‹ Récits militaires (volume 3)Chapitre 8 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SOMMAIRE

Pertes des armées allemandes depuis Wissembourg jusqu'à la fin du siège de Metz. — Pertes des Allemands aux armées de Paris, du Nord, de ia Loire et de l'Est. — Réflexions au sujet des pertes. — Frédéric II. — La lre armée de l'Est, général Cambriels. — Combats. — Le général Dupre ; le colonel Hocdé. — Affaire de Nompatelize. —Mademoiselle Antoinette Lix, lieutenant des francs-tireurs. — Combat de Rambervillers. — Le major Petitjean. — Werder marche sur Epinal. — Le caporal Michel, de la garde nationale. — Prise d'Epinal. — Dubois, le vieux soldat. — Lettre de Gambetta au général Cambriels au sujet de Garibaldi. — Combat sur l'Ognon. — Le général Cambriels se retire. — Quelques lignes de Mgr Besson. — Les généraux Michel, Thornton, Crouzat se succèdent rapidement à la tète de l'armée de l'Est. — Cette armée se fond dans le 20° corps. — Marie-Edmée et son frère Gérald. — Nos mobiles. — L'administration. — Le camp de Conlie. — M. de Kératry. — Désaccord entre Gambetta et Kératry. — Démission de Kératry ; M. Glais-Bizoin salué par 21 coups de canon. — Glais-Bizoin passe la revue de 50.000 hommes, sans uniformes et sans armes. — Garibaldi. — Crémer. — Combat de JNfuits. — Le général Bourbaki . — Plan des opérations dans l'Est.

Dans le récit des opérations militaires, nous avons évité de donner, après chaque bataille ou combat, le chiffre des hommes tués de part et d'autre, car les rapports, à ce sujet, sont rarement vrais. Les pertes que nos armées ont fait subir aux Allemands sont connues aujourd'hui par des travaux officiels.

Le soldat fait, habitué à manier son arme, renverse, sur le champ de bataille, beaucoup plus d'hommes que le garde mobile, dont la main est moins assurée et le coup d'oeil moins juste.

RÉCITS MII.IT. — LA I.OIRK ET L'EST — 3B SÉRIE. li

Aussi nos armées improvisées, tout en retardant la marche de l'ennemi, ne lui ont pas tué beaucoup de monde.

Le gouvernement allemand a publié des documents fort précieux sur la guerre de 1870-1871. Nous apprenons ainsi quelles ont été les pertes de l'armée ennemie pour les grandes batailles de Wissembourg, Wœrth, Spickeren, Borny, Rezonville, Saint-Privat, Beaumont, Sedan. Mais ces documents laissent ignorer le chiffre des hommes tués par les armées improvisées après la capitulation de

Sedan.

Il est cependant facile de le savoir et de l'établir. Les Allemands ont perdu sur les champs de bataille, en tués et blessés, yeudml la durée de la guerre : 127.897 hommes, dont 5.166 officiers, sur lesquels 17 n'ont pas été retrouvés ; 88 médecins ou employés ayant rang d'officiers, 12.208 sous-officiers et 110.435 soldats. Les corps qui ont subi le plus de pertes sont : Le 3e corps prussien qui, sur un effectif de 35.212 hommes , a perdu 496 officiers et 11 .410 hommes, soit 33,7 0/0 ; Le 1er corps bavarois qui, sur 34.820 combattants, a perdu 534 officiers et 11.002 hommes; soit 33,01 0/0 ;

Le 5e corps prussien qui, sur 35.311 hommes, a perdu 208 officiers et 8.664 soldats ;

La garde royale qui, sur 43.664 hommes, en a perdu 9.678, dont 377 officiers ;

Le 3e corps a particulièrement souffert à Vionville ou Rezonville ; dans cette journée du 16 août, ses pertes dépassèrent 300 officiers et 6.000 hommes ; il assista le surlendemain à la bataille de Gravelotte ou de Saint-Privatla-Montagne, à tout le siège ou blocus de Metz, au combat de Beaune-la-Rolande, à la bataille de Loigny et aux opérations contre le Mans.

Le 1er corps bavarois a été fort maltraité à Bazeilles, à Goulmiers,à Loigny, le 2 décembre, à Villorceau ou Josne, le 8, et à Vendôme, le 10. A la fin de la campagne,

il était tellement épuisé qu'on dut le mettre en seconde ligne au sud de Paris.

Les proportions des pertes par armes sont les suivantes :

Infanterie : 4. 458 officiers, 112.029 hommes; soit 17,60/0;

Cavalerie : 279 officiers, 4.342 hommes ; soit 6,3 0/0;

Artillerie : 422 officiers, 5.597 hommes ; 6,5 0/0 ;

Génie ou pionniers : 48 officiers, 633 hommes ; 2,8 0/0;

Train : 7 officiers, 105 hommes ; 0,3 0/0.

Les proportions des pertes par grades se répartissent ainsi :

Généraux 11,280/0 ; officiers supérieurs 26,96 0/0 ; capitaines 22,22 0/0 ; lieutenants 25,32 0/0 ; sous-officiers et soldats, 14,21 0/0.

