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temps Pierre Kirouët écrivait asses lisiblement et possédait bien les quatre premières règles, simples et composées, de l’arithmétique. Aussi avait-il énergiquement travaillé pendant l'hiver | Une fois muni de ce léger bagage, il jugea qu'il était temps de réaliser son rêve, depuis longtemps caressé, d'entrer dans une maison de commerce à Québec. Vers la fin d'avril, il alia trouver le capitaine Poitras, qui employait les Kirouët à la pêche.
Pierre savait que le capitaine était cousin de l’un, des marchands de nouveautés les plus. achalandés de la rue Saint-Joseph, et le pria de le faire entrer dans-cette maison, qui, l’ane des premières, a fait la réputation commerciale de Saint-Roch.
— Je férai tout ce que l’on voudra, dit-Pierre; pour commencer je porterai les paquets, s'il le. faut, \
: — Sais-tu lire ? demanda le capitaine.
— Lire, écrire et compter,
— C'est bon, je parlerai de toi au cousin. Brassard, reprit Poitras, qui partit la semaine suivante pour. Québec.
Huit jours après, il apportait à Pierre, l’heureuse nouvelle que M. Brassard voulait bien l’engager, à raison de six piastres par mois, avec la nourriture et le logement. Pour Pierre Kirouët, qui jusqu'alors n'avait gagné que denx piastres et demie, c'était une superbe position; «ans compter qu'il
iblement 1 mettait enfin le pied sur le premier degré de y règles, : l'échélle au bout de laquelle miroitait son rêve », Aussi 1 d'azur et d'or.
j l'hiver | EL Le jeune homme demanda tout aussitôt son congé sea dun ù au docteur Gérard, qui le félicita de chercher, en ongtemps | M travaillant, à améliorer son sort, et lui donna un nmerce À - | excellent certificat de conduite, Quand il quitta rouver le . la maison où il avait passé près de trois ans, Pierre, rouët à la | gongeant à Mile Hélène qu'il ne reverrait pas MR comme d'habitude au temps des vacances, eut le cousin de 4 cœur si gros, que les larmes lui en jaillirent des lus. acha- 3 youx, Mais il secoua la tête, s’essuya les joues de le faire avec la manche de sa blouse, et murmura de noupremières, | veau les doux mots qui lui étaient échappés en pré: -Roch. sence de son idole :— Qui sait? .....
lit-Pierre; Cette fois personne ne l’entendit. ta, s'il le- N'ayant fait aucun apprentissage, Pierre fut naturellement le dernier d'entre les commis qu'om- | ployait la maison Brassard & Cie. D'abord on lui fit porter les achats à domicile. Ce fut le temps à le plus dur qu'il out à passer. (C'était lui qui usin. Bras- ouvrait le magasin, à sept heures du matinen ” Je suivante hiver, à six heures en été. Lorsqu'il descen- He *. dait, tout grelottant, du grenier. où il couchait DM 1 avec les autres commis—c’était alors l’usage chez ’engager, à | les marchands de loger leurs employés — lorsque, nourriture les pieds dans la neige et l’uir froid dans le cou, il qui jusqu'a enlevait les contrevents de la boutique ; lorsqu'il ; ‘et demie, | entrait dans le magasin glacé pour y allumer le mpter qu'il poêle, ses rôves de fortune à venir se refroidissaient
bien un peu comme ses doigts devenus gourds, Mais bientôt le bois pétillait sous les mordantes caresses de la flamme, le poêle se mettait à ronfler et commençait à pénétrer d’une chaleur bienfuisante Je pauvre commis, qui pelotonné tout auprès, en attendant l’arrivée de ses compagnons, sentait bientôt ses espérances se dégourdir, et les voyait, entre ses paupières encore à demi fermées par le sommeil, reprendre vio et s'agiter on traits distincts dans une perspective assez rapprochée,
Et puis le soir, lorsque la chaleur de son corps avait un peu réchauffé son lit glacé, pendant que les autres commis bavardaient ou vidaient quelque flacon d'eau-de-vie introduit dans le grenier en contrebande, Pierre donnait libre cours à son imagination qui fuyait à tire-d’aile ce misérable réduit et se mettait à planer dans les nuages que doraient ses désirs, Ia, il se revoyait tont métamorphosé, à lg tête d’une grosse maison de commerce, rivhe, bien mis, avec de beaux équipages où trônait Mile Gérard devenue sa femme ; et, vermisseau amoureux d’une étoile, il s’endormait en -la voyant rayonner tout au fond du firmument radieux où l’enlevaient los ailes de ses ambitieuses réveries.
