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ons qui milieu, on avait ménagé un espace de cinq à six nir Jui- 1 pieds carrés, entouré de bancs garnis de coussins à bleus. Un tendelet, ospèce d’impériale de carrosse, dieposi- ; que soutenaient quatre montants de bois, avec des eilli ln à rideaux aux côtés, formait une cabine où les passa- Que lui 4 gers étaient à l’abri du soleil et de Ia pluie. e, outre 1 Le bâteau avait un mât propre à porter la voile uagne, et inême un hunier au besoin, Enfin, comme Bigot Hvre! ot avait l'habitude de ne se priver de rien, il y avait lé Père À à bord abondance de vivres, de vin et d'eau-de-vie, 4 onde | et même d'argent pour los pare journalières M. de du voyage, iseigne Aujourd’hui que Kon ost si friand de sport et » l'Tle- ; qu'on ne parle quo yacht et voyage d'agrément, vingt- ; l'on conviendra que Bigot, ce sportsman du siècle res d'é- 1 dernier, montrait bien quelque goût en ce genre d'amusement d'autant plus recherché qu'il est ucteur CORRIAE à * * ee Fr Notre intention n’est pas de.suivre Franquet pas à pas duns son voyage, et de nous arrêter à he chacune des minutieuses descriptions qu'il fait de dloi” à ton. :08 points de vue qui défilent devant ses yeux, 4 À peine ferons-nous même deux ou trois stations A e Jui, tout au plus pour donner une idée de l' pitalité cordiale qu'il y reçut, et crayonne- Dul-de- 4 nous à la hâte quatre ou cinq portraits des vec Fe à sonnages les plus marquants qu'il rencontra > d'œil s sa route, Nous nous arrêterons davantage sur te À le mode de voyager par terre, vu que nous y aut; an 4 rons l’occasion d'étudier do près l’intendant et
ses intimes,
Après avoir mis trois jours à s’y rendre, tant à la rame qu’à la cordelle, les voyageurs débarquent aux Trois-Rivières, où ils sont reçus de la façon la plus cordiale par le gouverneur de l'endroit, M. Rigaud de Vaudreuil. F
M. de Vaudreuil logeait dans uno maison appartenant au Roi, bâtie pour servir de magasin et que l’intendant, pur bienséance, avait bien voulu céder à M. le gouverneur des Trois-Rivières. Les appointements de M. de Vaudreuil n'étaient que do inille livres, somme d'autant moins suffisante que sa maison, £e trouvant à moitié chemin de Québec à Montréal, était le rendez-vous'de tous les voyageurs. Et si honorable et généreux était-il, ‘ qu’il recevait le petit comme le grand.”
Le gouverneur voulut absolument que Franquet descendît chez lui, et le présenta tout d’abord à madame de Vaudreuil — fille de M. de la Gorgendière, homme riche et directeur de la Compagnie des Indes pour le castor, à Québec,— C'était, dit Franquet, une des personnes les plus accomplies, taut par la figure que par l'esprit, et remplie de grâce et de politesse. Les premiers compliments échangés, on fit passer le voyageur dans l’appartement qui lui était destiné. En un clin-d’œil, il avait 8ecoué la poussière de la route, et après avoir fait un peu de toilette, il rejoignait la compagnie.
“L'on ne tarda pas de passer dans la chambre à manger. Il y avait une table de vingt coùverts, servie avec la profusion et la délicatesse de mets
ndre, tant à 8 débarquent le la façon ia l'endroit, M,
aison appargasin et que voulu céder Les appoinjüe de mille nte que sa le Québec à
VOÿageurs.
‘qu'il rece-
e Franquet ; d'abord à la Gorgen- Compagnie C'était, dit ccomplies, emplie de mpliments ns l’apparp-d'œil, il près avoir >Jmpagnie.
chambre à coüverts, de mets
des meilleures provinces de France. On y but toute sorte de vins, toujours à lu glace. Jugez du plaisir par le chaud excessif qu'il faisait.”
A ce dîner de vingt couverts se trouvaient sans doute les principaux fonctionnaires de la place : M. de Saint-Ours, lieutenant du. Roi, M. de Noyelle, major, M. de Ganne, aide-major, et le gardemagasin, M. de Tonnancour, homme fort riche, d’une belle figure et de beaucoup d'esprit.
Après le dîner, avant de sortir pour aller voir la ville, on faisait une partie de quadrille. Sans doute, il s’agit ici d’une partie de cartes, le quadrille étant: une espèce de jeu d’hombre qui convient beaucoup mieux.à lu digestion que toute sorte de sauterie, comme on dit de nos jours.
Le lendemain, vingt-huit juillet, visite des forges de Saint-Maurice, dont il est fait une longue deseription. Dîner splendide chez le directeur, M. de Rouville, enfin souper, le même soir, avec toute la compagnie, chez M. de Tonnancour.
À quatre heures du matin, le vingt-neuf, nos voyageurs quittaient les‘Trois-Rivières. Suivant l’usage, les bateliers avaient regu un supplément de vivres, qui consistait en une once de tabac à fuiner, un misérable d'eau-dc-vie, un quart de lard et une demi-livre de pain. Guis, reposés et regaillardis,. ils promirent de jeter l'ancre à Montréal avant les trois jours.
