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Au centre d’un paysage immense et lumineux, la Croix du chemin se découpait...
vue m'étreignait d’abord l’âme. Certes, elle n'avait rien de bien remarquable, mais, pour nous tous, elle perpétuait un souvenir de famille très ancien et très doux. Mon arrière-grand-père, un
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des premiers colons des Bois-Francs, vint de Gentilly à pied, n’ayant pour toute richesse que sa hache et ses bras. Un soir, il s’arrêta près d’une source. La terre, fraîche et noire, nourrissait des cèdres puissants. L’aïeul, m’a-t-on dit, déposa son baluchon, se signa, et d’un bras robuste, abattit deux arbres dont il fit une croix. Plus tard, quand son frère, mieux fourni, vint le rejoindre, que la maîson de pièces fut faite, et qu’autour des souches noircies la première semence fut confiée à la terre, le colon acheva son ouvrage. Un beau matin, le soleil levant fit briller comme perles les pleurs dorés de la résine sur la blancheur du bois frais équarri et le coq traditionnel, naïvement sculpté, se trouva à son poste au sommet de la croix, tout prêt à faire chaque jour lever l'aurore !
Et c’est ainsi qu’autrefois, le Christ, ami des humbles, s’est établi à Saint-Norbert, dans le bas du rang de Péglise. Dans les autres rangs, dans le sept, dans le trécarré, dans l’augmentation, on rencontre de belles croix ouvragées, blanc et or, avec des rayons de flamme et les instruments de la passion. Ici, l’on respecte pieusement le traval grossier de l’aïeul, humble croix de bois, simple et vieillie...
Quand, pour la première fois, l’oncle Jean, le bras tendu, me la désigna du tuyau de sa pipe, la pluie du ciel l’avait depuis de longues
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Sn ns UE MRRORRULe 2 RS années déjà, noircie et tordue un peu ; la mousse, grande habilleuse, tissait insidieusement sur son pied un long fourreau de peluche. Dans le petit enclos carré ménagé autour, eroissait la horde des herbes sans beauté : laiches folichonnes, petits gaillets tout blanes, renouées aux feuilles éternellement maculées, — ilotes de nos champs, que la eu'ture chasse, et qui comme les parias des âges anciens, trouvent un refuge au ped de la croix du Christ !
A mesure que je la connus mieux, elle me devint plus chère. Je la saluais avec respect, quand nous passions en grand’charrette, les pieds pendants entre les planches, ou cramponnés à la perche sur le voyage branlant. Je la saluais encore quand je remontais du haut de la terre par le sentier des vaches, avec ma brochetée de petites truites ocellées, ravies aux remous ignorés du ruisseau.
A Saïint-Norbert, le soleil a parfois des façons splendides de quitter l'horizon. Combien de fois je l'ai vu par les beaux soirs, entouré de petits nuages blanes ourlés de rose, se glisser lentement derrière le granit de la petite église qui semblait a'ors le foyer d’un immense embrasement. Une flamme suprême de ce couchant venait, pour un instant, frapper la Croix du Chemin. Sous cet
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, je revenais
après la veillée chez Pâquin
Parfois le soir,
accroché au bras de l’oncle Jean...
ultime baiser de la lumière, le bois noirei s’ani-
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se parait d’une fallacieuse floraison de vahissait tout entier ; ces deux bras tendus, ce
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lettes et une sensation étrangement précise
n'était plus l’œuvre de l’homme mais la terre canadienne elle-même, frémissante de ses millions de vies invisibles, qui jaillissait, ardente, pour cette exoration vespérale, c'était la terre chrétienne qui, dans l’apaisement universel, se signait pour la nuit !
Parfois le soir, après la veillée chez Pâquin, je revenais accroché au bras de l’oncle Jean, à cause des RE errants qui traversent le Fhes min et que —j’en frémis encore—mon pied nu pouvait écraser ! .... Vêtue de rayons de lune, la Croix du Cons me parlait alors avec la mystérieuse éloquence de la nuit. Sur le velours moelleux du ciel, la ligne de faîte des grands pins drapés d'ombre courait très nette, dessinant capricieusement les pignons, les tours et les clochers d’une cité de rêve dont la Croix semblait garder l’entrée.
En écoutant les vieux parler du temps passé, mon imagination eut vite reconstitué les années de jeunesse de ma mère vécues ici, et, —à cause d'elle, —la Croix du Chemin me sine plus chère encore. Je touchai pieusement la planchette clouée sur le gros nœud où elle allait souvent, dit-on, attacher un bouquet d’humbles fleurs. Te Fee que j'avais devant moi le moule sacré où se coula cette Âme si profondément bonne et si profondément chrétienne ; Je Compris pourquoi
son accent était si convaincu et son regard si lointain quand elle me disait pour calmer mes gros chagrins d'enfant : ‘“ Mets cela au pied de la Croix
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Après vingt ans d'absence, j'ai revu la Croix du Chemin. Elle n’avait pas changé. Elle était seulement un peu plus noire, la mousse tricoteuse avait atteint le gros nœud, et tout autour les humbles plantes dédaignées : laiches folichonnes, petits gaillets tout blancs, renouées aux feuilles éternellement maculées, verdoyaient toujours. Les enfants d'autrefois, devenus hommes, moissonnaient dans les champs voisins. Et dans l’ardente lumière, le balancement rythmé des larges épaules soulignait harmonieusement l'éclair des faux et l’écroulement des épis... Au pied de la Croix, d’autres enfants refaisaient avec étonnement la découverte de la nature et de la vie...
Et parce que nos cœurs sont des lyres qui vibrent toujours éperdument sous la brise délicieuse qui monte du val lointain de nos quinze ans, je suis resté longtemps, les pieds dans la poussière, à regarder la Croix du Chemin, toute simple et vieille!...
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