: Cependant, son air intelligent et son teint rosé le firent bientôt remarquer de M. Brassard, qui le garda au magasin. Les jolis garçons font bien derrière un comptoir. Les patrons le savont, les
s gourds.
nordantes t à ronfler ar bienfuiut auprès, ns, sentuit les voyait, nées par le traits dispchée,
e son corps endant que ont quelque grenier en ours à son 6 misérable nuages que ; tout métason de comx équipages me ; et, verndormait on rmument ra- ambitieuses
on teint 1086 assard, qui le ns font bien le savont, les
commis ont l'air de s’en douter et les achotôuses
‘de s'en apercevoir.
Nous n'avons pas le temps ‘de his Pierre Kirouët dans sa carrière d'émployé. Il nous suffira de dire qu'il.montra tant de bonne vclonté d'adresse, d'intelligence et d'activité, qu'il sut si bièn courber l'échine sous los averses de brusqueries et de gros mots que M. Brassard faisait souvent pleuvoir sur ses employés, qu'en moins de trois ans Pierre était l’un des premiers commis de la maison.
Dans l'intervalle, il lui fat donné de revoir yne fois Mille Hélène Gérard à Saint-Omer, pendant un congé de huit jours qu'il put attraper autempsdes . vacances que la jeune fille passait cher son père. Pierre, -attifé d’un habillement tout de drap noir, le cou raidi par un faux col droit autour duquel s'enroulait une cravate voyante et ornée d'une épingle trop volumineuse pour être d’or, Pierre Kirouët, une badine à la main, frappa un beau jour—avec le n'arteau—à la porte d'honneur de la maison de son ancien maître, On le fit entrer duns la salle à manger, en attendant que le docteur, Mme et Mlle Gérard qu’il demandait, fissent leur apparition. Quoique la servante, qui l'avait reconnu, ne l'eût pas fait monter au salon, Pierre ne ressentit pas moins beaucoup d'orgueil de se voir admis dans cette pièce où il lui était donné pour la première fois de s'asseoir. : Il se dit
qu'il avait bien dû gravir quelques degrés de l'é-
chelle sociale pour en être arrivé là,
Le docteur, qui parut le premier, accueillit son ancien domestique avec bonté, et 8 ’enquit avec intérêt de sa position présente et de ses projets pour l'avenir, Pierre commençait à répondre, quand . Mme et Mile Gérard apparurent et lui tendirent la main avec cet air moitié hautain moitié bienveil- Jlant qu’elles croyaient devoir garder avec leur serviteur de jadis. Le jeune homme, qui avait pourtant fait bonne provision de ces façons de petite-maîtres que se donnent messieurs les com-
mis, perdit tout à fait contenance à la vue de Mlle : Gérard, qui était maintenant une grande et belle ‘personne, à la mine fière et distinguée. Un nuage passa devant ses yeux, et c’est à peine s’il put répondre par monosyllabes aux questions banales que l’on daigna lui poser. Pourtant, lorsqué la porte se fut fermée derrière lui et que l'air du dehors eut un peu rafraîchi son visage en feu, il s'écria à part soi :
. — Estelle belle L.. et fière 1... Mnis qui sait ?