Voguant le jour et le soir, prenant pied à terre
sus 70. ee
pour y passer la nuit, Frunquet et ses amis conti- . nuèrent à remonter le fleuve, On était libre de descendre chez tel des: habitants quo l'on voulait, quoique ce ne fût point pour eux une obligation de recevoir les voyageurs par eau. Néanmoins, ceux-là n'auraient osé les refuser; mais pour l’ordinaire, on arrangeait les journées de façon à pou- Le voir loger dans les meilleures maisons et les plus fréquentées. ‘ L'on a coutume de payer douze livres pour ie logement de toute une batelée, indépendamment d’ailleurs de la dépense que l’on peut faire.”
La Pointe-du-Lac, Yamachiche, sont laissés en . arrière et l'on descend à Maskinongé chez “ la fille $ à Lafosse,”” dont le mari se nommait Dupuis, * Les
ë clameurs de la faim étouffées, on remonte en bateau pour aller coucher le soir chez le nommé Lafontaine, après avoir doublé la pointe de la seigneurie d'Autray.
D'un déjeûner qui fut mangé par un convive inatteudu.— Silhouettes.-— Portraits de femmes.
Le lendemain devait être un dimanche, puisque nous voyonsles voyageurs partis le matin à l'aurore, s'arrêter sur les neuf heures vis-à-vis de la parvisse de Saint-Sulpice, afin d'y entendre la messe,
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L’appétit développé par l'air frais du matin, ils sc dirigent vers un cabaret situé à cent pus de l'église, A la vue de cette caravane de gens d’une telle importance, l'hôte d’étaler aussitôt aux yeux des arrivants un jambonneau cuit à point et tout reluisant de grasses promesses. Ce beau mouvement du cabaretier est accueilli avec le plus chaleureux enthousiasme, et chacun se met à table avec un admirable empressement,
Déjà de savoureuses tranches rosées, que chaenn buise du regard, retombent duns le plat sous le tranchant du couteau, lorsque, ding-din-don, la cloche de l'église voisine sonne à toute volée le der:nier coup de la grand’messe, : Les figures, tout à l'heure si largement riantes, s’allongent démesurément,
—N'avons-nous pas au moins lo temps de déjeûner? s'écrie-t-on avec humeur.
L'hôte, qui déjà tâtuit en esprit les blanches piéceitos que ces messieurs laisseraient tomber dans son escarcelle après le repas, s’empresse de les rassurer, Les figures commencent à sc rasséréner quand, messager de malheur, apparaît M. le bedeau lui-même, en personne, et affublé de sa longue soutune bleue etrouge. Lu bouche.en cœur, les mains dévotement croisées, ce digne personnage ne craint pus d'annoncer à ces affamés, qui l’envoient mentulement à tous les diables, que M. le curé venant d'apprendre l'arrivée de ces messieurs, n'attend plus qu'eux pour commencer la messe. Le moyen de
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ne pas se rendre immédiatement à une invitation aussi pressante que gracieusement formulée ? Chacun se lève en maugréant, tout en jetant un dernier régard attendri sur la chair carminée du jumbon.
L'irritant souvenir de ce déjeûner si malencontreusement interrompu, n’agace pourtant pas assez le sieur Franquet pour l'empêcher de remarquer, en avant du portail de l’église, plusieurs chevaux attachés à des piquets équarris et plantés en quinconce. ‘J'étais curieux, dit-il, de savoir à qui étaient ces chevaux; on me répondit qu’ils appartenaient aux jfistons de la paroisse et que chacun d'eux y entretenait son piquet. Ces jeunes gens qui, daus leur accoutrement, portaient une bourse aux cheveux, un chapeau bordé, une chemise à manchettes et des mitasses aux jambes, avaient, dans cet équipage, droit de conduire en croupe leur maîtresse à l’église.”
Après avoir entendu une messe- ‘ plus longue qu'ils ne l’avaient souhaitée ”—Franqnet no laisse. pas d'en ceurivenir—nos gens s’en revenaient à l'hôtellerie d’un pas que la faim rendait fiévreux, lorsqu'ils firent rencontre d’un grand chien maigre qui se glissait doucement en dehors du cabaret, en se pourléchant les babines avec volupté. Sur le champ, personne ne daigna prêter attention à cet humble quadrupède, et l'on se coudoyait quelque peu à la porte pour entrer dans la salle à manger quand... ma plume hésite à l’écrire—chacun aperçut le Cabaretier dans la pose de la désolation la
invitation lée ? Cha-
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plus profonde. S’arrachant les cheveux à pleines mains, le buste convulsivement ramené en arrière, les yeux et los jambes écarquillés par l’effarement, le sros homme restait ahuri, hébété devant un plat déplorablement vide, à côté duquel g'aait un os de jambon parfaitement dénudé. En avant du plat, sur la nappe blanche, deux pistes, moitié boue, moitié poussière, et dessinant avec une évidente précision la trace des pattes d’un chien, dénonçaient clairement le trop coupable auteur du larcin.
Un hurlement de rage répondit aux lamentations de l'hôtelier.—Chien de malheu, ! s'écric-t-on en se précipitant à la porte de l’auberge. Sur la route poudreuse l'animal, lesté d’un repas copieux et choisi, détalait à toutes jambes. Les malédictions parties à son adresse arrivent à son oreille qui se dresse ; il allonge le trot et, lo corps tendu comme un arc, il disparaît comme un trait au premier tournant de la route.
