Un des bois de construction des Malgaches
CONTE BETSIMISSARAK
vénal1, était un vaste espace ombragé. Là croissaient pêle-mêle, confondant leurs verdures variées et l’écrin multicolore de leurs lleurs, les flamboyants2 aux bouquets écarlates; les bonnets carrés3, dont les pétales odorants laissent échapper le flot délicat des longues étamines; les manguiers4 5 aux fruits suaves; les ébéniers, les orangers et les citronniers chargés d’étoiles embaumées ; et dans les branches se poursuivaient en gazouillant, chantant, pépiant, roucoulant, toutes sortes d’oiseaux, les perroquets noirs, les veuves aux queues en panache, les cardinaux, les martinspêcheurs, qui semblent avoir trempé leurs ailes dans les rayons de l’arc-en-ciel, les pigeons verts et bien d’autres encore. Une grande allée de palmiers et de vacouas 3, traversant ce jardin, aboutissait au seuil de la maison. Assis sur une natte, sous sa varange, Androtsara écoutait trois sekatses 6 arrivés le matin même. Deux d’entre eux chantaient une légende, tan-
1. Le Malgache utilise toutes les parties de cet arbre : il en retire sa coiffure, ses vêtements, sa nappe, son verre, les charpentes de ses cases.