‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 13 sur 26 · NEUTRE · texte numérisé non relu

NEUTRE

Durant mon séjour en Floride, alors que je passais chaque jour des heures entières à me chauffer comme un lézard sur les créneaux trois fois séculaires du fort Marion, à Suint-Augustin, que de fois mon imagination, plongeant, avec-mes regards, sur l'immense Océan, ne s'en allait-elle pas du côté de la France, invisible à mes yeux, mais toujours présente à ma pensée.

— Verrai-je jamais le cher pays de mes pères, me disais.je en. soupirant ? Vivrai-je jamais dans cet éblouissant Paris qui m'attire tellement que je donnerais dix ana de ma vie pour y passer aix noisf....

Je revins à Québec vers le milieu de février. Un mois après, j'étais retenu à la maison par un méchant rhumatisme qui me tenaillait l'épaule, quand je vis entrer. dans ma chambre mes amis MM. Théodore Paquet, alors secrétaire provincial, Faucher de Saint-Maurice, nouvelle. | ment élu député de Bellechasse, et Blumhart, en ce temps-là secrétaire générul de la Compagnie du chemin de fer du Nord.

hist

Aprés que tous m'eurent serré la main restée valide, Faucher me dit soudainement.

— Il y a longtemps que tu désires aller en France, hein! ....

— Oui, fis-je, donné, Eh bien! ..

— Eh bien, reprit-il, ton réve, depuis si longtemps caressé, va pouvoir devenir une réalité.

— Ecoute, repartis.je, je suis assez souffrant comme.ça, sans que tu.te railles aussi cruellement. de.moi !

Alors;tous trois me voyant pique, se mirent à tirer eur moiun feu roulant:de: De et:

à me:“ blaguer” à mort.

Je finissais par en prendre mon parti et par rire dé bon cœur'avec'eux, quand M. Paquet me dit sérieusement :

— Ecoutez, mon cher Marmette, railler part; si vous voulez aller à Paris comme au du gouvernement fédéral, ‘la position vous cot offerte. |

J'écoutais bouche bée, les sourcils, en énormes points d'interrogation.

. — Je vous donne ma parole d'honneur que.

c'est la vérité, reprit-il. Venez plutôt au “ Saint- Louis” où vous attend M..Chapleau, Si sa proposition vous agrée, il vous faudra partir ce

r'eslée

soir pour Ottawa, afin de vous entendre avec le Ministre de l'Agriculture.

— Si elle m'agrée !,.., m'écriai-je en me levant d'un bond.

Je ne sentais plus mon rhumatisme.

Le méme soir je partais pour Ottawa, et quelques semaines plus tard, le 27 mai 1882, je m'embarquais pour Paris.

Il y eut ce jour-là au moins un homme parfaîtement heureux en Canada. |

On trouvera ci-après quelques-unes de mes impressions en France et en Angleterre.

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