Faisant piteuse grimace, nos voyageurs durent 8e contenter de pain et do beurre. Quant à l’hôtelier, on peut se figurer sa déconvenuo.
Le lendemain, Franquet, arrivé à Montréal, s’ompresse do faire visite au beau monde. Entre autres il mentionne: M. le baron de Longueuil, gouverneur particulier de la ville, C'était alors, dit-il, un homme de soxiante-sept à soixante huit ans, extrêmement gros ot pgsant, et dont la santé ne promettait pas une longue suite d'années ;
du reste, honorable, veuf et chargé de quatre filles &
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en état d'être mariées, et de deux garçons. Viennent ensuite : M. d’Autagnac, lieutenant du Roi, fort vieux et plein de bon sens; M. de Noyan, major, homme de cinquante-cinq ans et de beaucoup d'esprit; deux aides-major, un capitaine des portes; Varrin, commissaire de la marine, et Martel, garde-magasin, homme fort riche, Ces deux derniers, on le sait, étaient des créatures de Bigot et devaient finir par partager la disgrâce de leur bien digne patron.
Dans aucune ville d'Europe, proportionnellement à la grandeur, dit Franquet, on ne saurait voir autant de femmes et de filles qu'à Montréal. ‘ Le militaire, qui y est nombreux, y donne lieu. C’est la résidence de la plupart des familles d'officiers. Tout le monde s’y marie, jusqu’au dernier enseigne, et même un cadet à l’aiguillette y est considéré
comme un parti avantageux. ”
Et il explique comment la seule espérance d’avoir un poste à commander donne lieu à ces mariages, où souvent ni l’une ni l’autre des parties n'apportait aucun bien. Le commandement d’un poste, qui était une faveur accordée par le gouverneur général aux officiers de la colonie, leur ouvrait une véritable source de fortune. Indépendamment de la gratification ordinaire qui y était attachée, on débitait, dans les postes, quoique ce fût défendu, de l’oau-de-vie aux sauvages, et toutes sortes de marchandises, sur lesquelles on gagnait, en échange des pelleteries, au moins cent pour cent. Les meil-
. Viendu Roi, Noyan, de beaunaine des rine, et Ces deux de Bigot de leur
Ilement ait voir al. ‘‘ Le u. C'est officiers.
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e d’avoir lages, où pportait ste, qui général ne vérint de la hée, on endu, do de maréchange es meil-
leurs postes étaient ceux des pays d'en haut; un officier qui y commandait deux ou trois ans, s’en revenait avec au moins 30, 40 et 50,000 livres.
Pour appuyer ce dire, l’auteur cite le cas de Marin, qui, l’année précédente, était revenu de la Baic des Puants avec 400 paquets de peax de cas-
‘tor, et 365 de peaux de loutre, de martre et de loup-
cervier; le tout estimé à 250,000 livres. ‘ C'était la seconde année de son commandement; la première n'avait pas moins produit, et pour peu que la troisième soit de même valeur, il gagnera, tous frais fuits, plus de cent mille écus. ”?
Ce Marin appartenait aussi à la grandé association Bigot et Cie. ‘“ C'était, dit l’auteur des Mémoires sur les affaires du Canada, l'homme le plus difforme de la colonie; il était bossu, et n’avait rien que de sinistre dans la physionomie et le maintien, mais il avait de l’esprit et beaucoup orné; il était ambitieux et souvent généreux par vanité ; il poussa le luxe jusqu'où il pouvait aller an Canada; et, à l'égard du désir d’amasser du bien, Cadet ne pouvait choisir deux personnes (Marin et Pénissuult) qui se concilieraient mieux et qui emploieraient plus de moyens, de vexaiicns et de détours-qu’eux ; aussi jamais on ne vit voler et en donnor l'exemple plus impunément, et jouir ou plutôt triompher de la misère publique, avec plus de faste et d’arrogauce qu'ils le firent. ”
Après avoir blimé hautement ce mode ‘d'admi-
nistration et fait, sur les réformes à y apporter, des suggestions trop longues pour être énumérées dans cette étude, Franquet a l’occasion de constater la grande expédition que les gens de l'endroit mettent à bâcler un mariage. À peine avait-il passé huit jours à Montréal, qu'il était appelé à servir de père à un de ses compagnons de voyage, M. de Maizières, lieutenant d'une des compagnies de Ja marine en garnison à Louisbourg, lequel épousait une des filles du baron de Longueuil.
