‹ Récits militaires (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · CARDINAL DE BONNE CHOSE · texte numérisé non relu

CARDINAL DE BONNE CHOSE

menacé par des forces considérables de la première armée allemande sous les ordres du général Manteuffel. Le gouvernement de Bordeaux fut d'avis de défendre Amiens ; en conséquence une troisième brigade fut formée en toute hâte, et le 24 novembre la concentration de ces troupes put s'effectuer :

lre division : lro brigade, général Lecointe; 2e brigade, colonel Derroja.

2e division : lre brigade, colonel du Bessol

Le colonel Rittier formait la 2e brigade de la 2e division.

A ces troupes il faut joindre deux escadrons de dragons, deux escadrons de gendarmes, six batteries d'artillerie et une compagnie du génie, en tout 17.500 hommes, auxquels s'ajoutait la garnison d'Amiens de 8.000 hommes, sous les ordres du général Paulze d'Ivoy. Le total était donc d'environ 25.000 combattants.

Le général Farre, complètement étranger à l'emploi des troupes, suppléa à son insuffisance par un zèle remarquable. Il s'établit sur les hauteurs de la rive gauche, comprises entre la Somme et le Havre, dont le point culminant était la petite ville de Villiers-Bretonneux et dont l'arête est occupée par les bois de Blanzy et de Cochy. Dans cette situation on faisait face au corps principal de l'ennemi signalé à l'Est.

La totalité des troupes n'était pas encore réunie sur le terrain, lorsque le 23 au soir une compagnie de francstireurs s'engageait avec l'ennemi à Villers-aux-Erables. Un brillant combat fut livré près de Mézières. Repoussé à la baïonnette et chassé des bois, l'ennemi ne s'arrêta qu'à Bouchoir, conduisant sept voitures de morts et de blessés. Nos pertes furent moins sensibles, mais le lieutenant d'artillerie Laviolette tomba mortellement blessé.

Les 25 et 26 novembre, différents engagements tinrent toutes nos troupes sur pied, car les uhlans se présentaient en nombre un peu partout. Officier supérieur de

grand mérite, le commandant Jan trouva une mort glorieuse dans la vallée de l'Avre, attaqué par une colonne prussienne.

Vaincu à la bataille de Villiers-Bretonneux ou d'Amiens le 27 novembre, le général Farre prit la résolution de se replier sur les places du Nord. La ville d'Amiens fut occupée par Manteuffel le 28, et la citadelle capitula le lendemain. A Villiers-Bretonneux, la perte des Prussiens fut de 1.400 hommes et celle des Français de 2.700 hommes tués, blessés ou prisonniers.

La retraite se fît en assez bon ordre par les régiments de marche, mais une partie des gardes mobiles et quelques-uns de leurs officiers se débandèrent pour retourner chacun chez soi.

La bataille d'Amiens avait été très honorable pour une armée aussi rapidement improvisée que l'armée du Nord. Les ennemis témoignèrent leur étonnement en trouvant sur les morts des livrets indiquant que les hommes tués n'étaient au service que depuis quelques semaines. Ils croyaient avoir eu affaire à de vieux soldats.

A la bataille d'Amiens, l'ennemi avait 35.000 hommes.

Après la retraite tous les corps furent dirigés sur leurs dépôts pour se réorganiser.

Par un décret du 4 8 novembre 1870,1e général Faidherbe, commandant la division de Constantine, avait été appelé à remplacer le général Bourbaki dans le commandement du 22e corps formant l'armée du Nord. Dans l'intérêt du service, on avait ajouté à ce commandement celui de la 3e division militaire, comprenant les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, ainsi que les territoires voisins non envahis.

Le 22e corps venait d'être porté à 3 divisions, savoir :

lre division, général Lecointe ; lre brigade, colonel Derroja ; 2e brigade, lieutenant-colonel Pittié.

2° division, général Paulze d'ïroy ; 1" brigade, solo-

Bel du Bessol; 2° brigade, lieutenant-colonel de Gislain.

3° division, amiral Moulac ; lte brigade, capitaine de vaisseau Payen ; 2e brigade , capitaine de frégate de Lagrange.

En prenant le commandement de cette petite armée qui allait s'illustrer, le général Faidherbe fit lire aux troupes cet ordre du jour :

Officiers, sous-officiers et soldats,

Appelé à commander le 22e corps d'armée, mon premier devoir est de remercier les administrateurs et les généraux qui ont su en quelques semaines improviser une armée qui s'est affirmée si honorablement les 24, 26 et 27 novembre sous Amiens.

J'exprime surtout ma reconnaissance au général Farre qui vous commandait, et qui, par une habile retraite devant des forces doubles des siennes, vous a conservés pour le service du pays.

Vous allez reprendre de suite les opérations avec des renforts considérables qui s'organisent chaque jour, et il dépendra de vous de forcer l'ennemi à vous céder à son tour le terrain.

Le ministre Gambetta a proclamé que, pour sauver la France, il vous demande trois choses : la discipline, l'austérité des mœurs, et le mépris de la mort.

La discipline, je l'exigerai impitoyablement. Si tous ne peuvent atteindre à l'austérité des moeurs, j'exigerai du moins la dignité et spécialement la tempérance. Ceux qui sont aujourd'hui armés pour la délivrance du pays sont investis d'une mission trop sainte pour se permettre la moindre licence en public.

Quant au mépris de la mort, je vous le demande au nom même de votre salut. Si vous ne voulez pas vous exposera mourir glorieusement sur le champ do bataille, vous mourrez de misère vous et vos familles sous le joug

impitoyable de l'étranger. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les cours martiales feraient justice des lâches, car il ne s'en trouvera pas parmi vous.

Le 5 décembre 1870.

Signé : Le gênerai de division commandant le 22e corps d'armée,

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