LA VIE A SAÏNT-AUGUSTIN, : FLORIDE
Saint-Augustin, 12 février 1882.
s Pour celui qui, comme nous, laisse lo Canada en pleine saison d'hiver — il faisait à Québce, la veille de notre départ, un froid de trente-cinq degrés — c’est un contraste assez saisissant que do respirer, huit ou dix jours plus tard, dans une température quasi-tropicale, et d'avoir à chercher l'ombre sous les orangers chargés de leurs beaux fruits mûrs. Le climat de la Floride, spécialement sur le litto.. ral, du côté de l’Atlantique, est en général des plus agréables, À Saint-Augustin, par exemple — la plus salubre de toutes les villes floridicnnes — le thermomètre se tiont habituellement entre 580 l'hiver et 800 l'été. La neige y est inconnu, et c’est à peine si, tous les quinzo ou vingt ans,
uno.gelée blancho y. vient faire. quelque, tort aux, arbres fraitiors. Quant à la chaleur, elle n'est jamais extrême comme chez, nous, lo voisinage de l'Atlantique tempérant, ici les ardours du soleil, À Saint-Augustin, jamais de fièvre jauno, co fléau de touto la région du sud des Etats-Unis; tandis que, à quelques lieucs plus loin, sur les Lords de la rivière Saint-Jean, à l'intérieur, ot surtout à Jackcsonville, elle sévit souvent avec rago et en chasse les hubitants auxquo!s leurs moyens permettent de venir passer l'été dans les régions plus saines du nord.
Beaucoup de poitrinaires fréquentent Saint-Augustin avec avantase ; on prétend que les asthmatiques y trouvent surtout un soulagement considérable à leur mal. A cct endroit, le rhumatisme est un mal ignoré, ct même les personnes qui apportent avec elles ces douleurs aiguës, résultant do la froidure do nos contrées du Nord, ne tardent pas à les sentir so fondre ct disparaître sous la bicnfaisante chaleur du soleil méridional. “ Quand j'arrivai ici, il y sept on haitans, nous disait M. de Lauréal, aimtible gentilhomme français, étubli depuis quelques années en Florido, j'étais perclus de rhumatisme et ne marchuis que péniblement, avec l’aide d'une canne, Après quelques mois de séjour en cette ville, j'étais parfaitement guéi 4, Chasseur obstiné, sinon Nemrod émérite, je passe au moins un jour de la semaino à battro les, bois marécagoux, qui eptouront. la ville ; la plupart du . tomps dans l'egu
jurqu'à mi-jambe, je reste toute la journée mouillé sans en éprouver jamais ie moindre inconvénient ; et j'ai maintonant soixante-quatorze ans bien comptés.”
La nature géologique de la majeure partie du littoral de la Floride, du moins du côté de l'Océan — le sol y étant composé de bancs do sable et do coquillages apportés par la mer dans la succession des siècles — fait que nos céréales et notre fourrage n’y peuvent point venir, De là, extrême rareté des bestiaux, que l’on fait venir à grands frais des Etats du Nord, Si la classe aisée souffre, à Saint-Augnstin, de la cherté des viandes de boucherie, la classe pauvre, habituée à s'enpasser, y trouve facilement sa nourriture, et de la manière la moins dispendieuse qui soit au monde. Les gens du peuple n'ont qu'à descendre sur le rivage, pour y ramasser, à pleines mains, les huîtres, les crabes et toutes sortes de poissons que l'Océan jette à profusion dans le port. Si vous joignez à ces richcsscs inépnisables de la mer uno quantité de fruits excellents: les oranges, qui mûrissent pendant toute l’année, les bananes, les pêches, les fisucs, les dattes, les prunes et le raisin on abondance, vous comprendrez que les pauvres no sauraient ici souffrir de la misère, Aussi, le peuple y est-il indolent, avec l'assurance qu'il a de ne jumais pâtir do la faim. ù
Quand lu Floride fut cédée aux Etats-Unis, en 1819, la ville de Saint-Augustin —en conséquence
de toutes les vicissitudes par lesquelles elle avait passé — ne comptait qu’une population de 3,000 habitants ; aujourd'hui, elle n’en a guèro plus de 2,200. On voit qu’elle est loin de prospérer, quoique le nombre de voyageurs qui y affliont durant la saison d'hiver, aille souvent jusqu'à 10,000 et en fasse alors une des villes les plus gaies de cotte zone, la Nouvelle-Orléans exceptéo.
La raison première du manque absolu, à Saint. Augustin, de cet élan merveilloux vers le progrès qui caractérise les autres vil'es do l’Union, c'es que, lors dé la cession du pays aux Etats-Unis, toutes les familles à l’aise quittèrent la Fiorido pour so réfugier à Cuba, ct que, seule, la population pauvre, qui ne pouvait pas émigrer, resta dans la
ons % ville. Plus tard, les souffrances, les pertes cndurécs 18e, , pendant la guerre de la Sécession, jusqu'à ces derles 1 nicrs temps, lo manquo do communications faciles fan 4 —ce n’est que depuis une dizaine d'années qne 1es 4 Saint-Augustin est relié à Jacksonville par dos ba- "ne ; teuux à vapeur et par lo petit chemin de fer de : is } Tocoï —,cufin, surtout cette apathio naturelle des 6. 1 habitants accoutumés à une vie calme et amollis in L à par un climat trop doux, sont la cause visible de 28 | cet étut de stagnation de la ville la plus ancienne 6 * que la.civilisation européenne ait jetée sur le cona 1 tinent américain.
“ Pour vous donner une idée de l'indolence des | 4 Floridiens, nous disait encore M. de Lauréal, laissez-moi vous citer la tentative que j'ai faite d intro-
Paz