Voici le portrait qu’il trace des habitants de Montréal, avant de quitter cette ville; nous le reproduisons tel quel, en lui en laissant toute la responsabilité :
‘ Les hommes sont généreux, obligeants, mais la plupart d’un caractère insubordonné. Ils aiment la parure et le faste, sont forts et vigoureux, assez pourvus d'esprit mais l'éducation leur manque, de sorte que, s'ils étaient instruits, je les croirais capables de pénétrer les sciences et de posséder les Charges qu'exige l'administration d’un Etat,
“ Les femmes y sont de figure plus jolies que belles, y sont d’une constitution forte, ont la jambe bien faite, peu de gorge, marchent bien et ont dans leur port bonne grâce ; elles l’emportent sur les hommes pour l’esprit— généralement, elles en ont ‘beaucoup—parlent un français épuré, n’ont pas le moindre accent, aiment aussi la parure, sont généreuses, polies et même maniérées. Je leur soupçon. nérais un peu de coquetterie; au moins leur
prter, des rées dans onstater l'endroit o avait-il appelé à P voyage, mpagnies uel épou-
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fagon de se mettre semble l’annoncer. Elles sont ordinairement bien chaussées, portent le jupon fort court, sont serrées à la ceinture et vêtues, au lieu de robe, d’un mantelet des plus propres qui ne leur pend que jusqu'à la taille ; il est aisé de se représenter que, sous un tel habillement, tous leurs mouvements sont marqués, et que, pour peu qu'ils soient soutenus de regards flatteurs, elles captivent aisément les cœurs. Elles sont néanmoins attachées à leurs maris et à leurs enfants, aiment le plaisir et s’en font un sensible de prévenir les étrangers de politesse...”
Du voyage que M. le Général et M. l'Intendant faisaient tous les ans à Montréal, et de l’escorte dont ilss’entouraient.— Un galant intendant.—Course en traîneaux et soupers fins.—La Cour de M. Bigot.
Il était alors d'usage que le Gouverneur montât chaque année à Montréal, dans le courant de janvier, pour ne revenir à Québec que dans le mois d'août, Entre autres affaires qui nécessitaient ce voyage, les principales concernaïient l’administration des différents postes du roi dans les pays d’en haut; le choix des officiers et des soldats chargés de la défense des postes; les moyens et le
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prix de transport de ces troupes, des vivres et des: munitions dont chaque fort devait être pourvu pour un an. Il fallait encore délivrer des congés à ceux des: commerçants qui se présentaient pour aller y faire la traito, déterminer le nombre des engagés pour le service du roi et pour celui des négociants, afin de pouvoir constater, tous les ans, le juste nombre A des habitants qui sortaient de la colonio. Il y avait aussi à recevoir les députés des nations sauvages, qui venaient, chaque année, à Montréal apporter des présents en échange de ceux qu'on leur distribuait au nom du roi. Enfin, l’on profituit de ces entrevues pour fuire aux différentes nations sauvages, les représentations et les réclamations concernant les possessions que nous avions chez elles, ot l’on recevait de leurs députés les colliers qu'elles envoyaient pour la sûreté dos engagements qu’elles prenaient avec nous.
Or, en l’année de grâce 1753, le général, M. Duquesne da Menneville, ayant fixé son départ de , Québec au 14 janvier, M. l'iitendant s'offrit à l'accompagner jusqu’à la Pointesaux-Trombles, à
lui donner à souper, le même soir, en cet endroit et à déjeûner, le lendemain; proposition gracieuse qui fut aussitôt uccoptée. Pour la décence de son état, le général avait coutume, en pareil cas, d'être accompagné de plusieurs officiers. Ceux dont il avait fait choix pour son escorte en ce voyage étaient : d’abord, M. Duchesriay, son capitaine des gardes, et M. Merelle, son secrétaire ; ensuite, les capitaines de Saint-Ours, la Martinière, Morin et:
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Péan, et MM. Saint-Laurent, le chevalier de La Roche et M. Le Mercier, lieutenants ; enfin ses domestiques et deux gardos.
‘“ L'on pouvait, remarque Franquet, considérer cet arrangement à l'instar de la liste quo fuit le Roi pour les seigneurs de la cour qui doivent être du voyage de Marly.”
Il en était de M. l’intendant comme du général, il ne voyageait point seul, mais accompagné d’un certain nombre d'officiers qui lui formaient une petite cour, Et M. Bigot devuit savoir rendre ces voyages fort agréables, à voir l’empressement que chacun mettait à s'y fuire inviter, Cette fois-ci, les heureux élus étaiont le sieur Franquet, les capitaines Saint-Vincent, Dumont et de Lanaüdière, et M. de Repentigny, lieutenant.
Mais qu'on n'aille pas croire que M. Bigot ne s’entourât en voyage que d’admirateurs choisis parmi le sexe luid : certes, était-il trop galant pour celu ! Les belles dames du temps étaient aussi admises à lui faire escorte. Parmi toutes les femmes de la suite du fastueux fonctionraire, marchait au premier rang la reine des belles, Madame Péan : et puis venaient, étoiles de deuxième grandeur, Mesdames de Lotbinière, Marin, de Repentigny et du Linon.
Tout ce beau monde prit place, à dix heures du matin, deux à deux dans des carrioles traînées chacune par deux chevaux ; ce qui, pour les maîtres seuls, faisait douze traîneaux,
Venaient ensuite les gardes de M. le général et de l’intendant, les domestiques, les bagages, la batterie de cuisine et la vaisselle de M. Bigot, le maître d'hôtel, le cuisinier et ses aides: ce qui donne un surcroît d’au moins dix à douze voitures. Mais ces dernières n’étaiont tirées que par un xeul cheval.
