‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 8 sur 26 · DE WINDSON À SAINT-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

DE WINDSON À SAINT-AUGUSTIN

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Winpson, lundi 30 janvier 1882,

Après nous être procuré nos billets de chemin de fer pour notre voyage du Canada à la Floride— série: de “coupons imprimés sur deux ‘bandes de papier, longues de trois ou quatre pieds et destinées à étonner, sur notre route, aussi bien- les condusténrs de convois que les gargons d'hôtel— nons.allons.dtner chez. M. Girardot; instituteur français, établi depuis plusieurs années aux environs de Windsor, .

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Notre hôte demeure Sandwich, à an peu plus de deux milles de Windsor, Pour faire honneurèss table, justement renommée à plusieurs lieues à la ronde, nous nous rendons à pied chez lui, afin de développer notre appétit par trois quarts d'heure de marche, à l'air piquant d'une belle matinée comme nous en avons en octobre dans la province de Québec. Arrivés à destination, nous frappons à la porte d'une villa blanche et coquette avec ses persiennes vertes et son air d’heurouse bonhomie.

—Entrez, entrez, messieurs, et soyez les très bienvenus, nous dit un homme de soixante ans, mais tout à fait vert encore et dont la figure : s'épanouit dans un largs et bon sourire. Permettez-moi de vous présenter à ma femme et à ma fille, madame Péquineau. Maintenant, voici le cousin Tournier et le cousin Hippolyte Girardot, ainsi que mon fils Ernest.

Nous saluons, l’on nous salue, et le père Girardot

s'écrie:

—Messieurs, je crois que l’air vif que vous venes de respirer nécessite un potit verre d'éau-de-vie. Vous êtes en transpiration, et quelques gouttes de cordial vous empêcheront de vous enrhumer. Sans compter que cela donne du ton à l'estomac avant de dîner. |

-— Oh! pour ce qui est du tin, monsieur Girardot, nous en AvOnS up fameux, et d'un diapason PHeene élevé! .

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— Oni, eh bien, tant mieux! tant mieux! Et, puisqu'il en est ainsi, mettons-nous à table, car vous êtes justement arrivés à point. Messieurs, veuillez prendre placo.

L'instant d’après, nous trempions hardiment nos cuillères dans la bonne sonpo aux légumes, dont la vapeur chaude et parfumée nous chatouillait ngréablement les papilles nasales, Puis vint un fricandeau de poulet, relevé d'uno pointe d'ail, qui alla jeter l'éveil jusque dans los cavités les plus intimes de nos estomacs déjà bion dégourdis.

— Maintenant, messieurs, dit notre hôte en saisissant comme au vol une boutaille qui se dressait en face de lui — chacun des convives, du reste, avait sienne — vous ullez mo faire l'honneur de boire avec moi de ce vin de mu confoction. Peut-être lui trouverez-vous quelque quulité.

Il remplit de la saine liqueur vermoille nos verres, que nous portâmes à nos lèvres. Après une seconde de recucillement :

— Oh mais! oh mais ! c’est qu'il est bon, ce vin ! nous écriâmes-nous.

— N'est-co pas ? dit le pèro Girardot, en faisant claquer sa langue avoc satisfaction, tandis que son excellente figure s’illuminait de ce franc riro de l’honnête homme qui jouit des bonnes choses de la vie, après une carrière tissuo de dévouoment et de devoirs noblemont accomplis... Hum ! messicurs, vous en buvez quelquefois, je pouse, qui n’a pas le bouquet de celui-là !

L Bur notre âme, il disait vrail

L'an de nous s'étant avisé de lui demander de l'eau pour couper son vin, selon son habitudo:

«ÆEhl comment donc, monsieur ? fit le digne homme en remplissant do vin lo verre jusqu'au bord; dans ce pays de la vigne, est-ce qu'on boit de J'eau?... A votro santé!

Et lui-même but à verre pleurant,

— Vous manufncturez ce vin vous-même ?

— Oui, monsicur,

— Depuis combien de temps ?

; = En 1872, le cousin Tournier — qui est aujour, d'hui le grand vigneron du comté d’Essox—et moi, nous plantions chacun six cent cinquante pieds de vigne Concord. A la troisième végétation, nous récoltions suffisamment de raisin pour faire du vin. Aujourd’hui, avec chacun notre arpont de vignes — que nous ne céderions pas pour $1,500 — nous obtenons mille gallons de vin par an. Mon fils Ernest a maintenant, à lui seul, do quatre à cinq arpents plantés de trois mille pieds, qui vont bientôt donner les meilleurs résultats. Depuis nos premières tontatives et à la suite de nos succès, la culture de la vigne s’est propagéo d'une manière étonnante aux environs de Sandwich et de Windsor, dont le sol se prête merveilleusement à la venue du raisin, surtout dans le voisinage de la rivière. Nous avons aujourd’hui, dans le comté, cent arpents plantés en ‘ vignes; cette culture va se doubler et se tripler,

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