‹ Recits Laurentiens:Chapitre 7 sur 25 · RE · texte numérisé non relu

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Enfin, je suis certain qu’elles ne sont jamais plus heureuses, les roses du vieux rosier, que les matins où la main pieuse d’une fillette vient les cueillir pour les porter dans le coin retiré de l’église, où, dans l'ombre, la Vierge des Hurons, de ses deux doigts levés, montre toujours le ciel !

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’EsT une grande croix de bois, simple et vieillie !

Quand mon souvenir, comme un doigt, tourne les pages anciennes du livre de ma vie, je la revois toujours cette croix, làbas, le long du chemin aux ornières profondes. Il faut qu’elles aient une âme, les choses, pour que leurs images, parfois s’incrustent dans notre âme à nous, comme un lichen dans la pierre !

Chaque année, quand juin ramenait le soleil chaud, les fraises et la liberté, on m’envoyait chez grand-père, à Saint-Norbert d’Arthabaska. Sitôt que le train, sortant des savanes toutes riantes sous la blancheur des sureaux fleuris,

s’arrêtait, trépidant, à la station de Stanfold, je voyais apparaître sur le quai la figure familière de mon oncle Jean.

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La vieille jument Souris était là, attelée à la barouche à deux sièges qui danse si gentiment dans les cahots du chemin! Nous passions aux bagages, et pendant que le train disparaissait dans un tournant, Souris prenait tranquillement la route sablonneuse qui va du côté de Saint- Norbert

C'était un curieux homme, l’oncle Jean. A peine âgé de quarante ans, il en annonçait bien davantage, car sa calvitie précoce s’aggravait d’un tremblement nerveux, stigmates de misères sans nom endurées dans les affreuses solitudes de la Côte Nord. L’oncle Jean n’aimait pas la vitesse, à cause de sa pipe qui s’éteignait toujours et que sa main peu sûre s’employait sans cesse à rallumer. Souris savait tout cela et ne se pressait pas ; je pouvais donc à mon aise m’emplir les yeux et bonjourer tous les détails de ce paysage familier.

Au bout de trois milles, les lacis de la route s’engageaient dans le grand bois et bientôt apparaissaient les deux côtes de sable où l’on va, à saison dite, manger à grandes poignées les caboches rouges des quatre-lemps. Puis s’étalait le pelé désertique, avec la tristesse de ses grands

fûts carbonisés, où les bluets foisonnent dans la mousse spongieuse. Une fraîcheur subite et le rideau gracile des saules annonçaient alors l’eau prochaine, et sur la route débouchait tout à coup le ruisseau noir peuplé de truites peureuses qui viennent un instant jouer avec la lumière et rentrent vite sous le mystère des feuillages denses.

Quand Souris ayant bu tout son soûl, tirait la barouche dans le sable crissant de la dernière côte, mon cœur battait plus fort: je savais Saint- Norbert tout près ! Et soudain, en effet, la forêt s’arrêtait, l'horizon se déployait en tous sens, et devant moi, au centre d’un paysage immense et lumineux, la Croix du Chemin se découpait, émouvante, sur un ciel admirablement bleu.

Tout autour surgissaient la maison, la grange éblouissante, la gueule noire du four, le puits et sa brimbale, la petite laiterie et la barrière tournante balancée par un vieux soc rouillé. Beaucoup plus loin, s’arrondissait brusquement le premier contrefort des Alléghanys,—car c’est à Saint- Norbert que vient mourir la plaine laurentienne, —norme épaule habillée de-ci de-là de la fourrure sombre des érablières... Enfin,tout en haut, le minuscule village tout blanc, serré autour de sa petite église toute rose...

Et cela n’était pour moi que le cadre retrouvé de la Croix du Chemin, simple et vieillie, dont la

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