‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 5 sur 26 · ETUDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE HISTORIQUE

Le manuscrit du sieur Franquet. — Le bateau de M. l’Intendant. — L'’hospitalité du bon vieux temps.

Un très curiux manuscrit que celni du sieur Franquet !. Chargé par la cour, en 1751, d'inspecter les fortifications de la Nouvelle-France, Franquet parcourt les différents postes de l’Acadie et du Canada, et tout en indiquant les réparations à

1. Ce manuscrit fait partie des archives du ministère de la guerre, à Paris. Il fut copié en 1854 par M. P.-L. Morin. La copie que j'ai sous les yeux appartient à lu bibliothèque du parlement à Ottawa.

faire, les améliorations à apporter aux travaux dertinés pour la défonso du pays, il laisse tomber sur son carnet de voyageur des observations profondes sur les réformations qui lui paraissaient urgentes dans certaines parties de l'administration de la colonie ; et puis, entre de savantes dissertations sur la courtine, le bastion, l’escarpe et le parapet, il glisse maints aperçus piquants sur les mœurs et les usages des habitants du pays qu'il traverse, C'est ici qu'il plaît davantage. Avec ces notes griffonnées au jour le jour, avec ces esquisses tracées d'après nature, il y aurait tout un tableau à peindre. Et, certes, large en serait le cadre, puisqu'on y verrait tous les grands dignitaires de cette intéressante époque y figurer, depuis le superbe marquis Duquesue de Menneville et le fastuceux Bigot, jusqu'au fils du cordonnier Deschenaux, devenu secrétaire de M. l'intendant et, comme son maître, si âpre à l'argent. Quant à ce bon major Péun, trop complaisant, sa bonne tête si bellement empanachée ne ferait-elle pas un plaisant contraste uvec la figuro disgracieuse du truître Vergor ? Et la bello dume Péan, la sémillante amie de M. Bigot ; et les piquantes figures de mesdames de Lotbinière, de Repentigny, Murin et du Linon, no se grouporaient-elles pas merveilleusement dans cette large toile historique ? Toutes cos charmantes beautés noyées de bouillons de soie, inondées do brouillards de blonde, ne croyez-vous pas qu'elles vous fascineraient comme moi?

Ce tableau, nous l'avons déjà fait et nous ne pré-

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tendens point lo recommencer, Tel qu'il est, il restera en attendant qu'un autre, plus habile peintre d'histoire, arrive, en l'imitant peut-être quelque peu, à surpasser notre œuvre ; co qui se verra certainement quelque jour à venir, Pour aujourd’hui, ce que nous voulons faire n’est qu'une courte étude sur la manière à la fois primitive et luxueuse do voyager il y a cent ans, et sur l’hospitalité large qui so pratiquait chez nous à cette époque: un croquis de la petite cour de l’intendant Bigot, moins qu’un tableau de genre, un pea plus qu'une simple pochade.

Au second volume des Voyages et Mémoires sur le > Canada, de. Franquet, nous trouvons co dernier s'embarquant à Québec le 24 juillet 1752, pour aller visiter los Trois-Rivières et Montréal, ainsi que les différents postes écholonnés le long du Saint-Laurent et du lac Champlain.

Il est deux heures de l'après-midi et le sieur Franquet vient de prendre place, avec ses compagnons do voyage, dans le bateau affecté aux tournées de M. l’intendant. Celui-ci, en ce moment en partie do plaisir à l’île d'Orléans, s’est emprossé, paï l'entremise de M. Péan, de mettro gracieusement sa propre embarcution au service de M.

l'inspoctour. Il fallait bien que Bigot fit un peu sa cour aux personnages envoyés de France pour y retourner biontôt, Déjà l'on commençait à murmurer dans la colouie contre l’administration de J’intendant, et il était plus que prudent pour lui

d'entretenir de bonnes relations avec les gons qui étuiont bien én cour, afin de #’y maintenir Jui même en fuveur,

Le butcau ayant été mis à son entière disposition, Franquet avait favorablement accueilli la 4 demunde que plusiours personnes de marque lui L avaient faite de l'accompagner ; de sorte que, outre k lui-même, ses deux domestiques et M, de Couagne, sous-ingénieur de Québec, chargé de le suivre et

de faire la dépense, se trouvaient à bord : le Père Boniface, supérieur de In Charité de la maison de Louisbourg ; M. de Maizières, lieutenant ; M. de Charly, enseigne en pied, ot M. Duplessis, enseigne

on second, tous trois des compagnies de l'Ile- Royule, avec leurs domestiques ; en tout vingt-

trois personnes, y compris los treize hnmmes d'équipage, qui étaient tous de Ia Pointe-Lévy.

À poine s’est-on placé, que le maître-conducteur représente que le bateau est trop chargé, Chaen s’on aperçoit bien, mais sans se mettre le monde en devoir d'y remédier, Franqu ceraignant de désobliger ses hôtes, ne trouve rien à leur dire et ne peut que crier au conducteur :

— Allons, nage, et advienne que pourra |

Pendant que l’embarcation, laissant le Cul-de- Sac, remonte lentement le fleuve à lu rame, avec le vent et ln marée contraires, jetons un coup d'œil sur le bateau de M. l’intendant, Il était plat et pouvait porter environ huit milliors pesant ; au

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