A MONT-FONTAINE
Dans ces salons où brille nne vive clarté , Retentissent ces airs, doux signal de la danse : Charme de la jeunesse , accords jadis coorus , Beaux jours de mes beaux ans, qu'ètes-voas devenus?
M<n« Amable Tastu.
Ciska'de Ckrcy à Af"® de Boismont.
Herbeville, 12 août 1855.
«... Deux jours après l'agréable rencontre que je vous racontais dans ma dernière lettre, chère Madame, la châtelaine du Mont-Fontaine, sa belle-fille, M^^ Claire,
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et ses filles Blancbeflor et RosemoDde, soot veDues rendre à M'^ d'Herbeville la Tisite qn'dle leur avait faite. M<°^ de MoDt-FoDtaine est une Parisienne tiégante, d'an caractère doux et indulgent, nn peu frivole , mais en somme très aimable. Sa belle- fille l'appelle maman et parait au mieux avec elle; mais elles ne sont pas du même avis sur le séjour de Mont-Fontaine. La jeune fille, qui, jusqu'à l'flge de quinze ans, y a passé les hivers, prétend qu'on ne s'y ennuie jamais; la jeune mère de famille, au contraire, soutient que c'est un séjour bien triste quand les arbres n'ont plus de feuilles, et engage beaucoup M"« Claire à passer l'hiver prochain avec elle à Paris. Elle lui parle de fêtes, de plaisirs, et dit qu'il est bien temps pour elle d'entrer dans le monde.
« — Ce n'est pas l'avis de mon parrain , dit Claire , et (( je crois bien que je lui tiendrai compagnie cet hiver, a Après tout, je n'ai que seize ans; rien ne presse. »
« Elle paraît ne rien savoir du tout des projets que sa belle-mère et M™* d'Herbe ville ont formés. Ces projets m'étonnent un peu, je vous l'avoue. M. d'Herbe ville a trente-cinq ans. On le dit très aimable; mais eniîn c'est bien de la distance d'flge, et cette petite Claire a l'air si enfant I Figurez-vous, chère Madame, une sorte de sylphide , mince , pâle , blonde , avec de grands yeux noirs, et des pieds si petits et si légers, qu'elle semble effleurer la terre plutôt que d'y marcher. C'est un être aérien , si frêle et si gracieux, qu'on est tenté de lui dire : Ne t'envoie pas I Elle n'a passé qu'une année au couvent; jusque-là, élevée par son parrain et une très bonne gouvernante, elle avait vécu au Mont- Fontaine, libre comme l'air. Au couvent elle s'est pliée à la règle pour faire plaisir à sa belle-mère, mais elle s'ennuyait et reprend possession de sa liberté avec uno joie folle. Ses
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sœurs sont deux belles fillettes d'une santé robuste et tout le portrait de leur déftint père , mort, il y a six ans déjà, d'un accident de chasse. Elles sont loin d'être aussi intelligentes que leur sylphide de sœur. Mais je ne sais où j'ai l'esprit de vous parler si iongueme/it de ces personnes, chère amie : j'ai dû bien vous ennuyer. Que voulez-vous ? la vie que je mène ici est si retirée , qu'une visite est un événement. Vous qui en recevez une douzaine par jour, vous devez bien vous moquer de moi. Enfin représentez -vous votre petite Clska, causant gravement entre ces deux veuves, dont l'une, M°»« d'Herbevîlle, ne quittera jamais le demi-deuil, dont l'autre porte du rose tout comme ses filles , et moi , pliant sous le poids de mon bonnet de crêpe et regardant les jeunes filles s'enfuir au jardin. La bonne M°^® d'Herbeville devina mes tristes pensées.
« — Ciska, me dit- elle, vous seriez bien aimable « d'aller montrer à M^^^^ de Mont-Fontaine les nouveaux (( faisans et l'escarpolette qu'on a placée hier : cela les (( amusera. »
« J'y allai, et la sylphide accourut à moi et ne me quitta plus qu'au départ. Elle est vraiment tout aimable... ))
Le dessin de U^^ de Clercy fut offert, bien encadré, à la châtelaine d'Herbeville, et il était placé dans le grand salon, au milieu des fleurs offertes pour sa fête, lorsque le parrain de Claire , accompagnant sa filleule et chaîné comme elle d'un beau bouquet, vint présenter ses hommages à M°^® d'Herbeville. A la vue du dessin, il s'exclama, et il n'osait, par discrétion, rappeler à Ciska sa promesse, lorsqu'elle lui offrit une copie, qu'il était impossible de distinguer de l'original. L'excellent homme en fut si content, qu'il ne cessait de remercier Ciska et *e pouvait parler d'autre chose. Afin de couper court
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à ses compliments, Ciska offrit à Claire de lui montrer les abeilles da cabinet noir, et la jeune fille prit grand plaisir à les regarder.
Puis elle feuilleta Falbum de Ciska , et la questionna sur son pays. C'était la première fois, depuis cinq ans, que Ciska parlait à une amie de ses souvenirs d'enfance. Elle se laissait aller au souffle qui lui faisait remonter le fleuve du passé, et Claire admirait les paysages de Pologne et les traits charmants de la mère de Ciska.
a Vous Pavez connue dix ans, lui disait-elle; mais moi j'ai perdu la mienne au berceau, et voilà tout ce que j'ai d'elle. »
Elle ouvrit un médaillon qui ne la quittait jamais , et fit voir à Ciska une miniature représentant une tête de jeune femme d'une beauté délicate et charmante; audessus de son front, un papillon, les ailes étendues, symbolisait l'essor de Tâme vers le ciel.
a Mon père ne l'oublia jamais , dit Claire , mais il se remaria au bout d'un an et demi. Ma belle -mère fut toujours très bonne pour moi, et, pendant bien des années, je crus qu'elle était ma vraie mère. Avez -vous encore votre père , Madçtme ?
— Non, il ne survécut que six mois à ma mère; il mourut du chagrin de l'avoir perdue. Des parents éloignés prirent soin de moi et me marièrent quinze jours après ma sortie du couvent. Vous ressemblez bien à votre mère , Mademoiselle.
— Vous croyez ? On assure cependant que je ressemble davantage à mon père. Vous verrez son portrait à Mont-Fontaine. Vous y viendrez , n'est-ce pas ? Cela me ferait tant de plaisir 1
— Vous êtes bien bonne, Mademoiselle, dit Ciska en lui tendant la main.
— Embrassez-moi et appelez -moi Claire, je vous ce