Dans la maiéon Brassard et Cie se trouvait un ‘autre jeune homme de Saint-Omer nommé Louis : Cantin, ‘IL y était entré quelque temps après Kirouët et à l’instigation de celui-ci qui le connaissait de longue date. Louis Cantin était fils d'uu cultivateur qui possédait un bien d'une certaine valeur à Saint Omer. Depuis longtemps Pierre savait cela et avait :maginé de s'’aider du futur héritage de son compagnon, Cantin, pour se pousser dans le monde. (Celui-ci était plus jeune que
eillit son avec intéojets pour re, quand indirent la é bienveilavec leur qui avait façons de rs les comrue de Mile de et belle Un nuage » s’il put réons banales , lorsqué la jue l'air du ge en feu, il
qui sait ? :
trouvait un ommé Louis temps après 1i le connaistait fils d'uu ‘une certaine emps Pierre
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pour 8e pousus jeune que
lui et beancoup moins futé. Aussi Pierre réussitilà lui faire partager ses eépérances de foriune rapide à gagner dans le commerce. Le soir, sur les dix heures — l’automne était venu — quand le magasin se fermait, Kirouët, qui avait su capter tout à fait la confiance de ses patrons et avait une clef pour rentrer quand il voulait, faisait un signe à son ami Cantin, qui le suivait avec empressement à certain cabaret de la rue du Pont. Là, tout en avalant de compagnie une couple de douzaines d'huîtres, arrosées de quelques verres de bière on d’eau-de-vie, qu'il payait générousement, Pierre faisait miroiter aux yeux de son ami —quelque peu grisé par l'alcool et par le plaisir d'être ainsi libre à l'heure où les autres commis grelottaient dans leurs lits froids du grenier de la maison Brassard — la séduisante perspective. d’être bientôt tous deux à la tête d’une maison de commerce, de réaliser de jolis bénéfices et de jouir enfin, à leur tour, des bonnes choses de Is vie.
Kirouët chauffa si bien son ami qu'il le persuada d'engager le bonhomme Cantin à hypothéquer son bien, pour permettre au fils d'acheter un fonds de commerce avec Pierre, qui joindrait au montant qu'apporterait son associé quelque quatre cents piastres qu'il avait su mettre de côté. La plus grande expérience que Kironët avait des affaires comblerait la différence ce leur mise de fonds ; Cuntin jeune devant prélever un emprunt de sept à huit cents piastres sur la terre paternelle. Lorsque,
plein de ce projet, Louis Cantin s’en ouvrit à son père, celui-ci se regimba tout d’abord, effrayé de grever ainsi son bien. Mais au voyage suivantque le bon paysan fit à la ville, son fils revint à la charge assisté cette fois de Pierre Kirouët, qui leur offrit à souper dans un hôtel de la basse-ville. On était à la fin de l'hiver et les magasins fermaient encore à 866 heures. Une demi-heure plus tard, les deux Cantin et Kirouët étaient assis en face d’un plantureux souper, auquel une couple de verres de whis ky, avalés coup sur coup avant le ropas, leur per mit de faire brillamment honneur.
- Quand le vieux paysan, satisfait, s’essuya la bonche du revers de sa main, l’ami de son fils rompit la glace. Pierre s'étendit d'abord sur l’état singulièrement prospère du commerce à cette époque :— ün grand nombre de vaisseaux se construisaient, qui donnaient ouvrage et argent à la population ouvrière de Saint-Roéh ; on commençait aussi les travaux préliminaires de ce fameux chemin de fer du Nord dont on parlait tant depuis quelques années, ce qui allait encore faire hausser les gages et amener un surcroît extraordinaire de travail et de numéraire dans la ville ?, Aussi, depuis plusieurs mois, une activité inusitée, sans précédent, se
(1) On se rappelle les tentatives infructueuses faites il y a plus de vingt ans, pour construire cette voie ‘errée qui aujourd’hui, à peine terminée, produit déjà des résultats avantageux. (J’écrivais ceci en 1881).
vrit à son ffrayé de ivantque la charge ur offrit à Dn était à
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fnäniféstait dans le commerce. C'était le temps, pour les jeunes gens intelligents et vigoureux; de
tenter fortune. Et justement, une occasion ëü-
pérbe s'offrait d'acheter à bus prix le fonds de comuercé d’un marchand qui venait de mourir, laissant une veuve incapable de continuer les affaires de son mari, et qui cherchait à so défaire do l’établissement du défunt: La chose n'était guère encore connue, et ce serait grand dommage de laisser échapper l'opportunité de sStablir dans les conditions les plus avantageuses.—lci, Cantin fils inter. vint et fit l'éloge des capacités commerciales de Kirouët, qui, en trois ans, avait su monter si rapidement dans la maison Brassard, dont il était maintenant l'an des premiers employés, Bref, ile tirèrent tous deux un tel feu d'artifice, que le brave cultiväteur, ébloui par toutes les étincelles qu’ on jui faisait danser devant les yeux, se laissa con-
vaincre, Hrit jours après, son bien était grové d’ane forte hypothèque, le fils touchant l'argent, FE avec Pierre Kirouët, et tous deux —
ierre sachant toujours parÜêr la préséance, — fondaient la maison connue sous la raison socialé de ‘* Kirouët & Cantin.”
