sujet et l'enchaînement des faits.
Puisse le lecteur, s'inspirant de la pensée développée dans la préface, considérer ces charmantes nouvelles, comme un moyen de propager la lecture des bons livres parmi ceux que la frivolité, la tiédeur ou les préjugés empêchent de chercher, dans des écrits plus sérieux, la connaissance et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Chkist. « Le premier pas dans le chemin delà perfection, — dit saint Basile, — c'est de sortir du péché, tout comme le premier mouvement que l'on doit faire pour monter à l'échelle est de lever le pied de terre. »
Puissent les Récits du Père Luis Coloma détourner ceux qui les liront de la lecture des mauvais romans, et les amener k chercher la paix du cœur, et les biens spirituels dans des ouvrages plus efficaces, tels que Vf/w'fatiou de N.-S. Jésus-Christ et le Chemin de la perfection de saint Liguori.