Groupés sur la place d'armes, entre le couvent des Récollets et la porte d'honneur du château Saint-Louis, plus de trente chevaux piaffaient d’impatience et, en secouant la tête, agitaient leurs colliers à grelots qui rendaient mille joyeux tintements. Enfin la voiture du général se mit en mouvement et toutes les autres suivirent à la file. Le cortège défila par la rue ot la porte Saint-Louis, au bruit d’une salve de coups de canon, et s'enfonça dans la campagne au milieu d'un nuage de poudrerie. Il faisait un grand froid, et la neige, chassée par un fort vent de sud-ouest, désolait les voituriers en leur fouettant la figure.
On arriva à la Pointe-aux-Trembles dans l’aprèsmidi, sans aucun incident digne de remarque.
On descendit au convent des Sœurs de la Congrégation, à la porte duquel une vingtaine de miliciens formaient la haie pour faire honneur au général. Cotte garde y devait passer la nuit et ne se retirer que le lendemain, après le départ de M. Duquesne. La maison des Sœurs était assez grande, et le général en fit son logis pendant que chacun allait chercher couvert dans les environs,
néral et ges, la igot, le ce qui oitures, un seul
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Fraaquet ot l'intendant logèrent chez le curé Quant à sa cuisine, M. Bigot l'avait installée au couvent, dont les cheminées vomirent toute l'après-midi et toute la journée du lendemain, une fumée d'enfer,
A cinq heures du soir, on 8e réunit chez le général, où l'on soupa et joûùa avant de s’aller coucher. À dix heures, chacun avait regagné son gîte,
Lo lendemain, à neuf heures dun matin, le généra continua sa route avec les officiers qui l’accompa, gnaient. Oinq ou six carrioles précédaient la sienne pour battre lechemin. Aprèsle départ du marquis l'intendant vint le remplacer au couvent, et pro posa à touto la compagnie d'y passer la journée “ ajoutant que son maître d'hôtel s'était précau tiouné de vivres à cet effet, et que, le lendemain, l'on partirait après le dîner.” Chacun y consentit avec joie. On y joua beaucoup, dit Franquet, et l'on y fut servi avec la même propreté et les mêmes attentions de la part de l’intendant, que si l’on eû été à la ville,
Le 16, après avoir dîné, ils remontaient tous en voiture sur les deux heures de l'après-midi, pour revenir à Québec, Le temps était beau et clair Aussi ne s'arrétèrent-ils qu’un instant chez le pas seur du Cap-Rouge pour permettre aux dames qu souffraient du froid de se réchauffer. Arrivée en ville à cinq heures du soir, toute la joyeuse compagnie s’abattit chez madame Péan, dans sa maison de la rue Saint-Louis, où, après avoir soupé grandement, l'on ne so sépara qu'à dix. heures
Pendant que sa femme faisait ainsi les honneurs de sa maison, co bon capitaine courait vers Montréal à la suite du général.
Comm il l'avait promis au gouverneur, en le quittant à la Pointe-aux-Trembles, Bigot dut 5e préparer à le rejoindre à Montréal vers le milicu de février. Il était aussi d’usago que l’intendant fît ce voyage tous les ans en hiver. Il allait y r'gler la fourniture des vivres aux postes des pays d'en ha“t, le choix des présents à faire aux différentes ni.tions sauvages, suivant les mémoires et les états signé: do la main du général, et les frais de transport par canote de tous ces effets. Il devait encore y arrêter les dépenses d’une année à l’autre, et constater l'état des magasins du roi. Hubituellemént, ce voyage ne se faisait qu'au commencement de mars, Mais il fut avancé cette année-là, eu égard aux tt pe considérables - u’il y avait à prendre pour le départ d’un parti qui, sous le ‘commandement du capitaine Péan, devait aller s'emparer de la Belle-Rivière (l'Ohio), afin d'y arrêter l'envahissement des Anglais 1,
(1) Péan fut envcyé avec un détachement du côté de la Belle-Rivière. Le capiteine de Cor irecœur, qui commandait en cet endroit, fit, 4’après les instructions données par Péñn, bâtir au lieu où la Moncugahéla (la Malengueulée, comme os Canadiens l’appelaient) se jette dans l'Ohio, un fort qu'il nomma Duavasne, C’est près le cet endroit que devait partir bientôt ce coup de fusil doublement fetal qui, en tuant M, de br umonville, allait ditermirer cette longue série
“hostilités qui devait amener le chute de la domination él daris l'Amérique dû Nord.
Onneurs Montréal
r, en le dut 5e dilicu de dant fit y r'yler Ys d’en lérentes cs états 0 transencore atre, et ituelle.
eméent
Madame Daine, femme du lieutenant générai de la prévôté; madame Péan, mesdames de Lotbinigre et de Repentigny, toutes les deux mariées à des lieutenants, madame Marin, dont le :ari était enseigne,et enfin madame du Linon, quiétait la femme d'un négociant, composaient l’escorte féminine dont M. Bigot voulut s’entourer. Messieurs Franquet, l'inspecteur des fortifications, Saint-Vincent et de Lanaudière, capitaines de la marine, Dumont, capitaine réformé, de Repentigny, et M. des Meloizes, qui était enseigne et proche parent de madame Péan, représentaient la partie masculine de cette aimable société qui entourait Bigot d’hommages intéressés. Le secrétaire de l’intendant, Deschenaux, et M. de Saint-Luc, capitaine de lu garnison de. Montréal, que des affaires avaient temporairement attiré à Québec, étaient aussi du voyage. Mn tout seize personnes—Franquet se trompe en en comptaut seulement quinze — indépendamment du maître d'hôtel, du hoqueton, des cuisiniers et des domestiques.