Le printemps vint, amenant avec lui ce renouveau de floraison dans le commerce qui remet l’espérance au cœur de nos négociants, après le long chômage de l'hiver. Jamais, de mémoire de mar- Chands, ne vit-on pareille activité, semblables bénéfices, Flus de cinquante vaisseaux étaient en
construction dans le port ; aussi l’argent affluait-i | dans la classe ouvrière et de là chez les marchands, Chacun se rappelle encore à Saint-Roch cette ère de prospérité qui — il y a une vingtaine d'années — passa sur notre ville et ne devait être, ill que, de bien courte durée,
La maison Kirouët & Cantin ne fut pas sans profiter de cette aubaine, et, grâce au travail des deux associés, en moins de six mois, ils avaient fini de payer et doublèrent même leur fonds de commerce. L'automne vint et cette saison, où l’on achéte le plus chez nous pour subvenir aux besoins de l'hiver, donna même mieux que la précédente. Ce fut pour nos jeunes gens une année splendido ; aussi, lorsque, après la clôture de la navigation, ils exposèrent leur bilan au père Cantin, en lui payant plusieurs
mnis d'avance l'intérêt de la somme empruntée sur sa terre, et qu'ils lui firent cadeau d’un purdessus de beau drap de Moscou, le bonhomme sentit se dissiper ses dernières craintes, et ne demanda plus au Seigneur que de le laisser vivre assez vieux pour voir son fils devenir l’un des plus riches négociants de Québec.
Dans l'hiver, la compagnie du chemin de fer du Nord ne réalisant pas les fonds sur lesquels elle avait compté, suspendit, ajourna indéfiniment les travaux commencés. D'un autre côté, la vente des navires n'avait pas été aussi fructueuse que pendant les deux dernières années, par delà l'Océan; et les constructeurs, les uns restreints par leurs
affluait-i | archands, cette ère s d'années re, hélas!
s SANS proil des deux ent fini de commerce.
achète le sde l'hiver,
o fut pour si, lorsque, exposèrent nt plusieurs pruntée sur
In purdessus me sentit se emanda plus assez vieux riches négo-
emin de fer lesquels elle éfiniment les la vente des 18e que penlelà l'Océan; nts par leurs
bailleurs de fonds, les autres de crainte d’y perdre de l'argent, mirent sur les chantiers moins de vaisseaux qu'ils ne l'avaient fait précédemment. Sans être affecté d’une manière désastreuse par la diminution du travail, le commerce de détail n'en souffrit pas moins d’une manière sensible durant le printemps qui suivit,
Quoique les bénéfices de la maison Kirouët et Cantin ss ressentissent de ce contre-coup, cependant, comme les associés n’avsient pas autant à rembourser cette annéc-là que la première, ils firent encore assez de profits pour bien asseoir leur crédit, vivre convenablement et bien augurer de l'avenir, Du reste, l'automne, sans être aussi productif que “celui qui l’avait précédé, jeta un nombre assez con- ‘sidérable de minots d'écus dans les boutiques de Saint-Roch, pour laisser voir que les marchands de l'endroit trouvaient encore à tondre d'assez épaisses ‘poignées de laine sur le dos de ces moutons qui se nomment consommateurs.
Pierte Kirouët n'était plus maintenant le pauvre diable frêle et gauche que nous avons connu au début de ce récit. Il avait près de vingt-quatre ans ‘et possédait l’aplomb que donne lu maîtrise d’une boutique bien achalandée. Il fallait le voir à la porte de son magasin, surtout le samedi soir, jou où les ouvriers sont payés de leur travail de la Semaine, et encombrent les établissements de com: merce du plus populeux fiubourg de la ville.