On voit que la perte eu officiers est proportionnellement presque double de celle de la troupe. Cela tient à ce que la durée du service étant très limitée, dans l'armée allemande, l'officier se voit forcé d'entraîner les soldats, de leur donner l'exemple. Dans les armées où le service militaire est permanent et de longue durée, le soldat combat aussi bravement que son officier. L'instruction rend le soldat habile, la discipline le rend obéissant, mais ni l'une nil'autre ne peuvent créer le soldatcomplet comme la France en a possédé.

Si nous additionnons ensemble les chiffres des pertes des Allemands dans les batailles livrées par les armées de l'Empire, depuis Sarrebruck jusqu'à la fin du siège de Metz, nous arrivons à un total d'environ 76.000 hommes, chiure qui doit être au-dessous plutôt qu'au dessus de la réalité.

Ainsi, sur 127.000 hommes que les Allemands ont perdus par le feu, 76.000 ont été mi3 hors de combat par la seule armée du Rhin. Il ne reste donc à l'actif des armées de Paris, du Nord, de la Loire et de l'Est que 51.000 tués ou blessés ; ce qui prouve la solidité des braves soldats

de l'armée du Rhin et leur supériorité sur les troupes levées à la hâte, quel que fût leur courage.

La 2e armée de la Loire, commandée par le général Chanzy, a, plus que les autres armées improvisées, fait éprouver des pertes aux Allemands ; mais il est difficile de préciser le chiffre de ces pertes.

Il existe cependant une dépêche écrite le 16 janvier par le major général de l'armée allemande, le baron Prodbielski, après les combats livrés autour du Mans :

« Versailles, le 16 janvier 1871.

« Les rapports parvenus jusqu'ici de la 2e armée évaluent le chiffre total de nos pertes, en morts et en blessés, dans les combats victorieux du 6 au 12 de mois, à 177 officiers et 3.200 hommes. A l'ennemi on a fait jusqu'à présent 22.000 prisonniers non blessés et on lui a pris deux drapeaux, dix-neuf canons, plus de mille voitures chargées et une grande quantité d'armes, de munitions et de matériel de guerre. »

Tous ces chiffres sont éloquents. Ils prouvent que pour faire la guerre, il faut des armées permanentes, instruites et rompues au métier ; des armées riches en cadres inférieurs, même très courageuses, très dévouées, même commandées par les d'Aurelle, les Faidherbe et. les Chanzy, si elles sont improvisées, ne peuvent lutter longtemps contre des armées régulières et exercées.

Elles remporteront un succès après une bataille de quelques heures, mais seront hors d'état de soutenir les efforts d'une campagne. Aux temps où les armées prenaient leurs quartiers d'hiver, où les marches n'étaient que de quelques heures, où les armes à feu ne portaient pas au loin, le soldat pouvait, après un an de service, suffire à la peine. Il n'en est plus ainsi de nos jours.

La guerre a changé de caractère. Ce n'est plus ce

duel courtois, presque galant, qui faisait accourir tous les gentilshommes de France. Aujourd'hui, on s'extermine sans même se voir; à peine les meilleures natures conservent-elles quelques sentiments de pitié dans ces massacres où des milliers d'hommes s'entr'égorgent.

Que les princes de la terre y prennent garde, ils mettent la haine dans le cœur des peuples ; ils les rendent cruels.

Jadis l'homme restait assez longtemps dans l'armée pour y puiser des sentiments d'honneur militaire qui affaiblissaient ce que la guerre a de barbare. Nous élevions le moral de l'homme, nous avions soin de lui apprendre un langage nouveau pour lui ; la discipline, l'idée de patrie le préparaient aux sacrifices, en un mot, il devenait soldat.

Désormais l'instruction militaire consistera, faute de temps, à enseigner le tir. Le corps seul sera transformé. On obtiendra ainsi de nombreuses réserves trop faibles pour résister aux défaites. Ne perdons cependant pas de vue, dans nos constitutions militaires, que la véritable force du pays se trouve dans l'armée permanente. C'est elle qui fera supporter à l'ennemi le plus de pertes.

Dans le système de guerre de M. de Moltke, l'artillerie a été le principal, l'homme est devenu presque l'accessoire. Rien ne sera plus facile que d'imiter ce système de courte durée. M. de Moltke savait que pour battre le Français, il fallait le tenir éloigné, ne pas se mesurer avec lui, et opposer en toutes circonstances deux ou trois hommes à chacun de nos hommes.

Mais à côté de cette manière de combattre qui a causé de la surprise, mais n'est plus un secret, puisque chaque nation imite la Prusse, il y a bien autre chose.

La Prusse qui nous a vaincus à Frœschwiller, à Forbach, à Sedan et à Metz, est encore la Prusse de Frédéric II. Elle a conservé, dans ses malheurs, l'esprit militaire, la

considération due à Tépée, le respect pour la carrière des armes.

Frédéric ne signait pas un seul brevet d'officier sans connaître les qualités de celui auquel il confiait un commandement, même, le plus modeste. Il aimait le soldat et vivait familièrement avec lui, sans que jamais le respect en ait souffert.

« Frédéric II conservait le plus longtemps possible officiers et soldats ; les soldats vieillissaient sous les drapeaux..., on préférait pour les emplois civils les soldats hors de service à tous autres concurrents. Les officiers qui abandonnaient le service quand ils pouvaient encore en remplir les fonctions, n'obtenaient rien et étaient mal

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