M. Bigot en voyage.—Sur la route.—Visite à une malade.— Quête pour les pauvres. — Rencontre inattendue, — À l'épouvante.—Montréal.—L'intendance et le château. — Une coquette. — Grands galas. — Le carnaval il y a cént ans.—Jugement de Franquet sur les fonctionnaires du temps.—Voleries et pillage.—Les coupables.—Le châtiment,
M. l'intendant avait prévenu ses invités d'envoyer chez lui, six jours avant le départ, les malles et les effets qu'ils voulaient emporter, ‘ afin de les expédier de bonne heure,sur des traînes, à Montréal, avec une partie de ses gens, ainsi que la batterie de cuisine, le linge en tous genres, et tout ce qui sert à l’aisance et usage pour être logé commodément, et y pouvoir tenir tous les jours une table de vingt à vingt-quatre couverts, ”
On voit que M. Bigot faisait assez bien les choses. Le huit février, on se rendit au palais de l’intendant, où l’on dîna avec le même ordre et le même luxe que s’il n’eût pas dû bowger do chez lui; après quoi, chacun fat joindre #& esrriole avec la dame qu'il conduisait. La joyesee earavane ayant M. Bivoten fête, s'élança dans la rue Saint-Vallier, pour gagner de là le chemin de Lorette. Les chevaux, gorgés d'avoine, bondissaient ardents sur
cm. 06:
la neige durcie, et, la crinièro au vent, la tête fièrement relevée, aspiraiont bruyamment l'air froid d'une claire journée d'hiver. Le cortège, lancé au grand trot, disparut bientôt aux yeux des bourgeois que tout le brouhuha du départ avait attirés aux
dci | abords de l’intendanco.
brest | Les voyageurs s'arrêtèrent à la Pointe-aux- 4 Trembles pour y coucher. Le premier soin de
hâti chacun d'eux, en y arrivant, fut de se chauffer et | de chercher son logement, Après quoi, la société
se réunit à celui que l’intendant s'était choisi. L'on
y joua jusqu’à sept heures, et l’on soupa ‘“ grande-
en- ment” pour ne se séparer que sur les neuf heures. Îles ‘“ Lo secrétaire de l’intendant paya et congédiu > les tous les voituriers venus de Québec, et donna des Dnt- ordres au capitaine de la côte de tenir prêt pour le at- lendemain, à sept heures du matin, le nombre de ce chevaux nécessaire pour fairo route.” "hs Le lendemain matin, chacun se rendit au logens ment de l’intendant, où il fut servi du thé, du caié, du chocolat et même un morceau à manger e8, pour ceux qui le désiraient, et l’on remonta en n- carriole, Après avoir dépassé l’église du Cap-Santé ne et descendu, plus loin, ‘ la eôte à Pagé,” toute i; | la compagnie vint chez le sieur Mercure, capila 3 taine de la côte, pour y prendre des chevaux de nt relais. On profita de l'arrêt pour so chauffer et r, | déjefiner pendant deux bonnes heures, et l’on " | repartit après midi.
Arrivés à Sainte-Anne de la Pérade, sur les quatre
heures, M. Bigot et sa suite firent halte chez M. Noet, capitaine de la côte. Tandis que l’intendant y établissait son quartier général, Franquet était appelé à prendre son logement chez M. de la Pérade, lieutenant réformé, seigneur de l'endroit et père du capitaine de Lanaudière. Le soir, comme d'habitude, réunion chez M. l’intendant, jeu et grand souper jusqu’à neuf heures.
Repartis le lendemain de bonne heure, les voyageurs changeaient de chevaux au Cap de la Magdeleine, chez le sieur Rochereau, mais sans 8’y reposer. Madame Marin, que Kranquet conduisait, voulut descendre aux Trofs-Rivières chez sa sœur, madame de Rigaud Vaudreuil, qui, l’on s’en souvient, était la femme du gouverneur particulier de la ville. M. Franquet n'avait pas un moindre désir de présenter ses hommages à madame de igaud, qui l'avait si bien reçu l'été précédent. Madame Daine et M. de Saint-Vincent, dont la voiture suivait celle de Franquet, voulurent aussi arrêter chez le gouverneur. Il était onze heures quand ils y arrivèrent. Bien que la maîtresse du logis fût au lit et gravement malade, elle n’en accueillit pas moins bièén ses hôtes et leur fit servir un dîner ‘“ des plus amples en gras eten maigre.” Pendant qu’on était à table, M. l’interdant passa en dehors de l’enceinte de la ville, sans s'arrêter ; suivant l'usage, on le salua de plusieurs coups de canon. Après lo dîner, les voyageurs retournèremt dans la chambre de la nsalade où, tout en causant, ils prirent du café. À deux heures de l’après-midi, ils
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repartaient pour rojoindro lours compagnons de route ot s'en aller coucher à Yamachicho.
Le lendemain était un dimanche, Lo curé do Yamachiche, dit Franquet, était un prêtre extrêmement charitable ct donnant jusqu’à son nécessaire aux pauvres. Il dit, ce jour-là, la messe do bonne heure, et madamo Duaine, y ayant quêté, recucil!it vingt et uno livres. Après avoir déjcûné, l’on se remit en route, à dix houres du matin.