Debout, à l'entrée, pour recevoir et saluer les cha-
lands, les deux mains plongées dans les poches:de “on pantalon et y remuant à ploins doigts deux ' »gnéés de pièces d'argent dont le sonluichatouiilait agréablement l'oreille, il contemplaït, souriatt, ce va-et-vient incessant, cette affluonce.extraordinire d’acheteurs qui ne se voit que dans cette part'u de la ville. Le rêve qu'il faisait autrefois, dans son galetas de petit commis, nesemblaitil pas maintenant à bon droit près de se réaliser? Il n’avait plus besoin de former les yeux pour.se voir traverser les rues emporté par un çheval:fringant; car il en avait acheté un, de moitié 2vec.s0n associé, ainsi qu’une jolie voiture, dans laquelle,ils allaient le dimanche se promener aux alentours de la ville, Ilest vrai que Mile Hélène Gérard xmanquait bien encore pour achever d'animer son 1ÿe en partie devenu réalité: aussi Pierre songea-til,
au commencement de l'hiver, qu'il était temps de faire un petit voyage à Saint-Omer, afin d’y.entamer la question de son fatur bonheur em Ua
absent trois jours et il partit le lendemain.
Le dimanche, après la grand’messe, à la porte. de l'église de Saint-Omer, entouré de ses anciens compagnons de pauvreté, restés aussi besogneux.que parle passé, et qui l’interrogeaient en le contemplant d'un œil d'envie, Pierre aperçut le docteur : Gérard, s'ouvrit un passage à travers les rangs de ses admirateurs, et manœuyra de manière À à se trouver sur le passage du médecin. Celui-ci, qui était
poches:de bigts -deux Ü n 4 ui f cham plait, souonco.extraque dans aisait autreso réaliser ?
aux. POUT.8E çheval:frintié 25,20.R0R | laquelle.ils alentours de Gérard manmer S0p TÊYE e songes-tril, Lait temps de afin d'y2n88conjugal. Va 5 qu'il serait main.
à la porte de | ‘anciens çomesogneux que an le contiem-
ut Je docteur
s les rangs-de ire À à se trppai-ci, qui était
au fait des succès de son ancien serviteur, le reconnut, lui tendit cordialement la main, et, après quelques questions banales au sujet du commerce, il invita Kirouët à diner. C'était tout ce que voulait lé jeune homme, qui accepta sans 8e faire prier. Il comptait voir Mile Gérard; mais quel ne fut pas son désappointement lorsque, avant de se mettre à table, il apprit que la jeunefille était en ve moment à la ville chez une de ses tantes. Pierre avala su déconvenue avec le petit verre que lui offrit le docteur.—C'est égul, se dit-il à part lui en prenant place à la droite de Mme Gérard, j'ai fait quelque chemin depuis six ans que je suis parti d'ici, pour y manger aujourd'hui à la table des maîtres de la maison! A l'égard de Mile Gérard, je m’arrangerai de manière à la voir à Québec. Je n’en sorai là que mieux pour lui parler. ”
Quard il prit congé du docteur, celui-ci lui dit qu’il irait dans quelques jours à la ville faire certains achats, assez considérables, et qu'il ne mavoquerait pas de se rendre à son établissement. Kirouët remercia sou hôte, l’assura qu'il serait tout aussi bien servi chez lui et à meilleur marché que partout ailleurs, et revint à la ville, enchanté de la réception du Dr Gérard. et caressant plus que jamais : sa séduisante espérance.
Pendant la semaine qui suivit, deux fois Kirouët s présenta chez la tante d'Hélène, à la haute ville ; mais On lui dit que Mlle Gérard était sortie. Le lendemain de sa seconde visite il grommelait
contre le guignon qui s’attachait à ses démarches, lorsqu'il vit le docteur Gérard, et sa fille entrer dans son établissement. En les"apercevant, Pierre eut un tressaillement nerveux au cœur et courut à: leur rencontre.
Quatre ans s'étaient écoulés depuis la dernière fois qu'il avait vu la jeune fille, maintenant parvenue à l’entier épanouissement de sa jeunesse et de sa beauté. Elle était superbe avec ses grands yeux noirs, sa bouche un peu charnue et d’un rougecerise, ses formes séduisantes et son port de déesse comme pour un instant descendue des nuages:
Quand elle tendit sa main gantée à Pierre, celui-ci réssentit une commotion électrique dans tous ses. membres, et s'inclina gauchement devant l’idole à laquelle il avait depuis longtemps voué un culte aussi ardent qu'il était concentré.
— Mon cher Monsieur Kirouëét, dit le docteur Gérard en donnant une poignée de main au marchand, je suis heureux, à l’occasion du prochain mariage de ma fille, de faire chez vous quelques emplettes.
