‹ Récits normandsChapitre 19 sur 31 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

Jtf™« de Bofsmont à M"' de Clercy.

a Voici huit jours que je suis sans nouvelle de vous, ma chère Gîska, et, bien que votre dernière lettre fût très rassurante, je commence à m'inquiéter. Votre jeune amie est-elle retombée malade? savez -vous enfin le mot de l'énigme? Ecrivez- moi bien vite, et répondez en même temps à cette question : Accepteriez-vous la place de dame de compagnie près de la duchesse Délia Strada? Vous devez vous rappeler cette personne. Nous l'avons vue aux concerts du Conservatoire. Elle n'en manque pas un. La musique est sa seule joie. Elle est aveugle, boiteuse, et passablement originale; très bonne, du reste. Elle vous donnerait trois mille francs et deux robes de soie par an; mais il faudrait être toujours prête à. lui faire de la musique et à l'accompagner aux Italiens , aux concerts , etc. Elle reçoit bonne compagnie, et serait ravie de votre talent musical. Si vous dites oui , l'afTaire sera vite conclue, la duchesse ayant toute confiance en moi, et désirant beaucoup vous avoir près d'elle. »

122 CISKA DE CLERC Y

JftT"® de Glercy à M^^ de Boismont,

(n Je vous remercie, chère amie, et je vous prie de rendre grâce à M°*« la duchesse de ses bonnes dispositions pour moi ; mais la Providence a disposé les choses d'une tout autre manière. Je vais partir pour Cannes avec M"« d'Herbeville et M. de Champvallon. Nous emmenons la pauvre Claire , qui tousse beaucoup , et à qui les médecins ont ordonné de passer T hiver dans le Midi. Elle a beaucoup pleuré quand elle a su cela , et a déclaré qu*elle n'irait que si je l'accompagnais. Par un singulier caprice de malade, elle ne se plaît qu'avec moi. Les soins multipliés et la conversation de sa belle-mère et de ses jeunes sœurs la fatiguent : elle est très intimidée devant M"« d'Herbeville. 11 n'y a que son parrain et moi avec qui elle soit contente. Ce bon M. de Champvallon est admirable pour sa pupille. Il la distrait et la console encore mieux que moi , lorsqu'elle est prise de ses accès de tristesse inexplicables.

(( Le congé <lu capitaine d'Herbeville finissait il y a huit jours. Avant de partir, il a été fiancé à Claire par le bon vieux curé de Mont-Fontaine. C'étaient de tristes fiançailles. Claire avait eu beaucoup de peine à y consentir, et pourtant, je le sais, elle aime M. Henri. Il a fallu toutes les instances de sa belle-mère et de M"* d'Herbeville pour la décider à accepter la belle bague de diamant et le bouquet envoyés de Paris que le capitaine lui offrait. Enfin elle les a pris , mais d'un air si triste que rien plus. Sa petite sœur Rosemonde s'est écriée :

« — Mais tu es donc fâchée contre M. Henri?

a — Oh 1 non, a-t-elle dit, mais je suis bien malade.

« — Vous guérirez. Mademoiselle, a dit M. Henri. Mon (( vaisseau va rejoindre l'escadre de la Méditerranée. J'irai

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