Il était à peine trois heures do l’après-midi quan la société atteignit l’Ile-au-Castor. Le jeu s’engageait à l'ordinaire pour faire attendre le soupor avec plus de patience, lorsque, contre toute attente, le général parut. Il arrivait de Montréal avoc MM. Duchesnay, Marin, Péan, et Le Mercier, deax gardes et autant de domestiques. Surprise agréable, parties de jeu surpendue:, force embrassades, compliments, et propos en l'air pendant un gros quart d'heure. Les salutations terminées, l'on se remit à jouer et puis l’on soupa comme à l'ordinaire.
Le jour suivant, après avoir déjeûné et fait atteler les chevaux, tous, lo général en tête, repartirent pour aller coucher à la Pointe-aux-Trembles de l'île de Montréal. Dans la traversée, Franquet, qui était seul dans sa carriole avec le voiturier-le général ayant pris avec lui madame Marin, qui
souffrait do la migraine—Franquet, dis-je, faillit se noyer. Les chevaux s'étant emportés, le cocher descendit de son siége pour les arrêter, mais il
reçut un coup de pied du cheval de devant, qui lui enleva toute la peau du sourcil et du front, Comme les chevaux affolés se rapprochaient rapidement de la partie du fleuve qui n’était pas gelée, Franquet, ne pouvant les maîtriser seul, sauta sur la glace pour éviter un piongeon des moins agréables à cette saison de l’année. Les deux fringants coursiers finirent pourtant par s'arrêter.
Quand toute la société fut réunie, le soir, à la Pointe-aux-Trembles, dans la maison affectée pour y rassembler la compagnie, il fallut démonter les cloisons et ne faire qu'une seule chambre de plusieurs. On y joua beaucoup, même le pharaon, et puis on soupa grandement, comme toujours, après quoi l’on se retira un peu plus tard qu’à l’ordinaire.
Le i3, après le déjeûner, ces messieurs. allaient faire leurs baise-mains aux dames et présenter leurs hommages aux généraux. Après le dîner, ils poursuivirent leur route jusqu'à Montréal, où ils entrèrent par la porte de Beauharnoïs. Ils descendirent à l’intendance, où le logement avait
été retenu pour toutes les dames — à l’exeeption de madame Marin — pour Franquet et M. Saint- Vincant séparément, pour M. Péan et M. de #epentigny avec leurs femmes, MM. Le Mercier et des Meloizes ensemble. Après s'être reposé, chauffé et décrassé (Franquet se sert souvent de cotte expression), chacun se rendit au château
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où le général avait invité toute la compagnie à souper. |
Le lendemain et les jours suivants fureat employés à fuire des visites de bienséance chez les dumes, chez tous les officiers et généralement chez tout le beau monde de la ville. Nous avons déjà nommé quelques-uns des principaux personnages qui tenaient alors le premier rang à Montréal, et, entre autres, le baron de Longueuil, gouverneur de la ville, M. d'Autagnac, lieutenant du roi, M. de Noyan, major; MM. J.-B Varin, commissaire de la marine, et J.-B. Martel de Saint-Antoine, garde des magasins du roi. Il nous faut mentionner encore MM. LeMoine-Despins, qui était chargé de la fourniture des vivres à Montréal ; Louis-André- Antoine Pénisseault, commis, à Montréal, de Cadet, le munitionnaire général, et François Maurin, aussi commis de Cadet 1.
À cette époque, le captaine Péan faisait, pour se consoler de ses chagrins domestiques, une cour assidue à madame Pénisseault, qui devait cepen-
(1) Dans mon second article, j'ai un instant confondu çe Maurin avec le mari de la dame Marin qui était la compagne de voyage de M. Franquet ; et, trompé par la similitude des noms et l'intimité des deux personnages avec l’intendant, j'ai pu croire un moment qu’ils ne faisaient qu’un seul individu. Il me semblait que Franquet, qui connaissait intimement madame Marin, devait voir bien orthographier le nom de l’homme dont il est fait un si vilain portrait dans les Mémoires sur les affaires du Canada, et qui s'appelait
dant finir, dit l'auteur des Mémoires que nous avons déjà cités, par lui préférer M. le chevalier de Lévis, qu'elle suivit plus tard en France, et qui se compromit beaucoup pour elle en Cunada, Au dire de Dussieux, lorsque Pénisscault fut enveloppé dans la disgrâco qui frappa Bigot, madame Pénisseault sut tollement gagner les bonnes grâces du duc de Choiseul, qu’elle obtint de ce ministre des lettres do justification pour son mari, et lui conserva les gains frauduleux qu'il avait été condamné à rendre.