Cetto fois, le choc électrique fut un coup de foudre, et Pierre vit tous les rayons du magasin, chargés d'étoffes aux diverses couleurs, tournoyer comme les rais d’une roue qui traverse une traînée de. soleil. Heureusement que Mlle Gérard, pour cacher la rougeur que l’annonce de son prochain mariage. lui avait aussi fait monter à la figure, détournait en ce moment la tête, et que le docteur
narches,
entrer Pierre
courut à
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t parve-
se et de ds yeux
rouge-
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nüuagese celui-ci
tous ses.
l'idole à n culte
docteur au mar- >rochain quelques
coup de nagasin, urnoyer | traitnée rd; pour rockhain ure, dédocteur
jetait un regard circulaire dans le magasin de son ancien domestique, en s’écriant :
— Sapristil Pierre, savez-vous que vous voilà joliment monté en marchandises |
— Oui,... assez bien,...... assez bien, balbutia le jeune homme, qui, tout en essayant de se remettre, se hasarda à demander:
—Estil permis de...... s'informer avec qui... se marie mademoiselle Hélène..,. mademoiselle Gérard ?
— Eh! sans doute, repartit en souriant le docteur, que nous soupçonnons d'avoir eu vent des deux visites rapprochées de Pierre à Mlle Gérard ; il n’y a pas si longtemps que vous faisiez partie do la maison, l’on peut bien vous dire cela. Ma fille épouse M. Léon Duclos, député du comté de Bienville, jeune homme plein de talent et d'avenir, Seulement, vous savez, ceci est entre nous. Nous ne voulons pas que la nouvelle s’en ébruite maintenant.
Co que Kirouët vendit ce jour-là au docteur Gérard pour le trousseau de sa fille, il ne put se le rappeler ensuite qu’en consultant le mémoire dressé sur son ordre, au fur et à mesure, par l’un de ses commis. Quant à lui, il perdit conscience de tout ce qu'il put faire ou dire pendant l'heure entière que Mile Gérard resta dans le magasin avec son
père.
es 50 = à
Mais co dont il so ressouvint toujours, c'est qu'’après lour départ, il se précipita plutôt qu'il ne monta à l'étage supériour où il logeait avec son ‘ associé, qu'il se jeta sur un canapé où Cantin, surpris, le trouva pleurant à chaudes larmes à l'heure * du souper; qu'il ss grisa déplorablement le soir et se révoilla le lendemuin avec le plus violent mal do tête qu'il éût jamais ressenti.
— Au diuble toutes les filles à marier, et en particulier Mile Gérard! s'écria-t-il au saut du lit. Où avais-je In tête, aussi ? Avec ça que j'ai bien le temps de me marier! Attendons un peu, mon ami, avant de nous mettre la corde au cou, nous allons d'abord jouir de la vie de garçon ! Mille tonnorres ! que j'ai mal aux cheveux !
À partir de ce jour, Pierre qui, jusqu'alors, avait été assez rangé, changea complètement de manière de vivre, - D'abord il persuada à son associé de renouveler léur mobilicr, pourtant convenable à la position qu'ils occupaient, et d'en acheter un fastueux, Et comme il fallait quelqu'un pour animer et admirer ces splendeurs, il fut convenu entre Kirouët et Cantin qu’ils donneraient à dîner à leurs amis, chacun à tour de rôle, une fois la semuine, Cela les poserait aux yeux:do leurs confrères, Cetto : décision les obligen de faire l'acquisition d'un sérvice, qui, à l’instur du mobilier, leur coûta plus cher qu'il n'était de bon goût. On parla bientôt des dîners de MM. Kirouët et Cantin dans le cercle de leurs connaissances,
st qu'a u'il ne ec son n, surl'heure soir et mal do
en pardu lit.
bien le on ami, y allons noires |
8, avait anière
$ do reble à la un. fas-
animer entre
à leurs
emuiné, s. Cetto ‘un gér'ta plus bientôt e cercle
La première fois que le père Cantin fut regu dans ces pièces richement garnies, ses grosses bottes de paysan restèrent comme clouées au moelleux tapis de velours.—Prenez garde, mes enfants, g'écrin-t-il, n'allez pas trop vite; vous vous casseriez le cou !
