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CHAPITRE IV

SOMMAIRE

Les otages. — L'abbé Garreau. — M. Charbonnier, sous-préfet de Mcntargis. — M. de Vaublanc, otage. — Combat de Beaune-la-Rolande. — L'absolution. — Les otages sortent de la ville. — Les otages sont chargés par les officiers allemands. — Les Allemands brisent les chassepots devant les soldats prisonniers. — Marche des otages sur Pithiviers, Fontainebleau, Corbeil, Melun. — Cette guerre sera fatale à l'Allemagne. — La place de Belfort. — Le commandant Legrand en 1814. — Le général Lecourbe en 1815. — Le colonel Denfert en 1870. — Actes d'indiscipline.

— Défense sans énergie. — Attaque faible et ignorante. — La statue de Strasbourg pendant le siège de Paris. — La légende du colonel Denfert- Rochereau. — Un comité suisse demande à donner asile aux femmes, aux enfants, aux vieillards. — Refus du colonel Denfert. — Comment faut-il juger le gouverneur de Belfort? — Denfert pendant la bataille d'Héricourt.

— Les statues. — Voyage de M. Thiers aux cours étrangères. — A Londres, à Vienne, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, à Florence. — Retour de M. Thiers. — M. Emile Keller. — Orateur brillant et capitaine intrépide.

— Appel de M. Keller à ses compatriotes. — Services de sa troupe. — Récit du sergent Perrin. — M. Mayol de Lupé. — Le capitaine Lagrelette. — L'aumônier l'abbé de Dartein. — Un trait de M. Keller. — La marine pendant la guerre. — Le vice-amiral Bouet-Wuillaumez.

Aucune question, au point de vue du droit, n'est moins éclaircie que celle des otages. Dans le vieux langage on écrivait hostage et ostage, mots dérivés de ost d'après Pierre Borel. Or, nous lisons dans Brantôme :« Voir quinze cents reistres en deux ost (escadrons), cela effraye. » Velly dit, à la date de 693 : « Les otages subissaient le même sort (l'esclavage) lorsque ceux qui les avaient donnés venaient à manquer à leurs engagements. »

L'expression otage est toute militaire, mais aucune loi, aucun règlement ne détermine les circonstances dans lesquelles des otages seront livrés à l'ennemi. .

Dans l'antiquité, l'otage était l'un des grands personnages de FEtat, et l'histoire a conservé de beaux traits accomplis par les otages qui voulaient être fidèles à la parole donnée.

Pendant le moyen âge, l'otage faisait partie de l'ost, c'est-à-dire de l'armée. C'était un homme de guerre, le civil demeurait neutre dans la querelle.

Les Allemands n'ont agi ni comme les anciens, ni comme le moyen âge. L'otage n'a pas représenté à leurs yeux tel ou tel engagement, il a seulement personnifié la représaille ou, pour mieux dire, la vengeance. Pris dans le monde civil et non dans Yost, il a été transporté en Allemagne, sans condition, tantôt comme franctireur, tantôt comme habitant une localité qui avait opposé de la résistance. Mais, rendu en Allemagne, l'otage ne représentait rien et devenait simple prisonnier.

Ces malheureux ne garantissaient point l'exécution d'une promesse, ils étaient prisonniers de guerre, sans combat, sans jugement, et traités avec la dernière rigueur.

On pouvait supposer que le chef de l'armée allemande avait arrêté sa pensée sur les otages et rédigé des instructions officielles, afin que tous les généraux fussent guidés par un même règlement. Il n'en a rien été, et tout officier, quel que fût son grade, ordonnait l'arrestation de citoyens paisibles, souvent des autorités locales, et les transportait au loin et presque toujours en Prusse.

Puisque nous voulons peindre la physionomie de cette guerre, il ne sera pas inutile de montrer une scène prise parmi cent autres et concernant des otages. C'était à la fin du mois de novembre 1870. La petite ville de Châtillon-

sur-Seine (1), vigoureusement défendue par des francstireurs, venait d'être prise. Les soldats allemands se répandirent dans les rues, furieux, tirant des coups de fusil par les fenêtres, enfonçant les portes et pillant les maisons après avoir brisé les meubles. Bientôt l'autorité prussienne donna Tordre de laisser toutes les portes ouvertes. Il fallait s'emparer des otages. Ce fut ainsi qu'un paisible vicaire, l'abbé Martin, se vit arrêté. Gomme il demandait à remonter dans sa chambre pour prendre son chapeau, un soldat lui mit son casque sur la tête et on le conduisit dans cet accoutrement qui excita la gaîté de la soldatesque. Le maire de la ville, M. Achille Maître, le président du tribunal, M. Maupin, vieillard plus que sexagénaire, et quatre autres personnes firent partie des otages. M. Maupin, roué de coups, eut un bras cassé, et comme il ne pouvait plus marcher, on le jeta sur une brouette qu'on renversait à plaisir, chemin faisant. Sa femme, qui l'avait suivi, reçut des coups de sabre et de crosse de fusil.

Quant au maire, M. Achille Maître, on le conduisit dans un poste hors de la ville, tête-nue, par une température froide et humide. Là, constamment debout, et sans que ses bourreaux lui permissent le moindre repos, il fut souffleté par les soldats, lardé de coups de baïonnette et ensanglanté. On lui arracha les cheveux et la barbe, et de cinq en cinq minutes, on venait lui cracher à la figure. Au milieu de tant d'amertumes, il demandait pitié pour ses neuf enfants.

Dans la soirée du 23 novembre, on arrêta tous les hommes rencontrés dans les rues ou dans les maisons :ils furent conduits comme otages dans les salles de la gare. Là, ils vécurent de ce que leur apportaient leurs femmes. Parmi les otages se trouvaient le procureur de la Répu-

(1) Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), 4.797 hab.

blique, le receveur des finances, un membre du conseil général, un notaire membre du conseil municipal, et plusieurs négociants et propriétaires.

Peu de temps après, les Allemands traversèrent la ville de Châtillon, conduisant un Français au pied des vieux Murs. Un feu de peloton se fit entendre et l'homme tomba. Celui qui venait d'être fusillé était un meunier de Marac (Haute-Marne), nommé Vigneron, et marié depuis quelques jours. Vigneron avait été pris en défendant son pays. On lui donna dix minutes pour adresser à sa ieune femme quelques lignes d'adieu et pour recevoir un prêtre appelé à la hâte.

Plus tard, M. Des Etangs, président du tribunal civil, a fait élever à Vigneron, au lieu même de son exécution, une croix qui attire les regards du passant. On lit sur le piédestal :

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