‹ Récits normandsChapitre 14 sur 31 · LA V0YA0EU3E · texte numérisé non relu

LA V0YA0EU3E

Oïl Les pein«E dB ceeur s' A dédul du bonheur. V

Le petit cbflteau d'Herbeville , situé dans la partis la molDs peuplée du Coteotit), est bien l'une des babitatioDs les plus paisibles et silencieuses qui soient

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au inonde. Entouré de bois taillis et de collines aux molles silhouettes, à demi caché sous la verdure, il mire ses tourelles et ses murailles grisâtres dans un petit lac traversé par une rivière au cours nonchalant. La route en est si éloignée que le bruit des chariots s'éteint avant de parvenir jusqu'au frais vallon d'Herbeville, et le son des cloches de la paroisse , et l'écho lointain du coup de canon que l'on tire chaque soir à Cherbourg au coucher du soleil, n'y arrivent que lorsque souffle le vent du nord.

Il y a vingt-cinq ans ce petit château appartenait à une noble dame veuve, dont le fils, capitaine au long cours, naviguait depuis une quinzaine' d'années. Elle vivait fort retirée, sauf dans les rares intervalles où son fils venait la voir et se reposer quelques semaines près d'elle. Alors elle recevait les châtelains et les curés des environs et retrouvait, pour faire honneur à ses hôtes et plaisir à son fils, la grâce et l'enjouement de ses jeunes années. Mais le capitaine ne tardait pas à repartir, et le silence recommençait à régner à Herbevilie , et la châtelaine à vivre en ermite.

On beau jour cependant, M"** d'Herbeville fit préparer une jolie chambre , et envoya sa voiture attendre au passage la diligence de Paris à Cherbourg. Les domestiques en virent descendre une jeune dame en grand deuil, svelte et d'une figure très douce. Elle était pâle et semblait fatiguée du voyage. Ils lui remirent un billet par lequel M™« d'Herbeville s'excusait de n'avoir pu aller à sa rencontre , et ils la prièrent de monter en voiture. Son bagage fut attaché derrière la calèche, et, une heure après , la voyageuse entrait dans la cour sablée d'Herbeville.

La châtelaine la reçut avec la plus grande politesse, mais en même temps avec cette nuance de froideur qui

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caractérise toujours le premier accueil en Normandie. ((me d'Herbeviile paraissait préoccupée d^observer la nouvelle venue. Le dîner fut assez silencieux, et, sous prétexte que M^^ de Clercy devait avoir besoin de repos, M°^® d'Herbeville la conduisit de fort bonne heure dans Tappartement pYéparé pour elle. Un feu de menu bois et une lampe y étaient allumés ; sur une petite table, comme dans les comédies, était préparé a tout ce quMl faut pour écrire d, et Ciska de Clercy, n'ayant pas encore sommeil, voulut écrire à une amie.

Même idée vint à la châtelaine d'Herbeville, qui ne s'endormait jamais que très tard. Elle se mit à écrire à son fils une lettre qui devait le lendemain être portée à Cherbourg et partir sur le paquebot de New- York. ]|^ine d'Herbeville, après avoir donné quelques autres nouvelles à son fils , ajoutait ceci :

« Je ne sais, mon cher Henri, si je vous ai dit dans ma dernière lettre que j'avais invité la veuve de votre cousin Gaston de Clercy à venir passer près de moi les huit derniers mois de son veuvage. La situation de cette jeune femme isolée, ruinée, à quatre cents lieues de son pays, et. que son inexpérience expose à tant de dangers, m'a fait {»tié. Votre extravagant cousin Ta rendue si malheureuse et on m'a dit tant de bien d'elle, que j'ai cru devoir lui venir en aide.

« D'ici & l'été prochain je lui trouverai de l'occupation. Elle est fort instruite, bonne musicienne, et pourra se tirer d'affaire. Mais d'abord il lui faut du repos, rétablir sa santé que les fatigues et le chagrin ont si fort ébranlée. La manière dont elle a répondu à mes offres dénote une ftme noble et affectueuse. Son abord est gracieux et distingué. Hier, en la voyant si pâle et si intimidée , je me suis tenue à quatre pour ne pas lui ouvrir mes bras; mais il faut se méfier, souvent un aimable visage cache

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un mauvaiB caractère. Elle parle bien, dans ce français harmonieux des femmes de son pays. Je Tai observée à table.Vous vous rappelez mes théories là-dessus, théories dont vous vous êtes tant de fois moqué, méchant garçon I Je les maintieps bonnes. 11 suffit de dîner une fois avec une femme pour juger de Téducation qu'elle a reçue. Or ma petite Polonaise a une façon de dire son bénédicité, de se tenir et de manœuvrer verre , couteau et fourchette , qui est toute discrète, élégante et adroite. Elle sait manger son potage comme si elle avait été élevée sous les yeux de M"^ de Maintenon. Elle le verse délicatement dans sa bouche, au lieu de le humer avec bruit, comme font les femmes d'à présent. Elle ne boit habituellement que de Teau, mais elle a goûté au cidre de bonne grâce, et a dit qu'elle s'y ferait pour ne pas scandaliser nos Normands, qui prétendent que l'eau n'a été créée que pour faire la lessive. Elle mange indifféremment un peu de tout, sans éplucher ni gratter, et elle m'a rappelé cette réponse de M}^^ de La Fayette , qui , dès le premier jour de son entrée en religion, fut grondée pour avoir mangé une pomme gâtée que la sœur officière lui avait servie, et répondit qu8 jamais elle n'avait compris que Ton pût faire atteùtion à ce qu'on mangeait. Mais vous allez penser que je commence à radoter, mon cher fils. Parlons donc de choses plus intéressantes. Au Mont-Fontaine tout va bien , et l'arrivée prochaine des jeunes pensionnaires a décidé la châtelaine à faire remettre à neuf le grand salon. J'espère bien qu'il servira pour une belle noce l'année prochaine , etc. etc. »

De l'autre côté du gros mur qui séparait la chambre de la châtelaine de celle de Ciska de Clercy, la main pâle et amaigrie de la jeune femme avait tracé ces mots :

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