Après ces visites chez les principaux dignitaires de lu place, tous les hôtes do M. Bigot revenaient à l’intondance pour dîner et y passer les soirées, ‘“ IL avait tous les jours dix-huit à vingt couverts, soir et matin, mettait six fois la nappe contre le général une, et il n'aurait cessé d'avoir des dames de la ville à manger, si le général, dont lo dessein était do n’en prier aucune, ne l’cût engagé de s’en dispenser. M. Bigot souscrivit malgré lui à cet arrangement; mais les dames n'étaient point con: tenter, Aussi y avait-il tous les jours nouveaux brocards répandus dans le public. Elles étaient
bien Maurin, comme on peut s’en convaincre en consultant le jugement rendu contre Bigot et ses complices. Le mari de madame Marin, dont parle Franquet, était officir-. Du reste, il me paraît être celui-là même qui avait fait des profits si scandaleux au poste de la baie des Puants. Mon seul tort serait donc de l'avoir un moment confondu avec ce François Maurin qui, tout en étant aussi malhonnête, n'avait de plus que le tort d’être laid et bossu,
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d'autant plus animées que le général, à son arrivée, avait fait connaître qu'il n'irait rendre visite qu'aux femmes des capitaines. Une conduite aussi nouvelle pour la colonie indisposa tout le monde, M. l'intondant n'était pour rien dans tous les propos. Il y avait tous les jours assemblée chez lui, les dumes venues aveu lui de Québec suffisant pour attirer beaucoup de monde à l’intendance. D'ailleurs, comme tous les gens d’un certain ordro sont, liés de parenté et d'amitié dans ce pays, il en venait de temps en temps quelques-unes de la ville au palais, mais on no les y retonait à souper qu'autant qu'elles y avaient passé la soirée.”
Voici maintenant, entre mille, un fait qui prouve que l’intendant et ses amis songouient bien plus à s’amusor qu'à remjilir les devoirs de leur charge. Franquet avait, entre autres missions, celle de choisir un endroit pour y élever des casernes. Il proposa plusieurs fois aux chefs do la colonie de visiter-et de déterminer avec lui l'emplacement le plus propre à cette destination, mais inutilement. “ Un jour l’on était trop affairé, et l’autre il faisuit trop mauvais temps pour sortir. Enfin on ne put trouver l'instant d’y aller, Je pris le parti de n’en plus parler et je suivis le torrent des plaisirs. Il ÿ avait, soir et matin, grande chère, beaucoup de jeux et nombreuse assemblée.” L'intendant s'étant décidé à ne retourner à Québec qu’à l’ouverture de la navigation, toutes les dumes souscrivirent de grand cœur à cette décision, Elles engagèrent aussi à rester quelques-uns des cavaliers qui avaient monté
L faisait 114 livres pour aller de Québec à Montréal,
avec elles. Il n’y eut que M. Franquot qui n'y voulut point consentir et qui, le mercredi des cendres, reprit le chemin de Québec.
Le galant colonel dut cependant quitter la ville à regret ; car, depuis le commencement des jours gras, ce n’avait été qu'un onchaînement de fêtes et de plaisirs. Ainsi, le dimanche, il y avait eu bénédiction de trois drapeaux destinés à la milice qui allait partir pour la Belle-Rivière; tout le beau monde y avaitété invité. Après la cérémonie, il y avait eu dîner et grandissime souper cheg le général. Le lundi et le mardi gras ne furent, certes, pas moins bruyants au palais de l’intendant. Il y eut beaucoup de jeux de commerce et de hasard, et quarante couverts tous les soirs, sans oublier la danse et les masques.
Malgré toutes les politesses dont M. Bigot l’a comblé, Franquet ne peut cependant pas s'empécher de remarquer et de déplorer l'énorme gaspillage des deniers publics auquel les goûts fastueux de l’intendant et de son entourage devaient donner lieu. Entrant dans quelques détails des dépenses qu’entraînaient de pareils voyages, il nous apprend que l’on payait vingt sols par lieue pour un seul cheval, ce qui, pour une voiture à deux chevaux,
en comptant cinquante-sept lieues entre les deux villes. Quant aux traînes pour les équipages et aux carrioles à une personne, le prix de chacune était de 70 à 75 livres d’une ville à l’autre. Indé-
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y en avait d'autres comme la nourriture de tout ce monde, maîtres et valets, et ensuite les journées du grand-voyer qui devangçait le général ou l'intendant de quelques jours pour l'arrangement des chemins. Il était payé à raison de 7 livres et 10 sols par jour, 8AN8 compter les frais extraordinaires.
D'ailleurs, pour la plus grande sûreté des chemins en hiver, les habitants des côtes étaient obligés de les frayer avec un certain nombre de car” Plus il y on avait et plus on était content considérait que c'était une t et d'affection. Aussi pouton dire que, lorsque les généraux était en marche, toutes les côtes étaient en mouvement. Aux endroits désignés pour les relais, il fallait que le nombre des chevaux demandés #y trouvât, ‘ sans quoi, punition de prison, ainsi qu’elle s’est enguivie à plusieurs défaillants qui ne 8 était point rendus, dans la confiance que, le temps étant par trop dûr et trop mauvais, le général ne marche-
rait point.” & Enfin, dit Franqu
rioles.
d'eux, vu que l'on marque d’attachemen
et en concluant, on n'épargne
rien dans ce pays quand Îles chefs de la colonie méditent quelque voyage. Tout se paie largement, et, comme ils sont dépositaires des fonds, on n6 ménage point les dépenses. Il n’y a qu'à juger de toutes autres en général par celles d'un voyage de cette nature. Tout le monde est yoituré aux dépens du roi, Maîtres et domestiques sont défrayés, et la
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