Autant pour rassurer le bonhomme que pour lui embrouiller la vue des choses, Kirouët sortit du large buffet chargé de sculptures, qui s'étalait dans la sallo à manger, un carafon de vrai rhum de la Jamaïque, boisson pour laquelle il nous faut avouer que le vieillard avait un faible. Et tout en lui expliquant que les tapis, les rideaux et la lingerie leur revenaient à très bas prix, vu qu'on achetait ces effets en gros, Piorre lui versa, coup sur coup, deux ou trois verres qui durent agir singulièrement sur le cerveau du père Cantin; car il partit convaincu que les deux associés avaient le don non seulement de gagner de l’argent à pleines mains, mais encore de se meubler avec luxe et de bien vivre sans qu'il leur en coutât grand’chose,
Le soir, à un souper auquel lo digne mais un pen
‘trop lourd paysan ne fut pas invité, quoiqu'il fût
encore à la ville, on mangen ferme, on but sec, et. on chunta fort avant dans la nuit chez les deux
‘associés. Il paraît même que, lorsque tous les convives ct leurs hôtes furent suffisamment échauffés,
Kirouët, poussé par je ne sais trop quel esprit malin, proposa de boire à la santé du bon, de l'excellent père de son associé Cantin ; toast qui fut bu
avec d'autant plus d'enthousiasme qu'aucun des convives ne connaissait le bonbomme.
Ces goûte fustueux qui distinguent lea parvenus tout frais sortis des haillons de leur jeunesse, Pierre Kirouët les devait pousser loin en fait de choyaux. Cette manie avait sans doute germé en lui alers qu'il domeurait chez le docteur Gérard et qu'il conduisait Mile Hélène à la promenade. Avant les derniers changements apportés à sa manière de vivre, il possédait bien un cheval qui avait asser bonne mine sur le chemin de Charlesbourg, lorsqu'on revenait grand train du lac Beauport, le dimanche soir, Mais, un jour qu'il avait été dépaséé par la voiture de l’un de ses confrères de Saint-Roch, Pierre $e jura que cette fois serait ln dernière ; et, à quelque temps de là, il était l'heureux propriétaire du plus fort trntteur qu'il y eût alors à Québec, et pour lequel il n’hémta pas à donner six cents piastres, Kirouët fut alors le caq des alentours, dans ces promenades du dimanche qui font les délices de notre bourgeoisie. Il fallait le voir, armé de son fouet à poignée d'argent et crânement campé sur lé siège élevé de son élégant tilbury, serrant haut les rênes, la tête penchée en avant, les yeux étincelants de jouissance ot de vanité satisfuito! A la suite d'un refroidissement, ce cheval étant doyenu malade, Pierre, sur le conseil que lui en donna un maquignon, nourrit l'animal plus de quatre mojs ayoc des œufs frais,
in des
venus Pierre OvAaUx.
1i alors t qu'il ant les ère de t asser g, lorsport, le été déres de orait 1 t l'heu-
à pas à 8 le coq manche sie. I!
ée d'ar- 6 de son ète penisaance
efroidis-
Pierre, uignon, les œufs
l y eût.
Pendant un certain temps, Kirouët et Cnntin continuèrent à monor un assez grand train qui faisait l'admiration et l'envie des jounes, tandis que les vieux marchands de la place hochaient la tête. —Qu'ils prennent garde, disaient ces grognards du commerce, les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient il y a trois ans | (
En effet, cette fièvre qui avait, durant plusieurs mois, possédé nos constructeurs de navires, les avait maintenant laissés presque tous. . Un moment, le marché européen s’étuit trouvé encombré do vaisseaux neufs, et les trois Œuarts de nos con: structeurs avaient dû se défaire des lours avec perte. Quelques-uns firent faillite et les autres rendus à boû droit craintifs, restreignirent de beaucoup le chaïnp de lenrs opérations. Au lieu de detix et même trois on quatronavires que chacun d'eux.construisait autrefois en même temps, c'est à peine si les moins maltraités par la fortune 80 risquaiënt maintenant à en mettre un sur le chan« tier, A la placo de cinquante vaisseaux que l’on voyÿait se dresser sur les bords do la rivière saint- Charles trois années auparavant, l'œil attristé on . comptait tont au plus une quinzaine, Les deux tiers des charpontiers de la ville se trouvaient sans ouvrage, et partant guns argent. Naturellement, le commerce se ressentit aussitôt des effets du chômage prolongé de cotte grande partie de Ju classe ouvrière.
Dans cette paralysie qui commençait à affocter le commerce de détail, Kirouët ne tardna pas à