‹ Récits et souvenirs: romans des famillesChapitre 3 sur 6 · UN AMATEUR · texte numérisé non relu

UN AMATEUR

Les meubles étaient entassés près du seuil, et le crieur public appelait à haute Toix les acheteurs. Quelques passants s'arrêtaient; mais à peine avaient-ils jeté les yeux sur les objets exposés qu'ils continuaient lair route. Les mendiants eux-mêmes passaient sans y jeter un regard d'envie. Le crieur, lassé de ses vains efforts, se tut, et^ secouant la tête :

— Vous en serez pour vos frais, maitre Cavcrdone, dit-il à un petit vieiUaard en* lonet te9, debout à ses côtés ; j'ai peur qu'il n*y ait à Rome personne d'assez pauvre pour acheter ks guenilles de la veuve de Petegrino. Tout eequi es^làne v<ms rapportera point trois ducats.

— El ht malheureuse m'en drâl douze ! s'écria le petit vieiUard en frappant la terre de sa eaime. Dooze

ducats, Jacobo, aussi vrai que je suis chrétien ! davantage, peut-être ; car j'avais confiance en son mari ; je lui fournissais essences, pinceaux et couleurs sans trop compter. Qui m'eût dit qu'il serait mort avant de s'acquitter?... Je suis trop bon, trop confiant... Vous voyez ce que ce malheureux barbouilleur m'a laissé en nantissement : des guenilles, une femme, et quatre enfants. On ne peut vendre ni les enfants ni la femme, et Jes guenilles, dites-vous, ne valent pas trois ducats. Ah I les pauvres gens qui ont quelque chose à eux sont bien malheureux, Jacobo; tout le monde les expioite,les trompe, les pille...

Le crieur public regarda derrière lui.

— Ne parlez pas si haut, dit-il à demi-voix ; la veuve est là derrière avec ses petits, et vous savez comme elle a du cœur ; elle prendrait ce que vous dites pour un reproche. Après tout, maître Caverdone, ce n'est point la faute de Pelegrino si la fièvre l'a emporté.

— Non, mais c'est sa faute de m'avoir pris des marchandises pour douze ducats.

— Il vous durait payé s'il eût vécu.

— Je le'crois bien.

— De quoi vous plaignez-vous alors ?

— Comment! de quoi je me plains! s'écria le petit vieillard exaspéré ; mais de ce qu'il n'a point laissé de quoi solder sa dette. . . Voilà bien comme vous êtes, vous autres gens du peuple ; vous vous soutenez contre nous I... Ne dirait-on pas que le fossoyeur donne quit-

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